AUTORITE PALESTINIENNE : des enfants pris pour cibles par les terroristes

Avril 2002
27 avril 2002 : trois hommes armés attaquent les habitants de l’implantation israélienne d’Adora, en Cisjordanie. Dans une maison, un homme armé tue Danielle Shefi, cinq ans, qui s’était cachée sous un lit, et blesse Shiri, la mère de celle-ci, ainsi que ses frères Uriel et Eliad, âgés respectivement de quatre et deux ans. Trois adultes ont été tués dans d’autres endroits de l’implantation. Les Brigades Ezzedine el Qassam, bras armé du Hamas (Mouvement de la résistance islamique), ont revendiqué cette « opération héroïque et audacieuse ».
Informations générales
Chez les Palestiniens et les sympathisants de leur cause, on trouve un soutien considérable à la résistance armée des Palestiniens en vue de mettre un terme à l’occupation des territoires annexés par Israël en 1967 ou d’éliminer complètement Israël. Ceux qui prônent le recours à la violence par les Palestiniens contre Israël l’expriment généralement dans des termes généraux sans faire de distinction entre les attaques contre des objectifs militaires et contre des civils. Les médias palestiniens et les manifestations publiques rendent un vibrant hommage à ceux qui trouvent la mort à la suite d’attaques contre des Israéliens, même si elles visaient des civils. Les auteurs d’attentats-suicides sont généralement appelés des « martyrs » et leurs actions sont décrites comme des « opérations de martyre ». Il semble relativement facile aux groupes armés de recruter des personnes disposées à mourir en menant des attaques. Les groupes armés palestiniens et ceux qui les soutiennent invoquent toute une série de raisons pour expliquer qu’ils prennent pour cible les civils israéliens. Ils déclarent notamment mener une guerre contre une puissance occupante et affirment que la religion et le droit international permettent l’utilisation de tous les moyens pour combattre l’occupation. Ils disent également riposter aux homicides de membres de groupes armés et, plus généralement, de Palestiniens imputables aux forces de sécurité israéliennes. Ils assurent que le seul moyen efficace face à un adversaire puissant est de s’en prendre aux civils, ou prétendent que les Israéliens en général ou les colons en particulier ne sont pas des civils. L’Assemblée générale des Nations unies a reconnu la légitimité de la lutte des peuples contre la domination coloniale ou étrangère ou contre une occupation étrangère afin d’exercer leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance.
Aucune violation imputable au gouvernement israélien, quelle qu’en soit la gravité ou l’ampleur, ne peut toutefois justifier que l’on tue Sinai Keinan, Danielle Shefi, Chanah Rogan ou tout autre civil. L’obligation de protéger les civils est absolue et elle ne peut être ignorée au motif qu’Israël ne respecte pas ses obligations. Les attaques des groupes armés palestiniens contre des civils sont massives et systématiques et elles s’inscrivent dans une politique explicite d’attaque des civils. Elles constituent donc des crimes contre l’humanité aux termes du droit international et sont susceptibles d’être considérées comme des crimes de guerre en fonction de la caractérisation juridique des hostilités et de l’interprétation du statut des groupes armés et des combattants palestiniens au regard du droit international humanitaire (voir chapitre 4). De nombreux Palestiniens qui soutiennent la résistance armée, ainsi que ceux qui sont favorables à des actions non violentes, estiment que le fait de prendre des civils pour cible est condamnable, moralement ou stratégiquement. Un certain nombre d’entre eux ont dénoncé ouvertement ces agissements, mais, de manière générale, ceux qui y sont opposés ne s’expriment pas publiquement avec autant de force que ceux qui soutiennent ou approuvent les attaques armées contre les civils ou qui s’abstiennent de les dénoncer. Ainsi que l’a fait observer la dirigeante politique palestinienne Hanan Ashrawi, les Palestiniens « restent silencieux ou chuchotent dans le secret de discussions privées » en ce qui concerne la moralité et l’efficacité des attaques menées par les groupes armés, entre autres problèmes : « Pourquoi et depuis quand permettons-nous à quelques-uns d’entre nous d’interpréter les attaques militaires israéliennes contre des Palestiniens innocents comme une autorisation de faire subir le même sort à leurs civils ? Où sont ces voix et ces forces qui auraient dû s’élever pour défendre le caractère sacré des vies innocentes (les nôtres et les leurs), plutôt que de laisser l’horreur de nos propres souffrances nous rendre muets ».
Plusieurs centaines de personnes, dont certaines étaient des prisonniers d’opinion, ont été incarcérées pour des motifs politiques. Parmi les personnes arrêtées figuraient des membres présumés de groupes islamistes d’opposition ainsi que des personnes soupçonnées de « collaborer » avec Israël. De très nombreux cas de torture et de mauvais traitements ont été signalés. Trois hommes sont morts en détention. Douze personnes ont été condamnées à mort, deux ont été exécutées.
Histoire : d’une intifada à l’autre
Fin 1987, les jeunes Palestiniens, sans travail, sans avenir, qui subissent quotidiennement la répression israélienne et voient leurs terres grignotées par la colonisation, se rebellent et jettent des pierres aux patrouilles israéliennes. L’OLP et les autres mouvements palestiniens s’allient pour canaliser cette intifada (soulèvement) qui prend une grande ampleur malgré la réaction brutale de l’armée d’Israël. L’OLP engage alors la bataille sur le plan diplomatique et accepte le partage entre deux Etats. En 1993, les accords d’Oslo aboutissent à la reconnaissance mutuelle d’Israël et de l’OLP et à la mise en place de l’Autorité palestinienne sur une partie des territoires de la Cisjordanie. Mais la révolte des pierres reprend en 2001, lorsqu’Ariel Sharon, militaire opposé à la création d’un Etat indépendant palestinien, décide de se rendre sur l’Esplanade de la Mosquée de Jérusalem. Ce geste est ressenti comme une provocation par les Palestiniens. La répression brutale de l’armée israélienne radicalise encore plus les groupes armés palestiniens, dont les attentats contre des civils se font de plus en plus violents. De jeunes Palestiniens sont recrutés pour servir de bombes humaines. L’armée israélienne multiplie de son côté les représailles, touchant aussi de nombreux civils innocents (voir fiche sur Israël).




