GUATEMALA : la souffrance des proches de « disparus »

Les trois enfants avaient voyagés vers la capitale avec le père d’Adriana pour fêter un anniversaire. Adriana arriva le lendemain et trouva des membres de l’armée armés jusqu’au cou, entourant la maison. Son père avait été enlevé plus tôt à son travail. Il n’a jamais été revu. Les autorités ont prétendu avoir trouvé du matériel subversif dans la maison, mais ajoutèrent que personne ne se trouvait à la maison pendant leurs fouilles. Pourtant, Adriana a vu des agents des forces de sécurité nettoyer des taches de sang sur le sol de la maison. Des voisins ont entendu des voix de femmes et d’enfants pleurer et appeler à l’aide. Un vendeur de magasin du coin a vu deux adultes emmenant les trois filles de la maison.
La Commission de la vérité a recueilli des informations sur 6 159 cas de personnes « disparues », dont 11 p. cent d’enfants. Jusqu’à tout récemment, la plupart de ces enfants étaient donnés pour morts, enterrés dans des charniers aux côtés des dizaines de milliers d’autres victimes de la répression. De fait, 33 p. cent des dépouilles exhumées entre 1997 et 2000 étaient des cadavres d’enfants. Fait remarquable, toutefois, plusieurs de ces enfants « disparus » ont été retrouvés récemment. Quoique rares, ces cas ont redonné à Adriana Portillo, comme à d’autres parents, l’espoir de retrouver un jour leurs propres enfants ou, à tout le moins, de déterminer ce qu’ils sont devenus. Car, comme l’explique cette femme, l’incertitude dans laquelle elle vit constitue la « pire des tortures ». « J’ai vécu un véritable calvaire pendant ces dix-neuf années – des années de tourment, de désespoir, d’angoisse et de souffrance […], a-t-elle confié à Amnesty International. Je ne vois rien de pire que de rester dans l’ignorance de ce qui s’est réellement passé. Ce serait là un raffinement de cruauté. »
Informations générales
Six membres de la famille d’Adriana Portillo ont « disparu » aux mains des forces de sécurité guatémaltèques le 11 septembre 1981. Parmi eux figuraient sa demi-sœur, alors âgée de dix-huit mois, et ses deux filles Rosaura, dix ans, et Glenda, neuf ans. Adriana Portillo s’est résignée à l’idée de ne jamais revoir son père, déjà âgé, sa belle-mère ou sa belle-sœur. En revanche, elle nourrit depuis dix-neuf ans l’espoir que les enfants ont été adoptés et sont toujours vivants. La Commission de la vérité – mise en place en vertu des accords de paix de 1996 – a estimé à 200 000 le nombre de personnes qui ont « disparu » ou qui ont été tuées pendant les années de guerre civile. Elle a conclu que les atteintes aux droits humains avaient, dans leur immense majorité, été perpétrées par les services de sécurité guatémaltèques ou les patrouilles d’autodéfense civile, au cours de la brutale campagne anti-insurrectionnelle menée par l’armée à la fin des années 70 et au début des années 80.
REPÈRES
République du Guatémala Capitale : Guatémala Superficie : 108 890 km2 Population : 11,7 millions Langue officielle : espagnol Peine de mort : maintenue
Situation des droits humains en 2001
La mise en œuvre des accords de paix de 1996 n’a guère progressé. Par ailleurs, les autorités n’ont tenu quasiment aucun compte des recommandations que l’Église guatémaltèque et la Commission pour la clarification historique, mise en place sous l’égide des Nations unies, ont formulées dans leurs rapports en vue de résoudre la question des violences généralisées perpétrées pendant la guerre civile par les soldats, les patrouilles civiles et les chefs militaires guatémaltèques. En juin, trois membres des forces armées ont été condamnés à de lourdes peines de réclusion pour l’exécution extrajudiciaire de l’évêque Juan José Gerardi, commise en 1998. Les organisations non gouvernementales de défense des droits humains, les journalistes, les membres de l’appareil judiciaire, les témoins et les personnes qui tentaient de faire traduire en justice les responsables présumés de violences continuaient de se heurter à de nombreux obstacles et d’être la cible de menaces. Face à la corruption généralisée, la population avait de moins en moins confiance en la justice, ce qui a entraîné une augmentation du nombre de lynchages. Des condamnations à mort ont été prononcées, mais aucune exécution n’a eu lieu.
Histoire
Le Guatemala est un pays d’Amérique centrale qui a connu pendant 35 ans une effroyable guerre civile( environ 100 000 morts !), suite au coup d’Etat organisé en 1954 par les États-Unis contre le gouvernement démocratiquement élu. En 1996, un accord de paix est enfin signé entre la guérilla (UNRG) et ’Etat.Cependant, nombre de promesses faites dans ces accords en matière de droits humains n’ont pas été tenues et les personnes qui enquêtent sur les violations commises par l’armée et les groupes paramilitaires sont souvent menacées.
La population du pays est à 60% indienne. En octobre 1992, Rigoberta Menchu, militante indienne et « chrétienne révolutionnaire » s’est vu décerner le prix Nobel de la paix.






