EQUATEUR : des femmes homosexuelles maltraitées et menacées par la police
Les cas de Narda Torres Arboleda et d’Adriana Chávez
Le 12 juin 2001, en début de soirée, Narda del Rocío Torres Arboleda rentrait chez elle à Quito, chargée de sacs de courses, lorsqu’elle a été interceptée devant son domicile par deux hommes qui l’ont attrapée par les cheveux et jetée à terre en la frappant et en criant : « Salope, on va te violer […] saleté de lesbienne et si t’aimes pas ça on va te tuer pour se débarrasser de toi […] ça te dégoûte pas d’être comme tu es ? »
« À chaque mot [qu’ils me disaient], je recevais un coup de poing ; je ne pouvais pas me défendre parce qu’ils me tenaient par le cou et que cela m’empêchait de crier. Tout à coup, j’ai entendu la voix [de ma compagne] qui a demandé : « Qu’est-ce qui se passe ? » ».
Cette intervention a effrayé les agresseurs et ils se sont alors enfuis vers une voiture qui les attendait non loin de là. Le lendemain, Adriana Patricia Chávez Chávez, la compagne de Narda Torres, qui avait été témoin de l’agression, s’est rendue avec elle au commissariat de police n° 5 de Quito pour porter plainte.
Les policiers n’ont fait aucun cas d’elles lorsqu’elles ont tenté de raconter ce qui s’était passé, et plus particulièrement lorsqu’elles ont indiqué aux policiers que ces manœuvres de harcèlement étaient dues à leur orientation sexuelle. Selon leur témoignage, il a fallu un certain temps pour que la police semble prendre leur plainte au sérieux. Narda Torres a été examinée par un médecin légiste qui a conclu que les ecchymoses qu’elle présentait avaient été causées par les coups de poings reçus à l’œil gauche et que sa lèvre supérieure était tuméfiée. Le 18 juin 2001, elle s’est rendue au dispensaire et un médecin a diagnostiqué une fracture du nez nécessitant une opération chirurgicale. La police a remis à Narda Torres une sorte de permis lui donnant le droit de demander à tout policier d’arrêter ses agresseurs au cas où de tels faits se reproduiraient. Toutefois, selon les informations recueillies, la police n’a pas poussé l’enquête plus loin. Deux mois plus tard, le 28 août 2001, Adriana Chávez, mère d’une fille âgée de douze ans, a été accostée par les deux mêmes agresseurs, qui lui ont dit : « Vous allez continuer jusqu’à quand avec votre maudit exemple, saletés de lesbiennes ! [...] T’as pas honte de ressembler à un homme ? T’as pas de scrupules, pauvre malade. Tu veux que ta fille te ressemble ? ».
Ils lui ont donné l’ordre de quitter le quartier pour que les habitants puissent vivre en paix. Le 3 septembre 2001, le Comité Ecuménico de Derechos Humanos (CEDHU, Comité œcuménique des droits humains) a adressé une lettre au ministre de l’Intérieur, Juan Manrique, pour l’informer du cas de Narda Torres et de sa compagne et lui demander qu’une enquête soit menée au sujet des agressions dont elles ont été victimes. Plus récemment, dans la soirée du 5 décembre 2001, Narda Torres et Adriana Chávez ont été harcelées et intimidées au moment où elles arrivaient devant chez elles. À l’instant où Adriana Chávez allait ouvrir la porte d’entrée, une voiture qui se trouvait à 70 mètres de là environ a accéléré en direction des deux femmes en roulant sur le trottoir. Adriana Chávez est parvenue à ouvrir la porte et à se précipiter à l’intérieur mais Narda Torres n’en a pas eu le temps et a été heurtée par la voiture qu’elle n’a pas réussi à éviter ; elle souffre en conséquence de graves meurtrissures sur une jambe et doit porter un plâtre. Jusqu’à maintenant, ni Narda Torres et Adriana Chávez, ni le CEDHU n’avaient reçu de réponse des autorités équatoriennes quant à savoir si une enquête était menée.
REPÈRES
Equateur Capitale : Quito Superficie : 272 045 km2 Population : 12,9 millions Langue : espagnol Peine de mort : abolie
Situation des droits humains en 2001
Le recours à la torture, mauvais traitements et les morts en détention demeuraient un motif de préoccupation. Des dizaines de personnes ont été tuées dans des circonstances laissant à penser qu’elles avaient pu être victimes d’exécutions extrajudiciaires. Les défenseurs des droits humains, de même que les témoins de violences et les avocats des victimes, ont souvent fait l’objet de menaces. L’impunité conservait un caractère systématique. Les persécutions et les violences dirigées contre les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles et transsexuelles constituaient un grave sujet d’inquiétude.
Histoire
Situé sur la ligne de l’équateur en Amérique du Sud, le pays possède de grandes ressources agricoles. Malgré cela, il a connu des difficultés économiques telles qu’elles l’ont poussé à entrer dans le circuit de l’économie de la drogue.




