COLOMBIE : des journalistes menacés
Le 13 août 1999, le journaliste et humoriste Jaime Garzón était abattu à Bogotá. Cet assassinat provoqua une mobilisation sans précédent dans le pays. Lors des funérailles du journaliste, plusieurs centaines de milliers de Colombiens étaient descendus dans la rue lui rendre un dernier hommage. Depuis, plus de dix journalistes ont été tués pour avoir voulu, comme lui, dénoncer ceux qui bafouent les droits humains.
Une journaliste menacée de mort
Juillet 2002
Amnesty est préoccupée par la sécurité des journalistes de la ville de Barrancabermeja et du reste du département de Santander. Des menaces de mort ont en effet été formulées contre Angela Muñoz Trujillo, rédactrice en chef de l’hebdomadaire El Vocero, ainsi que contre ses collègues. Le 9 juillet, à Barrancabermeja, deux hommes armés ont contraint Angela Muñoz Trujillo à s’arrêter à la hauteur d’un feu de signalisation alors qu’elle se trouvait à proximité du centre de santé de la compagnie pétrolière nationale Ecopetrol. Ils l’ont menacée en ces termes : « si tu oses publier ton journal demain matin, tu assisteras l’après-midi à la veillée mortuaire d’ un de tes collègues ».
Le 8 juillet, le commandant du Bloque Central Bolívar (Bloc Central de Bolívar), une unité des Autodefensas Unidas de Colombia (AUC, Milices d’autodéfense unies de Colombie) opérant avec le soutien de l’armée, a déclaré dans un journal local que différents membres de la presse et de syndicats de la région étaient considérés comme des « objectifs militaires ». Selon des informations parues dans la presse, Mario Prada Díaz, rédacteur en chef du mensuel Horizonte Sabanero, a été abattu le 12 juillet aux environs de Sabana de Torres (département de Santander) par des hommes armés dont l’ identité reste inconnue. Cet homicide ne fait qu’ aviver les craintes d’Amnesty International au sujet de la sécurité d’Angela Muñoz Trujillo et des autres journalistes du département de Santander.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Barrancabermeja est assiégée par des paramilitaires opérant avec le soutien de l’armée, qui contrôlent des quartiers entiers de la ville malgré la présence de nombreux membres des forces de sécurité. Il arrive fréquemment que des journalistes et d’autres membres de la société civile soient harcelés, torturés, voire tués. Les responsables de ces agissements sont souvent des paramilitaires qui, de même que l’armée et les forces de sécurité, accusent régulièrement ces personnes d’être des sympathisants de la guérilla. Toutefois, il arrive également que des membres de l’opposition armée menacent ou tuent des journalistes qu’ils soupçonnent de soutenir leurs adversaires. L’année dernière, une dizaine de journalistes ont ainsi été tués et de nombreux autres menacés par des membres de mouvements de guérilla ou de formations paramilitaires. Le 10 juillet, le Defensor del Pueblo (médiateur chargé de veiller à la promotion et au respect des droits humains en Colombie) a déclaré que les autorités locales, les forces de sécurité de Barrancabermeja et le gouvernement colombien devaient prendre des mesures de protection en faveur des journalistes de cette ville afin que ceux-ci puissent faire leur travail.
Un groupe d’enfants faisant partie de la communauté pacifique de San José de Apartadó © DR
REPÈRES :
République de Colombie Capitale : Bogotá Superficie : 1 141 748 km2 Population : 42,8 millions Langue officielle : espagnol Peine de mort : abolie
Situation des droits humains en 2001
Le conflit qui déchire la Colombie s’est encore envenimé. Cette année encore, des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire ont été commises de manière flagrante et systématique. Les groupes paramilitaires, opérant avec le soutien actif ou tacite des forces de sécurité, se sont rendus responsables de l’immense majorité des exécutions extrajudiciaires et des « disparitions » ; nombre de leurs victimes ont été torturées avant d’être tuées. Des groupes d’opposition armés ont enfreint le droit international humanitaire, notamment par des homicides délibérés ou arbitraires. Plus de 300 personnes ont « disparu » et plus de 4 000 civils ont été tués par les groupes armés pour des motifs politiques, en dehors des combats. Plus de 1 700 personnes ont été enlevées par des groupes armés d’opposition ou des formations paramilitaires. Parmi ces personnes, Ingrid Betancourt, candidate écologiste aux élections présidentielles, est toujours détenue par les FARC (le principal groupe armé de la rébellion). Toutes les parties en conflit ont provoqué le déplacement forcé d’un grand nombre de civils. Les personnes vivant dans des zones de conflit, notamment les défenseurs des droits humains, les syndicalistes, les représentants de l’appareil judiciaire, les journalistes, les membres de communautés afro-colombiennes et indigènes ainsi que les paysans ont été confrontés à une insécurité croissante. Des éléments prouvant l’existence de liens étroits entre les forces de sécurité et les groupes paramilitaires ont été mis en évidence. Des enquêtes judiciaires et disciplinaires menées sur plusieurs affaires très médiatisées ont progressé, mais l’impunité demeurait très répandue. Ces enquêtes impliquaient des militaires de haut rang soupçonnés d’avoir commis des violations des droits humains.
Histoire
Exception notable en Amérique latine, la Colombie n’a connu que cinq coups d’État depuis sa création comme République en 1830. Elle a été gouvernée par des régimes civils à partir de 1958. Cependant, l’état de siège qui a été levé en 1982 avait été instauré…trente-quatre ans auparavant. Guérillas et répressions ont en fait été permanentes depuis des décennies. Deux partis s’alternent au pouvoir depuis près d’un siècle : le Parti libéral et le Parti conservateur. Si le bilan économique est relativement moins défavorable que celui des pays voisins, la situation politique est demeurée instable. Deux groupes armés d’opposition n’ont toujours pas déposé les armes et les mafias de la drogue, qui corrompent la société tout entière, ont connu un fort développement. Confrontées à des guérilleros qui poursuivent la lutte armée depuis 37 ans et qui profitent de plus en plus du trafic de drogue, les autorités hésitent entre négociation et répression face à cette rébellion. En 2000, un plan soutenu par les Etats-Unis a mis l’accent sur la lutte contre le trafic de drogue et la guérilla. Ce plan a été considéré comme un « acte de guerre » par les rebelles et a bloqué le dialogue entre l’État et la plus puissante des guérillas colombiennes. En 2001, l’ancien président colombien, Andrès Pastrana, a rompu les négociations de paix et renforcé les pouvoirs de l’armée contre la guérilla. Le conflit reprit instantanément en Colombie. Cette succession d’événements est hélas le reflet d’une histoire colombienne que ne cesse de se répéter depuis des décennies.




