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Bulgarie *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

BULGARIE : des handicapés mentaux traités comme des bêtes.

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Une pièce du centre pour handicapées mentales de Sanadino où 9 femmes étaient enfermées lors d’une visite d’un Procureur en novembre 2001 © AI©

E n Bulgarie, il ne fait pas bon vivre dans les centres pour handicapés. On n’y retrouve parfois des enfants qui au départ ne souffrent d’aucun handicap ! Les décisions de placement d’enfants relèvent souvent de diagnostics non scientifiques, sans évaluation réelle du soutien dont ils auraient besoin. Une fois « étiquetés », leur état n’est que rarement réévalué avant l’âge de 16 ans, âge auquel ils peuvent prétendre à une pension d’invalidité de l’État. On ne trouve ni règlements, ni procédures, ni même des pratiques susceptibles d’imposer un suivi systématique et une réévaluation des diagnostics par des équipes de spécialistes. Les dortoirs sont surpeuplés, et dans plusieurs foyers, nus et vétustes, il n’y a aucune stimulation visuelle. Les installations sanitaires y sont inadéquates.Les contacts entre les enfants et leur famille sont presque tous complètement rompus, et tous contacts avec la communauté extérieure extrêmement limités. Quant aux soins médicaux, ils sont insuffisants. Aucun des foyers visités par Amnesty n’a à sa disposition (même de façon irrégulière) des médecins des différentes spécialités nécessaires à la mise en œuvre d’un programme approprié de réinsertion d’enfants souffrant de troubles du développement.

Le constat est le même dans les centres psychiatriques pour adultes. Au Foyer social pour handicapées mentales de Sanadinovo, le personnel n’a pas la formation voulue pour s’occuper de personnes souffrant de troubles du développement ou de handicaps mentaux. Nombre des femmes internées à Sanadinovo ont grandi dans des institutions de l’État parce qu’elles étaient orphelines ou parce qu’elles avaient été abandonnées par leurs parents qui avaient renoncé à leurs droits en faveur de l’État. Un grand nombre des femmes internées à Sanadinovo pourraient vivre de manière indépendante au sein de la communauté si elles bénéficiaient d’une prise en charge et de soins de proximité.

REPÈRES

République de Bulgarie Capitale : Sofia Superficie : 110 994 km2 Population : 7,9 millions Langue officielle : bulgare Peine de mort : abolie

Situation des droits humains en 2001

De nombreux cas de mauvais traitements et de torture imputables à des responsables de l’application des lois ont été signalés. La plupart du temps, les auteurs présumés de ces actes n’ont pas été traduits en justice. Nombre des victimes étaient des Rom (Tsiganes) ; il s’agissait parfois de mineurs. Comme les années précédentes, les forces de l’ordre ont fait usage d’armes à feu dans des circonstances proscrites par les normes internationales, tuant ou blessant un certain nombre de personnes. Les conditions de vie dans de nombreux établissements pour adultes handicapés mentaux constituaient, de fait, un traitement cruel, inhumain et dégradant. La liberté d’expression continuait de faire l’objet de restrictions. Une organisation de Macédoniens de Bulgarie a été empêchée de tenir un rassemblement non violent.

Histoire

Depuis que la Russie l’aida en 1878 à se libérer du joug ottoman, la Bulgarie est restée en bons rapports avec son grand voisin. Ces deux pays slaves et orthodoxes présentent d’ailleurs bien des ressemblances culturelles. En 1990, la Bulgarie a connu une poussée de fièvre nationaliste anti-turque lors du vote d’une loi rétablissant, pour les citoyens d’origine turque (10 %), certains droits dont ils avaient été privés en 1984-1985. La transition politique s’est faite assez lentement, par étapes. Ce n’est qu’après les élections législatives d’octobre 1991 que la domination communiste a pris fin.Depuis 1990, le Parti communiste rebaptisé Parti socialiste bulgare (PSB) et l’UFD (Union des forces démocratiques) sont les deux partis dominants. Ils alternent au pouvoir dans une vie politique plutôt chaotique. Sept gouvernements se succèdent en sept ans, sans réussir à juguler l’inflation, le chômage, l’accroissement de la dette publique. Le pays renoue cependant avec la croissance en 1995. Le progrès continue, avec des hauts et des bas, sous le président UFD Petar Stoyanov élu en 1996. Le Premier ministre Ivan Kostov entre en fonction en avril 1997. Il s’engage à enrayer la corruption, à mettre en place des réformes fiscales et à attirer des investisseurs étrangers. L’ancien roi Siméon, devenu un riche homme d’affaire en exil, revient au pays et remporte les élections et devient premier ministre en 2001. Paradoxalement, la population choisit quelques mois plus tard un ancien communiste, Gueorgui Parvanov, comme président. Le pays fait face à une grave crise économique et la misère creuse de plus en plus le fossé entre la classe moyenne et les pauvres. La Bulgarie est candidate à l’entrée dans l’Union européenne en 2008.

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