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Honduras *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

HONDURAS : Une communauté indigène en proie à la terreur suite à l’assassinat d’un défenseur de l’environnement

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Des habitants de Gualaco venus rencontrer les délégués d’Amnesty International en juillet 2001. © AI

Carlos Roberto Flores, militant écologiste et dirigeant de la communauté indigène de Gualaco, a été abattu devant son domicile le 30 juin 2001. Il était l’un des principaux acteurs de la campagne menée contre la construction d’un barrage hydroélectrique sur la rivière Babilonia à Gualaco, dont les habitants pensent qu’il nuira gravement à l’environnement, réduira à néant leurs moyens d’existence et pourrait même les contraindre à quitter leurs terres. Selon des témoins, les 10 personnes qui ont abattu Carlos Roberto Flores sont des agents de sécurité travaillant pour Energisa, l’entreprise chargée de la construction du barrage. Des mandats d’arrêt ont été décernés contre cinq des individus soupçonnés d’avoir participé à ce meurtre, mais aucun d’entre eux n’a été appréhendé. D’autres opposants à la construction de ce barrage ont indiqué avoir reçu des menaces de mort. Ils ont cessé d’assister aux événements publics, de crainte d’être attaqués. La mère de Carlos Roberto Flores, a déclaré à Amnesty International que des agents de sécurité braquent leurs armes sur son domicile chaque fois qu’ils passent en voiture. L’école de Gualaco a fermé ses portes en avril, après que l’unique enseignant eut refusé de se rendre dans cette communauté, par crainte de violences. Lorsqu’il y est retourné en juin, des agents de sécurité ont apparemment ouvert le feu sur la salle de classe. L’enseignant et les enfants qui s’y trouvaient ont dû se jeter à terre, et l’établissement scolaire a été de nouveau fermé. Un sentiment d’insécurité prévaut parmi la population locale, qui redoute de nouvelles victimes à tout moment. Le 18 juillet 2001, des habitants qui manifestaient pour dénoncer le meurtre de Carlos Roberto Flores et les agissements d’Energisa, ont été violemment dispersés par la police. Dilcia, une petite fille de quatre ans, était en pleurs lorsqu’elle a déclaré à un témoin qu’elle avait été frappée au ventre par un membre des forces de l’ordre. L’épouse de Carlos Roberto Flores, qui était enceinte de sept mois, a dû être hospitalisée après avoir été bousculée, car elle semblait sur le point d’accoucher. D’après les informations recueillies ces dernières années par Amnesty International, un certain nombre de communautés au Honduras - indigènes dans bien des cas - ont été menacées et leurs dirigeants tués, apparemment à titre de représailles parce qu’ils dénonçaient des atteintes à l’environnement et défendaient les droits de ces communautés. Les tueurs entretiennent souvent des liens avec des propriétaires terriens locaux très influents, et le meurtre des militants écologistes Carlos Escaleras et Carlos Antonio Luna, en 1997 et 1998, s’inscrit dans ce cadre. Amnesty International craint que les violences ne se poursuivent tant qu’aucune mesure n’ aura été prise par les autorités en vue de traduire en justice les responsables présumés.

Légende de la photo : Des habitants de Gualaco venus rencontrer les délégués d’Amnesty International en juillet 2001. © AI

REPÈRES

République du Honduras Capitale : Tegucigalpa Superficie : 112 088 km2 Population : 6,6 millions Langue officielle : espagnol Peine de mort : abolie

Situation des droits humains en 2001

Un dirigeant associatif a été tué sur fond de menaces persistantes dirigées contre les défenseurs des droits humains. Des poursuites pénales ont été engagées en bonne et due forme contre plusieurs de ces militants, qui devaient en outre faire face à une campagne tendant à discréditer leurs activités. Des manifestants ont été blessés alors que la police, faisant un usage excessif de la force, tentait de les disperser. Cette année encore des membres de communautés indigènes ont été pris pour cibles par la police, tués, passés à tabac ou maltraités, ou bien encore poursuivis en justice sur la base d’accusations dénuées de fondement. Des cas de mauvais traitements ont été signalés dans les prisons, où les conditions de détention s’apparentaient à une forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant.

Histoire

Au cours des années 1980, ce petit pays à indépendance et démocratie limitées a été transformé en véritable porte-avion par les États-Unis. Il s’agissait, à partir des bases nord-américaines et des campements de la « Contra » (contre-révolution) nicaraguayenne, installée dans le pays, d’abattre le régime révolutionnaire du Nicaragua voisin. Le départ des 12 000 combattants nicaraguayens basés dans le sud du pays a permis un retour au calme et à la paix. L’élection de Chamorra à la présidence du Nicaragua en 1990 marqua la fin de la guérilla. Depuis, le Honduras doit faire face à des problèmes d’ordre économique liés à la baisse des exportations et à l’augmentation de la dette extérieure. Elu président en novembre 1997, Carlos Flores Facussé dirige le parti libéral de centre droit. Il est copropriétaire du quotidien La Tribuna et entretient d’étroites relations avec les Etats-Unis. En novembre 1998, des organisations d’aide humanitaire sont arrivées en masse en Amérique centrale pour participer à la remise en état de la région dévastée par le cyclone Mitch. Le Honduras a été le plus touché.

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