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Burundi *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

 BURUNDI : Béatrice Mukanyonga, 17 ans, a besoin d’une assistance légale et médicale d’urgence.

Extrait du document AFR 16/20/02

Béatrice Mukanyonga, âgée de17 ans, originaire de la commune de Kiremba sur la colline Kiwezi, dans la province de Ngozi au Burundi, est emprisonnée à la prison spéciale de Ngozi où elle attend d’être jugée pour infanticide. En fait, l’avortement est illégal au Burundi. Si Béatrice est reconnue coupable, elle risque 10 ans de prison. Le tarif pour ce type d’infraction commise par une personne majeure est une peine d’emprisonnement de 20 ans. Lorsqu’elle a été interviewée par les délégués d’Amnesty International en Septembre 2002, Béatrice Mukanyonga faisait une forte dépression. Elle était dans cette prison depuis février 2002 mais elle ne se souvient pas de la date de son arrestation ni de la durée de sa détention préventive parce qu’elle était sérieusement malade suite à une opération qu’elle qualifiait comme étant une césarienne. Elle réfuta les accusations qui pesaient sur elle et affirmait qu’elle avait été victime d’un viol. Actuellement, Béatrice reçoit quelques soins médicaux grâce aux efforts de l’Association burundaise pour la défense des droits des prisonniers (ABDP), qui mène un projet pour l’octroi de soins médicaux minimum dans les deux prisons de Ngozi en collaboration avec les autorités de ces prisons. Néanmoins, Amnesty International estime que ces soins médicaux sont dispensés de façon insuffisante ce qui entraîne la détérioration l’état psychologique de Béatrice. Béatrice Mukanyonga a déjà comparu deux fois devant la cour dans Ngozi, inconsciente de l’évolution de son cas. À ces auditions, elle n’a pas été représentée par un avocat. « Je n’ai pas su que j’avais ce droit, » a-t-elle déclaré. Amnesty International estime que Béatrice Mukanyonga ne doit pas être dans la prison, malgré son infraction présumée, parce que sa détention prolonge et renforce sa souffrance mentale et physique. Dans la rétention de Béatrice Mukanyonga, Amnesty International estime que les autorités Burundaises n’ont pas tenu compte de leurs obligations conformément aux normes internationales, qui déclarent que les adolescents doivent seulement être retenus en dernier ressort et pendant un temps approprié le plus court possible. De plus, les autorités ne garantissent pas « le soin, la protection et toute l’aide individuelle nécessaire - sociale, éducative, professionnelle, psychologique, médicale et physique » que l’état de santé de Béatrice exige pendant sa détention. Ces normes s’appliquent à tous les adolescents tenus dans les prisons du Burundi. Il est important de le préciser dans des cas comme celui de Béatrice Mukanyonga et d’autres enfants qui sont dans la détresse médicale et psychologique aiguë. Les violations des droits humains dans le système judiciaire du Burundi sont fréquentes. Les procès continuent à se produire négligeant les standards internationaux sur les procès justes et équitables d’enfants mineurs, même si les adultes autant que des enfants sont d’habitude jugés sans le soutien d’un avocat. Mais, vu leur âge et leur manque d’éducation, les enfants trouvent particulièrement difficile de se défendre dans la justice. Peu sont informés de leurs droits, y compris le droit à l’aide légale à toutes les étapes de leur détention et leur droit de défier la légalité de leur détention promptement devant une cour. Les soins médicaux dans les prisons du Burundi sont minimes. On a maltraité ou torturé beaucoup d’enfants, souvent sévèrement avant qu’ils n’arrivent dans la prison, lorsqu’ils étaient aux mains des forces de sécurité ou des représentants d’administration ou de communautés locales. Dans des nombreux cas, ces enfants ne reçoivent pas de soins médicaux appropriés aux blessures qu’ils ont subies.

 Burundi : les enfants ne sont pas épargnés par la guerre

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Des personnes chassées de leur maision par le conflit se retrouvent dans des logements de fortune à Bujumbura (mars 2002). © AI

Célestin Manirambona et Gérard Ndayikeza ont été arrêtés lors d’un contrôle d’identité à Bujumbura en 1999. Âgés de tout juste quatorze et quinze ans, les deux garçons, originaires du nord du Burundi, avaient choisi environ deux ans auparavant de s’installer dans la capitale pour y trouver du travail. Ils gagnaient péniblement leur vie en vendant des cacahuètes dans la rue. N’étant pas en mesure de produire une pièce d’identité lors du contrôle, ils ont été emmenés au poste de la Police de sécurité publique (PSP) de Kigobe, à Bujumbura, où ils ont été accusés d’appartenir à l’un des groupes armés engagés dans une lutte de pouvoir acharnée contre le gouvernement depuis le milieu des années 90. Les deux adolescents ont déclaré qu’on leur avait infligé des coups pour les forcer à « avouer » qu’ils étaient des combattants. Célestin Manirambona affirme avoir été frappé à plusieurs reprises à coups de matraque et on lui aurait dit que les violences ne prendraient fin que s’il passait aux « aveux ». Les deux garçons ont été détenus durant six mois environ, puis transférés à la prison centrale de Mpimba. Ils n’ont pas eu jusqu’à présent l’occasion de se défendre devant un tribunal. Comme la plupart des enfants incarcérés dans les prisons burundaises, Célestin Manirambona et Gérard Ndayikeza sont pauvres et peu instruits. Leur vulnérabilité tient non seulement à leur âge, à leur statut social et à leur pauvreté, mais aussi au fait qu’ils sont éloignés de leur famille et n’ont personne pour les défendre. Quelque 160 enfants de moins de dix-huit ans sont en prison au Burundi, sur une population de 9 000 détenus environ. Étant donné les carences de la justice et du système carcéral burundais, ils sont tout particulièrement exposés aux atteintes aux droits humains commises par les autorités pénitentiaires et par les codétenus. Au Burundi, des enfants sont arrêtés sans qu’aucune enquête en bonne et due forme ne soit menée à la suite d’accusations motivées par la discrimination ethnique, les rivalités personnelles ou la cupidité. Ils sont détenus au secret (c’est-à-dire privés de tout contact avec le monde extérieur), torturés et incarcérés pour de longues périodes, sans procès, dans des locaux souvent surpeuplés et dans des conditions dangereusement insalubres.

Un grand nombre d’entre eux souffrent de malnutrition. Dans la plupart des prisons et des autres centres de détention, les enfants sont incarcérés avec les adultes, quel que soit leur âge, et exposés à des agressions physiques et sexuelles. Amnesty International sort, en septembre, un rapport consacré aux enfants en détention au Burundi ; l’organisation estime que le système judiciaire réservé aux mineurs peut être amélioré rapidement. Il n’en demeure pas moins que tous les enfants burundais doivent vivre dans un environnement dur et dangereux. Le droit à l’éducation et aux soins est une illusion pour un grand nombre d’entre eux, l’accès à des infrastructures déjà limitées étant encore restreint par la pauvreté et l’insécurité. De plus en plus d’enfants vivent dans la rue. Ajoutons que le conflit armé qui déchire le pays depuis près de dix ans et la crise des droits humains qui en découle ont un effet dévastateur sur la société burundaise. Les enfants continuent de subir les conséquences de ce conflit armé. Ils sont des centaines à avoir été délibérément tués, mutilés ou blessés. Des milliers d’enfants ont été recrutés par toutes les parties au conflit et les violences sexuelles commises par les combattants contre les femmes et les jeunes filles sont monnaie courante. L’histoire de Fabienne (pseudonyme) illustre parfaitement la situation. À la suite d’une attaque dans la province de Gitega, en 2001, elle s’est vue contrainte d’accompagner un groupe de quelque 30 combattants appartenant apparemment au Parti pour la libération du peuple hutu - Forces nationales pour la libération (PALIPEHUTU-FNL), l’un des groupes politiques armés burundais les plus actifs. Elle a été obligée de leur servir de porteur au cours de leur marche en direction de la forêt de Kibira et a été violée à de nombreuses reprises. Elle était alors âgée de treize ans : « Toute de suite ils nous ont prises comme des femmes. C’est nous qui préparons [les repas]. S’il y a une vache, on doit la cuire. S’ils viennent, ils mangent, ils boivent et ils nous appellent pour dormir. Il y [en] avait même beaucoup. Ça m’a fait mal […] Si tu refuses, ils ont des chicottes*, et ils te font mal […] Il y a même des filles plus jeunes […] Il y a [des gens] qui fuient et qui ne reviennent pas. Tu sais pas s’ils sont morts ou vivants. » Quelque 450 000 personnes sont actuellement déplacées au Burundi en raison du conflit. Certaines, dont approximativement 200 000 enfants, vivent dans des camps dans des conditions généralement pénibles, parfois même effroyables. D’autres, « dispersées », tentent de survivre du mieux qu’elles peuvent. Des gens ont été regroupés de force ou réinstallés ailleurs. Conséquences de la malnutrition, de la déshydratation, de la surpopulation, des conditions sanitaires déplorables et des soins médicaux insuffisants, les maladies ont touché un grand nombre de personnes et le taux de mortalité a grimpé à un niveau alarmant, particulièrement chez les enfants. Cent quatre-vingt mille autres enfants vivent dans des camps de réfugiés de l’autre côté de la frontière, en Tanzanie. Leur alimentation est insuffisante, ils n’ont pas accès à l’éducation ni aux soins et sont des proies faciles pour les groupes politiques armés qui cherchent des recrues. Le gouvernement de transition du Burundi a l’obligation spécifique de protéger les enfants, tout spécialement ceux qui sont sous sa garde. Les enfants ne doivent être incarcérés qu’en tout dernier ressort, pour la durée la plus courte possible, dans des conditions respectant la dignité de l’être humain et dans des endroits où ils sont séparés des adultes. Il ne saurait y avoir d’excuses à la torture des enfants en détention. Le gouvernement doit, lorsque de telles violations se produisent, prendre les mesures les plus strictes pour enquêter sur ces violences, traduire en justice les responsables présumés et indemniser les victimes. Toutes les parties au conflit doivent imposer à leurs forces de respecter la vie des civils, et mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats.

Légende photo : Des personnes chassées de leur maison par le conflit se retrouvent dans des logements de fortune à Bujumbura, capitale burundaise (mars 2002). © AI

REPÈRES

République du Burundi CAPITALE : Bujumbura SUPERFICIE : 27 835 km2 POPULATION : 6,5 millions LANGUES OFFICIELLES : français, kirundi PEINE DE MORT : maintenue

Situation des droits humains en 2001

Malgré l’accord de paix signé en août 2000, la guerre a continué de ravager le pays tout au long de l’année. Des centaines de civils non armés ont été tués par les forces gouvernementales ou par les groupes d’opposition armée, et les personnes déplacées se comptaient toujours par centaines de milliers. Cette année encore, des milliers de Burundais ont fui le pays. Un très grand nombre de personnes ont été arrêtées et placées au secret dans des centres de détention illégaux. De nombreuses personnes ont été torturées, et l’on craignait que d’autres n’aient « disparu ». Des milliers de personnes, dont des enfants, ont été maintenues en détention sans jugement ; certaines étaient incarcérées depuis 1994. La plupart des auteurs d’atteintes aux droits humains ont continué de bénéficier de l’impunité. Au moins 40 condamnations à mort ont été prononcées, mais aucune exécution n’a été signalée. Les difficultés engendrées par le conflit et par l’attitude du gouvernement, des autorités militaires et des groupes d’opposition armée ont entravé les activités des groupes de défense des droits humains et les organisations humanitaires.

Histoire

Comme son voisin le Rwanda, le Burundi, est un petit pays enclavé, issu d’un acien protectorat belge. Sa population est majoritairement composée de Hutus. Mais ce sont essentiellement les membres d’une autre ethnie, les Tutsis, qui dirigent l’économie et la politique du pays. Le Burundi est, depuis son indépendance, le théâtre de violents affrontements entre une minorité dominante de Tutsis et une majorité opprimée de Hutus. Malgré un accord de paix, signé en août 2000, le pays ne parvient pas à mettre fin à une guerre civile de 8 ans qui a touché essentiellement des civils.

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