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Brésil *

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

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Enfant des rues à Rio de Janeiro au Brésil © Leticia Valverdes

BRESIL : une femme menacée pour avoir témoigné contre des policiers militaires dans une affaire de meurtre d’enfant des rues

Juillet 2002

Jony Igson Miranda da Silva, un garçon de 13 ans, lavait les vitres des voitures aux feux de signalisation. Le 20 novembre 2001, il aurait demandé aux occupants d’un véhicule s’ils voulaient qu’il nettoie leur pare-brise – ce qu’il aurait fait malgré leur réponse négative. Des témoins ont déclaré que le policier, assis à la place du passager, lui avait demandé s’il voulait un cadeau de Noël. Quand Jony lui a répondu par l’affirmative, il lui aurait tiré dessus à bout portant. La balle, qui a traversé son bras avant de se loger dans son corps, n’a pas été retirée. Paraplégique, le garçon ne remarchera sans doute jamais. Le gouverneur de l’État du Pará a récemment proposé que cet État verse une pension mensuelle de 200 reals (un peu moins de 70 euros) à Jony Igson Miranda da Silva. Cette somme est bien inférieure aux frais nécessaires pour le soigner.

image 175 x 198  Dona Iraci Oliveira dos Santos, la maman de « José »

Au moment des faits, des témoins ont pu reconnaître le policier. Ces témoins ont peur car ils reçoivent des menaces de mort s’ils continuent à s’occuper de cette affaire. Ainsi, Amnesty International est sérieusement préoccupée par la sécurité d’Ana Oneide Lima, qui a reçu des menaces de mort. Récemment, elle a témoigné contre un agent de la police militaire accusé d’avoir tiré sur Jony Igson Miranda da Silva en novembre 2001. Ces derniers mois, Ana Oneide Lima a reçu plusieurs appels téléphoniques anonymes la menaçant de mort. L’une de ces personnes lui a ainsi dit : « Fais attention à ta vie, parce que tu pourrais te réveiller avec la bouche pleine de fourmis. » Cette expression, souvent utilisée au Brésil dans ce type de cas, est synonyme de mort. Le 10 juillet, Ana Oneide Lima a confirmé au tribunal, devant l’accusé, avoir été la cible de menaces. Selon les informations reçues par Amnesty, un second témoin, lui aussi menacé, ne s’est pas présenté à l’audience. Le policier, qui a été suspendu de ses fonctions, n’a pas été placé en détention.

Bonne nouvelle :

Justice sera enfin rendue !

Dona Iraci Oliveira dos Santos est la maman de « José » (nom d’emprunt), un garçon de 15 ans torturé par des policiers en juin 1999. Les policiers l’avaient roué de coups de pied et avaient menacé de le tuer. Traumatisé, « José » a fait plusieurs séjours d’un ou deux mois dans un établissement psychiatrique. Sa mère s’est battue pour obtenir un jugement des policiers responsables. Grâce aux pressions d’Amnesty International et d’autres ONG, un procureur spécial a été chargé d’enquêter sur cette affaire, et tous les auteurs présumés ont été inculpés d’actes de torture.

REPÈRES

République fédérative du Brésil Capitale : Brasília Superficie : 8 547 379 km2 Population : 172,6 millions Langue officielle : portugais Peine de mort : abolie, sauf pour crimes exceptionnels

Situation des droits humains en 2001

À tous les niveaux du système de justice pénale, que ce soit au moment de l’arrestation ou pendant le séjour dans les postes de police, les prisons et les centres de détention pour mineurs, le recours à la torture et aux mauvais traitements demeurait généralisé et systématique. Dans plusieurs États, des mutineries de grande ampleur ont éclaté dans des prisons et des centres de détention pour mineurs, essentiellement en raison de certains problèmes récurrents dans le système pénitentiaire et du caractère cruel, inhumain et dégradant des conditions de détention. Des policiers et des escadrons de la mort liés aux forces de sécurité se sont rendus coupables de nombreux meurtres de civils, parmi lesquels des enfants, dans des circonstances laissant à penser qu’il s’agissait d’exécutions extrajudiciaires. Dans les régions rurales, des personnes militant pour la réforme agraire, des défenseurs de l’environnement et des membres de communautés indigènes ont été tués ou agressés par des policiers militaires et des tueurs professionnels agissant pour le compte de propriétaires terriens. Cette année encore, des défenseurs des droits humains ont été menacés et attaqués. La plupart des responsables de ces violences continuaient cependant à bénéficier de l’impunité.

image 146 x 227 Poste de police de la Division des vols et cambriolages, dans l’État du Paraná © Clarissa Lima

Les actes de torture restent monnaie courante

Le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a présenté son rapport sur la Brésil à la Commission des droits de l’homme des Nations unies en avril 2001. Ce document constitue un réquisitoire accablant, qui dénonce la pratique endémique de la torture dans tout le pays et l’absence de mesures prises contre ce fléau par les autorités de l’État à tous les niveaux. Les postes de police et les établissements pénitentiaires surpeuplés à l’extrême sont monnaie courante au Brésil. Souvent, les détenus ne quittent pas leur cellule pendant plusieurs mois d’affilée.

Histoire

Pays de contraste, le Brésil est l’un des États du tiers-monde qui dispose des plus fortes potentialités. Extrêmement étendu (près de la moitié de l’Amérique du Sud), et recouvert pour l’essentiel de forêts et de savanes, il vient au cinquième rang mondial pour sa population d’origine très mélangée : pour moitié européenne (portugaise, espagnole, italienne), mais aussi africaine et amérindienne (moins de 2 % aujourd’hui). On y rencontre une infinie variété de métissages. Tous les pays d’Amérique du Sud (sauf le Chili et l’Équateur) ont une frontière commune avec le Brésil. Le pays est depuis longtemps connu pour ses productions agricoles, notamment le café, dont il assure un quart de la production mondiale, mais aussi le sucre, le cacao, et plus récemment le soja et les agrumes (jus d’orange). Malgré ces richesses, la misère des petits paysans est grande, surtout dans la région du Nordeste (au nord-est). Depuis les années soixante, l’industrie a connu un très sérieux développement et occupe une place importante dans les exportations aux côtés de l’agriculture et des minerais. Le sous-sol du Brésil est en effet très riche : fer, manganèse, bauxite, étain, chrome, nickel, sans compter les pierres précieuses et les ressources en hydrocarbures. À ces atouts s’ajoutent ceux de la forêt tropicale dont l’exportation au nom du développement suscite de vives controverses chez les écologistes qui la considèrent comme le poumon de la planète. Après vingt ans de dictature, le pays est redevenu démocratique en 1985. Pour lutter contre une inflation galopante et une dette extérieure considérable, divers plans de redressement économique, pour la plupart ultra-libéraux, ont été appliqués à la demande du Fonds monétaire international (FMI). Depuis 1991, le pays s’est engagé dans un projet de marché commun (appelé Mercosur) avec ses voisins, l’Uruguay, le Paraguay et l’Argentine. Mais le Brésil reste à ce jour le pays des inégalités extrêmes : aux gosses abandonnés dans les villes s’oppose l’insolente richesse d’une minorité, aux efforts d’organisation syndicale des petits paysans répond la violence des tueurs à gage à la solde des grands propriétaires. C’est un peu comme s’il existait deux pays distincts, deux sociétés au sein des mêmes frontières.

1998 - Le président Cardoso est réélu 1999 - Le real perd 80% de sa valeur face au dollar. Le pays sort rapidement de cette crise monétaire et financière, grâce à un prêt du FMI et à une politique de rigueur budgétaire.

Devant la protestation des paysans sans terre, la politique de défrichage et de redistribution permet de diminuer la forte concentration foncière.

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