ETHIOPIE : des policiers tirent sur des manifestants pacifiques, dont de jeunes élèves !

Mai 2002 La police a ouvert le feu sur des manifestants pacifiques dans la ville d’Awassa le 24 mai, tuant environ 25 personnes ou plus. Ils ont arrêté un grand nombre de gens, y compris des élèves de moins de 18 ans. Tous sont détenus au secret, sans accusation ni mandat d’arrêt, et risquent la torture. Ils peuvent être considérés comme prisonniers d’opinion.
Awassa est la capitale de l’État Régional du Sud, habitée principalement par les membres de l’ethnie Sidama. Cette ville est à 250km au sud de la capitale nationale, Addis-Ababa. Les gouvernements -au niveau fédéral et régional- proposent de modifier le statut de la ville, mais ils doivent faire face à l’opposition politique des Sidama. En effet, de nombreuses personnes estiment qu’une telle initiative affaiblirait l’influence de la population sidama sur les autorités locales.
Des centaines des gens se sont réunis le 24 mai 2002 dans le quartier de Looqe, aux faubourgs d’Awassa, pour une manifestation dans le centre-ville. Le gouvernement régional avait interdit la manifestation et avait envoyé des troupes de police qui ont dispersé les manifestants avec des balles réelles.
Selon des observateurs des droits humains, les manifestants étaient désarmés et pacifiques. Ils portaient des branches vertes et des drapeaux éthiopiens. La Police a reconnu que 15 manifestants avaient été tués et plusieurs blessés. Elle a déclaré que deux policiers avaient été tués par des manifestants. Des sources de l’opposition estiment que beaucoup plus de personnes ont été tuées. Pour l’opposition, les deux policiers ont été tués dans une fusillade entre policiers, qui a commencée quand un officier s’est opposé aux coups de feu à l’encontre de manifestants. Parmi les victimes, beaucoup étaient des élèves du secondaire, dont Hameso Kieso, Bunara Gionamo, Tefesse Yeba et Sata Badacho.
Parmi les personnes arrêtées se trouvent aussi des fermiers et des fonctionnaires.
Légende photo : des étudiants de l’université d’Addis-Abeba manifestent pour la liberté d’expression lors des 9 jours de grève en avril 2001. Cette grève, au cours de laquelle 40 étudiants furent blessés, a été suivie de violentes émeutes durant deux jours. La police tira à balles réelles sur les manifestants, provoquant la mort d’au moins 31 personnes.
Un professeur mis en prison pour avoir critiqué le gouvernement
Taye Wolde-Semayat est le président du plus important syndicat d’enseignants d’Éthiopie. Il a été arrêté le 29 mai 1996 et condamné le 10 juin 1999 à 15 ans de prison, après avoir critiqué la politique d’éducation du gouvernement. Taye a été accusé et condamné pour « conspiration armée » sur les dires de témoins qui se sont par la suite rétractés, affirmant que leurs déclarations avaient été extorquées sous la torture. Pendant près de deux ans, Taye a été forcé de garder les menottes. En 1998, il a reçu le Prix des Droits de l’homme de l’Internationale de l’Éducation et a aussi été nommé « l’Homme de l’Année » par le magazine « Ethiopian Review ».
BONNE NOUVELLE : TAYE WOLDE-SEMAYAT a été libéré de prison le 14 mai 2002. Il avait déjà passé six ans en prison. Il a remercié Amnesty International et les syndicats internationaux d’enseignants pour leurs efforts en faveur de sa libération.
[Photo] Taye Wolde-Semayat © DR (Fil d’AI 7/02)
REPÈRES
Ethiopie Capitale : Addis-Abeba Population : 64,5 millions Superficie : 1 133 880 km2 Langue : amharique Peine de mort : maintenue
Situation des droits humains en 2001
Au moins 31 personnes ont été tuées et plus de 3 000 arrêtées lors d’émeutes qui se sont déroulées en avril. Sur le territoire éthiopien, le conflit armé entre les forces gouvernementales et les opposants oromo et somali s’est poursuivi ; les troupes régulières auraient commis de nombreuses violations des droits humains. Des partisans présumés des rebelles ont été arrêtés et torturés ou exécutés de façon extrajudiciaire. Des milliers d’autres étaient toujours en détention, certains depuis des années sans inculpation ni jugement. Des journalistes, des militants des droits humains, des manifestants et d’autres personnes critiques à l’égard du gouvernement ont été arrêtés. La plupart ont été placés en détention sans jugement, et si certains ont eu droit à un procès, il a été inéquitable. Lors des différentes campagnes pour les élections locales de mars, avril et décembre, un très grand nombre de sympathisants de partis d’opposition ont été victimes de manœuvres d’intimidation, de passages à tabac et d’arrestations arbitraires. Les procès de membres de l’ancien gouvernement militaire accusés notamment de génocide et d’exécutions extrajudiciaires ne progressaient que lentement. Plusieurs sentences capitales ont été prononcées, mais aucune exécution n’a été signalée.
Histoire
L’Ethiopie, parmi les pays les plus pauvres du monde, connaît aussi des conditions de vie les plus difficiles à cause de son climat. A cela s’est surajouté des problèmes de luttes armées avec les pays voisins : Erythrée (pendant 30 ans) et Somalie (Ogaden).




