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Espagne *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

ESPAGNE : Les autorités abandonnent à leur sort des enfants sans foyer

image 255 x 170 Des enfants marocains dorment dans la rue à Ceuta, une enclave espagnole en Afrique du Nord. © Julian Rojas / El Pais

Dans le monde entier, des enfants sont victimes de violations des droits humains contre lesquelles ils sont quasiment sans défense. Les enfants des rues, qui sont privés de la protection de leurs parents ou d’adultes, sont tout particulièrement vulnérables. Un adolescent de 16 ans a reçu « de grandes claques » de la part de policiers à Melilla, enclave espagnole située en Afrique du Nord, avant d’être reconduit de force à la frontière marocaine fin juillet. Il faisait partie d’un groupe d’enfants expulsés de cette communauté autonome espagnole, officiellement pour être remis à leur famille. En fait, lui et trois autres enfants ont regagné la ville par leurs propres moyens, soit parce que leurs familles n’avaient pu être retrouvées, soit parce qu’ils avaient déjà été abandonnés. De nombreux enfants ont été directement et illégalement expulsés, tant de Melilla que de Ceuta, une autre enclave espagnole située sur la côte du Maroc. Cette pratique a pris officiellement fin en mars 1999, à la suite d’une plainte déposée par trois membres de la police locale ayant affirmé que de « graves irrégularités », notamment des violences physiques, avaient été commises par la police dans le cadre de la détention d’enfants marocains sans papiers. Les policiers ont déclaré que des mineurs avaient été retenus pendant plusieurs heures dans un fourgon de police dépourvu de sièges, de vitres et de ventilation, sans eau, avec des adultes, et qu’ils avaient été victimes d’atteintes sexuelles de la part d’au moins un policier. Selon certaines informations fournies par des membres des forces de l’ordre sous le couvert de l’anonymat, des enfants ont également été frappés à coups de matraque. Par ailleurs, des policiers marocains ont apparemment battu des enfants qui leur avaient été livrés par leurs homologues espagnols, avant de les placer en détention dans des cellules ou de les remettre à la rue. Il semble aujourd’hui que ces expulsions aient repris. Dans une lettre adressée en juillet au gouvernement espagnol, Amnesty International se déclarait préoccupée par les informations indiquant que Ceuta et Melilla tentaient d’obtenir des dérogations à certaines dispositions de la législation espagnole relative aux droits et devoirs des étrangers. En vertu de ces dispositions, les autorités sont notamment tenues de protéger et de prendre en charge les mineurs étrangers non accompagnés, et d’accorder des permis de séjour, dans un délai de quelques mois, à ceux qu’elles ne peuvent replacer au sein de leur famille. Amnesty International rappelait également à l’Espagne ses obligations internationales, en particulier son devoir de veiller à ce que les enfants non accompagnés jouissent de tous les droits garantis par la Convention des Nations relative aux droits de l’enfant. À Ceuta et Melilla, des enfants vivent dans les rues, les installations portuaires ainsi que les tunnels, souterrains ou situés à flanc de colline. Aux termes de la législation espagnole, ces enfants doivent être logés, nourris et éduqués par les autorités locales. Or, l’unique centre d’accueil pour enfants des rues de Ceuta a été récemment qualifié de « non conforme aux normes minimales d’hygiène ». D’après les informations recueillies, cet établissement était infesté de poux et de rats et manquait de lits, de draps et de couvertures. Certains enfants hébergés au centre ont contracté des maladies contagieuses, tandis que d’autres ont été victimes de violences physiques, commises non seulement par d’autres pensionnaires mais aussi par des membres du personnel de l’établissement. Le gouvernement espagnol – de même que les gouvernements autonomes de Ceuta et de Melilla – doit s’acquitter de ses obligations nationales et internationales en protégeant tous les enfants qui relèvent de sa juridiction. Les communautés autonomes de Ceuta et de Melilla doivent se voir accorder les ressources nécessaires pour prendre en charge tous les enfants placés sous leur responsabilité et pour examiner la situation de ces derniers au cas par cas, de manière approfondie, en veillant à tenir compte de leur point de vue avant de prendre éventuellement la décision de les conduire hors du territoire espagnol. Légende de la photo Des enfants marocains dorment dans la rue à Ceuta, une enclave espagnole en Afrique du Nord. © Julian Rojas / El Pais

L’Espagne, un pays gagné par le racisme

L’Espagne est l’une des principales portes d’accès à l’Union européenne pour les immigrants, et la population étrangère y a fortement augmenté au cours des dernières années. Dans le même temps, le nombre de témoignages faisant état de torture et d’autres mauvais traitements infligés par des agents de la force publique à des ressortissants étrangers et à des membres de minorités ethniques a enregistré une hausse sensible. Le racisme et la xénophobie en Espagne se sont manifestés par le biais d’attaques racistes menées par des groupes de skinheads et de néo-fascistes contre des communautés d’immigrés. Les représentants des principaux courants politiques ont bassement encouragé le sentiment raciste en établissant un lien de cause à effet entre la hausse du taux de criminalité et l’augmentation du nombre d’immigrés. Dans ce contexte, il semble que de nombreux policiers voient dans l’origine raciale et ethnique un indicateur de criminalité. Les personnes de couleur noire et les autres membres de minorités ethniques sont régulièrement arrêtés parce qu’ils sont soupçonnés de commettre des délits tels que le trafic de stupéfiants et de ne pas avoir de papiers d’identité en règle. Il est rare que les autorités mènent des enquêtes efficaces sur les allégations de mauvais traitements à caractère raciste.

image 170 x 169 Rodney Mack, un Afro-Américain trompettiste principal de l’orchestre symphonique de Barcelone, aurait été battu si violemment par des policiers qu’il n’a pu se produire à un concert programmé aux États-Unis. Il a déclaré avoir été attaqué en janvier 2002 par quatre policiers qui l’ont pris pour un voleur de voiture. Il entend déposer plainte : « Ils s’attendaient peut-être à ce que j’encaisse les coups et à ce que je rentre chez moi sans broncher. Je veux simplement empêcher que cela arrive à quelqu’un d’autre. » © NOCCA Institute

REPÈRES

Royaume d’Espagne Capitale : Madrid Superficie : 504 782 km2 Population : 39,9 millions Langue officielle : espagnol (castillan) Peine de mort : abolie

Situation des droits humains en 2001

Le groupe armé basque ETA a continué sa campagne d’attentats à l’explosif et aux armes à feu. Un nouvel accord d’extradition avec la France a permis le retour en Espagne, à titre temporaire, de membres présumés de l’ETA qui purgeaient des peines privatives de liberté en France, afin qu’ils comparaissent devant les tribunaux espagnols. Selon de nombreuses allégations, des personnes détenues au secret auraient été torturées par des policiers ou des gardes civils ; des cas de mauvais traitements imputables à des gardiens de prison ont également été signalés. D’anciens tortionnaires connus, ou dont la culpabilité avait été établie, ont été graciés, et même décorés. Des enfants maghrébins ont été expulsés et abandonnés de fait à la frontière marocaine. Des informations ont fait état de mauvais traitements en garde à vue, infligés notamment à des immigrés et des ressortissants étrangers. Amnesty International a aussi été informée de brutalités policières lors d’une manifestation tenue à Barcelone, qui aurait été infiltrée par des policiers, ainsi que pendant une manifestation étudiante à Las Palmas (Canaries).

Histoire

Après la mort du général Franco en 1975, la démocratisation après quarante ans de dictature s’est faite rapidement et en douceur. Entrée en 1986 dans la CEE, l’Espagne a relevé avec succès le défi de l’intégration économique. Si autrefois de nombreux Espagnols partaient travailler à l’étranger, leur pays est devenu aujourd’hui une terre d’immigration. Le régime d’autonomie des régions, mis en place entre 1979 et 1981, n’a pas suffi aux séparatistes au pays Basque et notamment au mouvement terroriste clandestin ETA qui a poursuivi ses attentats. Le mouvement politique basque Batasuna a été interdit par la justice espagnole en septembre 2002 à cause de son refus de condamner les attentats commis par l’ETA. Méditerranéenne, l’Espagne cherche à développer la coopération avec les autres pays d’Europe latine et avec le Maghreb. Atlantique, elle a conservé de forts liens culturels avec ses anciennes colonies d’Amérique.

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