BELARUS : Une nouvelle victime de Tchernobyl ?

Un éminent scientifique biélorusse est incarcéré après avoir critiqué le programme officiel de recherche
Le 13 juillet 1999, à Gomel, la vie de l’universitaire de renom Iouri Bandajevski a basculé. Des policiers se sont présentés en pleine nuit chez cet homme de 43 ans qui a consacré l’essentiel de sa carrière à enquêter sur les effets de l’explosion, en 1986, du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Ils l’ont arrêté en application de la législation « antiterroriste ». Durant les six mois qui ont suivi, il a été transféré de prison en prison et, son état de santé s’étant dégradé, il a du être hospitalisé. En décembre 1999, il a été remis en liberté conditionnelle. Près de deux ans après sa première interpellation, Iouri Bandajevski est de nouveau en prison, cette fois-ci pour purger une peine de huit ans d’emprisonnement. Le 18 juin 2001, un tribunal de la ville de Gomel, à la frontière ukrainienne, l’a accusé d’avoir accepté la somme de 35,5 millions de roubles biélorusses (soit environ 26 200 euros) en pots-de-vin de la part d’étudiants qui cherchaient à être admis à l’Institut médical de Gomel, dont il était le recteur. Iouri Bandajevski a nié énergiquement les charges retenues contre lui et fait savoir qu’il craignait que les autorités gouvernementales ne l’aient pris pour cible parce qu’il effectuait des recherches scientifiques sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, et parce qu’il les avait ouvertement critiquées. Avant son interpellation en juillet 1999, il avait rendu public un rapport critiquant les recherches menées par les autorités sur la catastrophe. Ces quatre dernières années, Amnesty International a adopté comme prisonniers d’opinion un certain nombre de personnes en Biélorussie qui, à l’instar de Iouri Bandajevski, ont ouvertement critiqué les autorités biélorusses et ont par la suite été déclarées coupables de délits économiques et condamnées à de lourdes peines d’emprisonnement. Amnesty International considère que Iouri Bandajevski est un prisonnier d’opinion qui a été incarcéré pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression.
La liberté d’expression constamment bafouée
Treize journalistes ont été arrêtés par la police dans la ville biélorusse de Grodno, près de la frontière avec la Pologne, le 5 avril 2002. Ils avaient organisé une manifestation pacifique pour dénoncer le procès de deux collègues du journal indépendant Pagonia. Le gouvernement biélorusse, qui jouit d’un quasi-monopole sur la presse écrite et les médias électroniques, refuse généralement toute manifestation pacifique d’envergure, surtout lorsqu’elle est prévue dans une zone urbaine centrale.
Les jeunes ne se laissent pas faire !
Un mouvement de résistance pacifique appelé ZUBR (bison) réunit plusieurs milliers de jeunes militants/es qui sont régulièrement arrêtés/es et brutalisés/es en raison de leur engagement. Ils organisent des manifestations pacifiques, avec des moyens apparemment simples, tels que des affiches, des flyers et des autocollants. Contre les « disparitions » de politiciens et de journalistes par exemple, ses membres ont formé des chaînes humaines dans tout le pays en portant des photos des « disparus », ce qui a amené de nombreux passants à demander de qui il s’agissait. ZUBR a aussi lancé une vague de graffitis avec le slogan « Impossible de vivre comme ça ! » Une autre action, une parodie comique du président Loukachenko, portait le nom d’« analyse finale ». Des membres de ZUBR déguisés en Loukachenko déambulaient dans les rues en se comportant de manière à faire douter de la santé mentale du président.
REPÈRES
Capitale : Minsk Superficie : 207 600 km2 Population : 10,1 millions d’habitants Langues officielles : biélorusse, russe
Situation des droits humains en 2001
Des voix se sont toujours fait entendre pour se plaindre de la répression dont est victime l’opposition, que ce soit par le biais de détentions arbitraires, de disparitions ou même de meurtres, particulièrement au cours de la période électorale. En 1999, ces sombres événements ont atteint leur sommet avec la « disparition » du ministre de l’Intérieur Youri Zakharenko et du président de la commission électorale indépendante Viktor Gonchar.
Histoire
Ce n’est qu’ en 1991 que ce territoire est devenu indépendant. En effet les Russes et les Ukrainiens le revendiquaient depuis des siècles. Suite à la catastrophe de Tchernobyl (en Ukraine) en 1986, un tiers de son territoire a été contaminé. Cette république dite démocratique est dirigée depuis des années par Alexandre Loukachenko. Néanmoins, la régularité des élections suscite de nombreux doutes. Ainsi, le président Loukachenko, qui contrôle des pans entiers du pouvoir, a beau avoir été confirmé dans ses fonctions, les circonstances de son arrivée au pouvoir restent discutables.
La police disperse une manifestation pacifique dans la capitale biélorusse, Minsk (avril 2002) © IREX / ProMedia

BONNE NOUVELLE
« Sans ces gens, sans les représentants des organisations internationales et sans le mouvement d’opposition biélorusse, je n’aurais jamais été libéré, pas même dans cent ans ». Andreï Klimov, membre du Parlement emprisonné pour ses opinions. Il a été libéré en mars 2002 après 4 ans de détention.




