
AUSTRALIE : Une demandeuse d’asile iranienne risque d’être expulsée
Amnesty International est particulièrement inquiète pour la sécurité de « Hamida » (nom d’emprunt), une jeune femme iranienne demandeuse d’asile en Australie, et ses trois enfants. L’Australie lui a refusé l’octroi d’une protection et elle risque d’être expulsée de force en Iran où elle a dû faire face à de sérieuses violations des droits humains.
En 1983, Hamida a été mariée de force et la famille de son mari ne l’ a jamais vraiment acceptée. Dès le début de son mariage, elle a subi des violences physiques régulières de la part de son mari, elle a même du être hospitalisée. Il la forçait à avoir des relations sexuelles et lorsqu’elle refusait, il la battait.
En Iran, Hamida ne pourra bénéficier du secours d’un avocat, elle a personnellement déposé des pétitions. Parce qu’elle est femme, son témoignage vaut la moitié de celui de son mari. Chaque fois qu’Hamida a voulu porter plainte ou intenter une action en divorce, son mari en a été averti et appelé à comparaître en même temps qu’elle. Il devenait enragé et clamait que sa femme ne voulait pas avoir de relations sexuelles quand il le voulait. Hamida a déclaré que la Cour avait affirmé qu’elle était en faute et qu’elle devait apprendre comment devenir une « bonne » épouse et une « vraie » femme ! Un juge a même conseillé à son mari de la battre tant qu’il le souhaitait, lui-même le faisait avec sa femme.
Une autre fois, lorsqu’ Hamida a approché la Cour avec une main cassée, le juge lui a suggéré de supporter ces abus dans l’intérêt des ses enfants. Hamida a tenté de déménager vers une autre ville d’Iran mais son mari la retrouvée et a essayé d’attenter à sa vie. C’est après un incident le jour du Jeûne où son mari lui a une nouvelle fois imposé des relations sexuelles en dépit de l’interdiction sacrée, que Hamida a décidé d’opter pour la seule solution possible : quitter le pays et demander une protection contre ces atteintes.
En Australie, le ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles (DIMIA) et le Tribunal de révision des réfugiés (RRT) ont accepté la demande de Hamida se basant sur les preuves physiques et médicales de ces sévices. Le RRT a estimé irraisonable qu’ Hamida soit renvoyée dans son pays. Il a été reconnu également que le comportement du père avait traumatisé les enfants. Ils ont estimé qu’il y avait un réel risque pour Hamida et les enfants d’être à nouveau confrontés aux persécutions du père s’ils étaient expulsés de force ; cependant le DIMIA et le RRT ont aussi estimé que ces conditions n’étaient pas définies par la Convention de Genève de 1951 qui régit les conditions d’octroi du statut de réfugiés. Les femmes qui fuient des persécutions basées sur leur identité se rendent compte combien il est difficile de trouver une protection en Australie car les autorités interprètent de façon très restrictive la Convention sur le droit d’asile. Amnesty estime qu’Hamida et ses enfants devraient bénéficier de la protection de ce pays.
Contexte : l’Australie se ferme de plus en plus aux demandeurs d’asile
L’Australie applique depuis dix ans une politique de détention systématique des demandeurs d’asile qui arrivent sans visa, et l’affaire du cargo Tampa, en 2001, a montré à quel point le gouvernement était soucieux de maintenir les réfugiés hors de son territoire, au nom de la lutte contre le trafic d’être humains.
Les demandeurs d’asile qui arrivent sur le continent australien sans autorisation continuent à être réprimés pour le simple fait de solliciter l’asile : incarcérés dans des centres de détention, parfois des années durant, ils n’ont aucune possibilité d’interjeter appel et d’obtenir leur mise en liberté. Le fait que 80 % d’entre eux se sont vus accorder le statut de réfugiés montre que la plupart ont fui des atteintes à leurs droits fondamentaux.
Ce système de détention affecte grandement la santé physique et mentale de milliers d’individus. Tandis que des millions de dollars continuent à financer la création de ces camps entourés de barbelés, les alternatives qui respecteraient la dignité de l’être humain ne sont absolument pas prises en considération.
Dans un document réalisé à Genève en 1991 et intitulé « lignes directrices pour la protection des réfugiées », le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que l’incapacité des gouvernements de protéger une femme ayant subi des violences les rend eux-mêmes « agents de persécution ».
Un rapport délivré par le département australien des affaires étrangères et du commerce note que la position des femmes en Iran est « limitée en partie par les valeurs traditionnelles de l’Islam en contraction avec les notions universelles des droits humains mais aussi par une action délibérée pour renforcer ces valeurs ». Le ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles peut accorder un visa protégeant une personne s’il estime qu’il y a de fortes raisons humanitaires.
REPÈRES
Capitale : Canberra Superficie : 7 682 195 km2 Population : 19,3 millions Langue officielle : anglais Peine de mort : abolie
Des Aborigènes en prison
Situation des droits humains en 2001
Plus de 1 800 migrants voyageant à bord de bateaux ont été appréhendés par des navires de guerre et détenus de manière arbitraire. En outre ils se sont vu dénier le droit de solliciter l’asile sur le continent australien. Environ 600 demandeurs d’asile potentiels qui arrivaient par bateau d’Indonésie ont été refoulés par les forces navales. Le Parlement a adopté une législation réduisant l’obligation, pour le gouvernement, de rendre compte devant les tribunaux de ses actes lorsqu’ils visent à empêcher les migrants de parvenir en Australie sans documents de voyage réglementaires.
Les Aborigènes sont encore discriminés
Les Aborigènes sont représentés de manière disproportionnée à tous les niveaux du système judiciaire. Au mois d’avril 2001, l’Australian Institute of Criminology (AIC, Institut australien de criminologie) a indiqué qu’au cours des vingt dernières années, les autochtones étaient entre sept et 22 fois plus exposés que les autres Australiens au risque de mourir en détention ou durant des opérations de police.
Histoire
Cette gigantesque île plate est à elle seule un vrai continent. Les grandes villes de ce pays, Melbourne, Sydney ou Brisbane contraste avec d’immenses régions désertiques ou inhabitées. La population est aujourd’hui aux trois quarts d’origine britannique. Les premiers habitants, les Aborigènes, ne représentent plus que 1 % de la population totale. Marginalisés par le développement à l’occidentale dans lequel leurs valeurs n’ont pas été prises en compte, ils demandent la reconnaissance de leurs droits, notamment sur la terre. L’Australie fait partie du Commonwealth britannique, mais elle est indépendante. C’est une fédération formée de six États et de deux « territoires extérieurs » dont les îles Christmas, les îles de Norfolk et le Territoire de la mer de Corail. Jusqu’à une époque récente, les Australiens avaient tendance à se considérer comme des Européens des antipodes, mais ils cherchent désormais davantage à passer des accords diplomatiques et économiques avec les pays d’Asie et du Pacifique. C’est ainsi qu’ils ont joué un rôle actif dans la création de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique). Le sous-sol de l’Australie est très riche en pierres précieuses (premier producteur mondial) et en minerais : bauxite et titane (premier producteur), plomb (deuxième producteur), zinc, fer, argent, or, étain…Une part importante de l’économie repose sur une riche agriculture (exportation de laine, de viande, de céréales et de produits agro-alimentaires), sur le bois et la pêche.




