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Autriche

vendredi 13 septembre 2002, par Eva Noack, Laura Lhoir

AUTRICHE : Des demandeurs d’asile pris pour cible par la police

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Marcus Omofuma, un demandeur d’asile nigérian, âgé 15 ans, mort, lors de son renvoi forcé. © Private

Dans la soirée du 17 janvier 2000, quelque 130 policiers ont fait irruption dans un foyer de demandeurs d’asile à Traiskirchen, en Basse-Autriche, à la recherche de drogue. Pendant la fouille, les 80 résidents ont été enfermés dans certaines parties du bâtiment, comme les chambres et les cuisines. Beaucoup ont eu les mains étroitement attachées au moyen d’un dispositif d’immobilisation en plastique tandis que les policiers les fouillaient systématiquement pour tenter de découvrir des stupéfiants. Plusieurs personnes auraient été soumises à une fouille corporelle dégradante, y compris l’exploration de leurs orifices intimes, sous les yeux d’autres résidents et de policiers. Dans plusieurs cas, les policiers auraient utilisé pour les fouiller la même paire de gants en latex. Certains agents auraient eu un comportement méprisant, riant lorsque des personnes déclaraient avoir mal pendant l’exploration de leurs orifices intimes et les humiliant verbalement. Selon les informations reçues par Amnesty International, le raid de la police a duré environ quatre heures, pendant lesquelles quelque 80demandeurs d’asile ont été privés de leur liberté et soumis à une fouille corporelle, et, dans de nombreux cas, une exploration de leurs orifices intimes. Or, au bout du compte, seules 15 personnes ont été arrêtées, apparemment parce qu’elles étaient en possession de petites quantités de stupéfiants. Amnesty International est préoccupée par le fait que cette opération policière ait concerné tous les occupants du bâtiment n° 3 du foyer, alors qu’elle avait pour objectif d’appréhender un petit nombre de présumés consommateurs et pourvoyeurs de drogues. L’organisation reconnaît certes le droit des autorités autrichiennes à lutter contre le trafic de stupéfiants, mais rappelle que les mesures prises à cet effet ne sauraient en aucun cas donner lieu à des violations des droits fondamentaux. Ces préoccupations d’Amnesty International font écho à d’autres inquiétudes plus générales que justifient des informations relatives à des persécutions policières sans motif valable contre certaines personnes, commises dans la lutte contre le trafic de stupéfiants en Autriche ; ces personnes seraient, semble-t-il, prises pour cible en raison de leur origine ethnique et non pas parce qu’elles seraient légitimement soupçonnées de s’être rendues coupables d’une infraction. Au cours des dernières années, Amnesty International a reçu un nombre croissant d’allégations de mauvais traitements infligés par des policiers en Autriche. La majorité des plaintes émanaient de ressortissants autrichiens ou d’étrangers d’origine non européenne et dénonçaient des propos racistes. Plusieurs cas inquiétants ont été signalés. En mai 1999, un demandeur d’asile nigérian âgé de vingt-cinq ans, Marcus Omofuma, est mort, lors de son renvoi forcé, après avoir, semble-t-il, été bâillonné et ligoté comme une momie avec du ruban adhésif par trois policiers autrichiens. Des poursuites ont été engagées à l’encontre des agents mis en cause en relation avec ce décès, mais l’affaire ne sera jugée que dans le courant de 2001. En novembre 1998, un citoyen autrichien noir a été arrêté par la police après avoir fait marche arrière dans une voie à sens unique. Les policiers ont tenu des propos racistes, l’ont roué de coups jusqu’à ce qu’il s’évanouisse et l’ont à nouveau frappé lorsqu’il a repris connaissance. Certes, les policiers ont été jugés puis, après un recours formé en juillet 2000, ont été reconnus coupables et condamnés à une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis pour coups et blessures volontaires sur cet homme de trente-neuf ans. Toutefois, ce dernier a également été jugé, reconnu coupable et condamné en août 1999 à une peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis pour rébellion. Pour Amnesty International, la lenteur des enquêtes ouvertes sur les allégations de brutalités policières, leur manque d’exhaustivité et le fait que le plus souvent elles n’aboutissent pas constituent autant de motifs de préoccupation. Amnesty International s’inquiète aussi des accusations, par exemple de rébellion, de coups et blessures ou de diffamation, qui sont souvent portées contre des témoins ou des personnes ayant déposé une plainte contre des policiers pour mauvais traitements. En juillet 2000, l’organisation a été menacée de poursuites en justice après qu’elle eut demandé aux autorités d’enquêter sur des informations faisant état de brutalités policières sur un jeune garçon de treize ans d’origine turque. En 1999 et en 2000, Amnesty International a demandé sans relâche au gouvernement autrichien de s’occuper du problème du racisme dans la police, de mener des enquêtes exhaustives sur tous les cas de mauvais traitements, de faire savoir aux policiers, de manière catégorique, que de tels agissements sont inacceptables et de traduire les responsables présumés en justice. En mai 2000, le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’une enquête avait été ouverte sur les allégations de mauvais traitements infligés par des policiers à Traiskirchen. Le 10 juillet 2000, le Tribunal administratif indépendant de Basse-Autriche siégeant à St Pölten a aussi entendu la première d’une série de dépositions relatives au raid de la police faites par certains des demandeurs d’asile ayant porté plainte. Les conclusions de l’enquête n’ont pas encore été rendues publiques.

REPÈRES

République d’Autriche Capitale : Vienne Superficie : 83 855 km2 Population : 8,1 millions Langue officielle : allemand Peine de mort : abolie

Situation des droits humains en 2001

Au moins deux homosexuels ont été emprisonnés ; Amnesty International les a considérés comme des prisonniers d’opinion. Comme l’an dernier, des informations ont mis en cause des policiers qui auraient maltraité des prisonniers et fait un usage excessif de la force. Le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) a publié le rapport relatif à la visite qu’il a effectuée en Autriche en 1999. Une date a été fixée pour le procès de trois policiers impliqués dans la mort de Marcus Omofuma, en 1999, lors de son expulsion. Un homme est mort en prison dans des circonstances douteuses. À la suite des attentats survenus le 11 septembre aux États-Unis, il a été question de rendre plus sévère la législation sur les étrangers et la procédure en matière d’asile.

Histoire : Ce petit pays du centre de l’Europe s’est porté candidat à l’adhésion à l’Union Européenne en 1989. En 2000, le parti d’extrême droite, le FPÖ, dirigé par Jörg Haider, est entré dans la coalition gouvernementale. L’accession au pouvoir de ce parti xénophobe qui cible l’immigration ayant suivi l’effondrement du bloc soviétique et, plus récemment, les réfugiés de l’ex-Yougoslavie, a provoqué une polémique internationale. Les partenaires de l’Autriche au sein de l’UE avaient suspendu leurs relations bilatérales. Dans le pays, les Autrichiens ont manifesté en grand nombre pour défendre une image de l’Autriche tolérante, démocratique et pacifique. Jörg Haider a démissionné de la présidence du FPÖ en mai 2000. En septembre, l’UE a levé les sanctions prises contre le gouvernement conservateurs - extrême-droite en Autriche mais elle maintient une « vigilance particulière » à l’égard du FPÖ. En septembre 2002, une crise politique a conduit à la démission des trois ministres FPÖ et à l’annonce d’élections anticipées.

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