CHINE : Un historien ouighour derrière les barreaux
Tohti Tunyaz, un Ouighour en provenance de la Région autonome du Xinjiang au Nord-Ouest de la Chine, purge une peine de prison de 11 ans en raison de ses recherches sur l’histoire ouighour. Il a été arrêté en février 1998, au cours d’une visite au Xinjiang consacrée à des recherches pour sa thèse. Tohti Tunyaz a été condamné en mars 1999 à 11 ans de prison, pour « incitation au séparatisme » et « acquisition illicite de secrets d’états ». Cette sentence a été confirmée en appel en mars 2000. Au cours de son procès, la cour s’est référée à des documents qu’il avait récoltés au Xinjiang, et à un livre plaidant pour le « séparatisme ethnique » qu’on l’accusa d’avoir publié au Japon. Son professeur au Japon, Sato Tsugitaka, a affirmé que les soi-disant « secrets d’État » consistaient en une liste de documents vieux de 50 ans fournis par une bibliothèque officielle, et que Tohti Tunyaz n’avait publié aucun livre incitant au « séparatisme ethnique ». La détention de Tohti Tunyaz se passe à un moment où le gouvernement a accru la répression contre la population musulmane ouighour du Xinjiang. À la suite des attentats du 11 septembre, la Chine a intensifié ses mesures de répression en fermant des mosquées, en brûlant des livres ouighours et en qualifiant les partisans de l’indépendance de la région de « séparatistes ethniques » ou de « terroristes ». En mai 2001, le groupe de travail des Nations unies sur les détentions arbitraires a conclu que l’emprisonnement de Tohti Tunyaz était arbitraire et violait son droit à la liberté de pensée, d’expression et d’opinion.
Frénésie d’exécutions en Chine :
Tandis que les feux de l’actualité étaient braqués sur la candidature de Pékin aux Jeux olympiques de 2008, les autorités chinoises procédaient à toute une série d’exécutions dans le cadre de la dernière campagne « Frapper fort » menée dans tout le pays pour lutter contre la criminalité. Entre avril et juillet 2001, la Chine a exécuté au moins 1 781 personnes – soit davantage en trois mois que le reste du monde au cours des trois dernières années – et prononcé 2 960 condamnations à mort pour des infractions aussi diverses que la corruption, le proxénétisme, le détournement de fonds, la fraude fiscale, le vol de carburant, la vente de denrées alimentaires nocives ou des crimes violents. Des centaines de personnes ont été exécutées pour des infractions à la législation sur les stupéfiants en vertu du slogan « Protéger la vie, dire non à la drogue ». Pour ceux qui sont jugés pendant la campagne « Frapper fort », la « justice » est expéditive et impitoyable. Pressée d’obtenir des résultats, la police a fait état d’opérations « couronnées de succès ». Dans la province du Hunan, lors d’une opération « Tonnerre de printemps » qui a eu lieu du 23 au 25 avril, la police s’est félicitée d’avoir « résolu 3000 cas » en deux jours. Dans la province du Sichuan, elle a déclaré avoir « élucidé » 6704 affaires (dont 691 meurtres, vols et attentats à la bombe) en six jours, entre le 19 et le 24 avril, en arrêtant 19 446 personnes. Dans de telles circonstances, les risques d’erreurs judiciaires et d’exécutions de personnes innocentes sont immenses. La police et le parquet ont été invités à agir sans détour et à ne pas « se soucier des détails », afin d’obtenir « une autorisation immédiate, une arrestation immédiate, un procès immédiat et des résultats immédiats ». Lors des réunions de préparation de la campagne « Frapper fort », les avocats auraient été appelés à collaborer avec la police et le ministère public, et à ne pas ralentir la procédure judiciaire. Les tribunaux se sont également vantés de leur rapidité et des « procédures d’exception » appliquées durant la campagne. Il est fort probable que nombre des personnes condamnées aient « avoué » sous la torture. De plus, si l’on en croit des accusations persistantes, des organes sont prélevés sur le corps des personnes exécutées, sans leur consentement préalable, à des fins de transplantation.
Légende de la photo : À Ganzhou, une femme pousse un cri lors du prononcé du verdict, avant d’être emmenée en vue de son exécution (Chine, avril 2001). © Reuters
Rassemblement de condamnés à morts dans la province du Yunnan © Xinh ua / Franck Spoone
REPÈRES :
République populaire de Chine Capitale : Pékin Superficie : 9 584 492 km2 Population : 1,28 milliard Langue officielle : mandarin Peine de mort : maintenue
Situation des droits humains en 2001
Les violations graves des droits humains se sont multipliées en 2001. Des milliers de personnes restaient détenues ou emprisonnées arbitrairement dans tout le pays, pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de religion. Des milliers d’autres ont été arrêtées durant l’année. Certaines étaient détenues sans inculpation ni jugement, conformément aux règles de la détention administrative ; d’autres ont été condamnées à des peines de prison en vertu des lois sur la sécurité nationale, au terme de procès inéquitables. Le recours à la torture et aux mauvais traitements était toujours fréquent ; cette pratique s’est, semble-t-il, intensifiée envers certains groupes. Une campagne de « répression sévère de la criminalité », ou campagne « Frapper fort », a provoqué une augmentation massive des peines capitales et des exécutions. D’après les informations limitées et incomplètes dont on disposait à la fin de l’année, au moins 4 015 personnes ont été condamnées à mort et 2 468 ont été exécutées ; les chiffres réels étaient probablement bien supérieurs. Dans les régions autonomes du Xinjiang et du Tibet, la liberté d’expression et de religion était toujours soumise à de sévères restrictions. Les mesures répressives vis-à-vis des groupes ethniques de religion musulmane soupçonnés d’activités nationalistes se sont intensifiées.
Histoire
Après plusieurs années de guerre civile, Mao proclame en 1949 la naissance de la République Populaire de Chine. Tchang Kaï-Chek se réfugie à Taïwan avec toutes les réserves d’or, suivi de deux millions de soldats et de réfugiés. Avec la collectivisation agraire, très brutale (« Grand Bond en avant ») à partir de 1958, le plus important de ces soubresauts a été ce qu’on appelle « la Révolution culturelle » qui a dégénéré en une véritable guerre civile. Après la mort de Mao en 1976, le nouvel homme fort du pays sera Deng Xiaoping. Il fait accepter au Parti son programme de modernisation économique. Il est à l’origine des réformes économiques des années 80 et 90. Au printemps 1989, un million de manifestants s’assemblent sur la place Tiananmen, à Pékin, pour réclamer des changements politiques pro-démocratiques. Ils sont réprimées dans le sang. Dix années de grands changements connurent ainsi une fin tragique. L’effondrement de l’URSS a rendu plus difficile encore la survie du régime communiste, d’autant qu’en 1992, la Chine a montré qu’elle souhaitait poursuivre l’ouverture économique du pays au capitalisme. Depuis la révolution de Mao Zedong en 1949, au terme d’une longue et meurtrière guerre civile, la population chinoise a plus que doublé, passant de 540 millions à 1,140 milliard d’habitants. Ils appartiennent en très grande majorité (93 %) à l’ethnie han qui domine, un peu à la manière coloniale, la cinquantaine d’autres peuples présents sur le territoire. La situation du Tibet, dans l’Himalaya, est particulièrement préoccupante : le Tibet est occupé militairement par les Chinois depuis 1950 et une répression meurtrière y a été menée en 1959. Le chef spirituel des Tibétains (qui sont bouddhistes), le Dalaï-Lama, est réfugié en Inde. Il a obtenu le prix Nobel de la paix en 1989. En 2001, Pékin a été choisie pour accueillir les jeux Olympiques de 2008. Le pays semble prendre la voie des réformes structurelles et d’une plus grande libéralisation économique. Les inégalités sociales sont encore très importantes : 40% des richesses sont détenues par 1% de la population.




