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Femmes en liberté : l’espoir est permis (I)

jeudi 1er juillet 2004

Chaque mois apporte son lot de bonnes nouvelles. Les courriers envoyés par les membres du réseau Actions Urgentes de tous les coins du monde sont arrivés sur les bureaux de personnes influentes, chefs d’états, membres des gouvernements, juges, autorités militaires et policiers, guides religieux ... Et cela n’a pas manqué : nous pouvons nous réjouir de beaucoup de libérations. Dans le cadre de la campagne internationale sur les violences faites aux femmes, nous avons réuni ci-dessous quelques-unes de ces histoires qui se sont « bien terminées ». au cours des derniers mois précédents. Cependant, comme vous le constaterez, il reste encore de l’ouvrage. Certains des codétenus se morfondent encore en prison. Pour d’autres, nous sommes toujours très inquiets de n’avoir aucune nouvelle ou même d’ignorer jusqu’à leur lieu de détention. Nous tenions cependant à partager ces succès que nous vous devons. Merci.

Chine : Hua Zhongwei,72 ans, femme du chirurgien Jiang Yanyong a été libérée

dans la soirée du 15 juin 2004. Elle a déclaré que son mari, Jiang Yanyong, et elle avaient été « relativement bien traités » pendant leurs deux semaines de détention. Jiang Yanyong est, pour sa part, toujours privé de liberté.

Le docteur Jiang et son épouse, Hua Zhongwei, ont été arrêtés de manière arbitraire le 1er juin. Selon des informations relayées par l’agence Reuters, qui citait des sources confidentielles, Hua Zhongwei est « optimiste » : elle pense que son époux sera libéré sous peu.

Il semble que les autorités aient appréhendé Jiang Yanyong pour l’empêcher d’être en contact avec des militants chinois ou des journalistes étrangers à l’approche du quinzième anniversaire des événements de la place Tiananmen, lorsque l’armée avait réprimé des manifestations en faveur de la démocratie, le 4 juin 1989.

Le 24 mai 2004, un haut fonctionnaire de Pékin avait déclaré à des journalistes chinois et étrangers que le docteur Jiang n’était soumis à aucune restriction, tant sur le plan privé que professionnel, y compris sur ses activités académiques. Huit jours plus tard, Jiang Yanyong et son épouse étaient arrêtés.

Des dizaines d’autres militants politiques ont également été appréhendés à peu près au même moment que Jiang Yanyong et Hua Zhongwei. Ainsi Hu Jia, qui a mené des actions publiques pour protester contre un certain nombre de problèmes de société, a été arrêté et battu par la police à plusieurs reprises. Amnesty International est préoccupée à l’idée que cet homme, du fait de ses activités politiques pacifiques, risque tout particulièrement d’être à nouveau arrêté arbitrairement et soumis à des mauvais traitements.

La police a interpellé le docteur Jiang Yanyong et son épouse, Hua Zhongwei, le 1er juin, alors qu’ils se rendaient sur son lieu de travail, un hôpital pékinois. Au mois de février, ce chirurgien militaire en semi-retraite avait écrit une lettre ouverte au parlement chinois, afin de l’exhorter à procéder à un réexamen officiel des événements du 4 juin 1989. Il y décrivait ce qu’il avait vu la nuit du 3 au 4 juin 1989, alors qu’il était de garde, lorsque la répression militaire a commencé : il avait alors administré des soins à près de 90 étudiants et autres manifestants grièvement blessés par les balles des militaires sur la place Tiananmen ou dans ses environs ; certains n’avaient pas survécu. La famille de Jiang Yanyong craint qu’il ne soit accusé de « subversion » en raison de cette lettre.

Jiang Yanyong est également connu et respecté pour avoir dénoncé la tentative du gouvernement chinois d’occulter l’épidémie de pneumonie atypique (syndrome respiratoire aigu sévère, SRAS) qui a frappé la Chine en 2003.

Comme elle l’a récemment déclaré à la presse, Jiang Rui, la fille du docteur Jiang, craint que les autorités ne cherchent à sanctionner son père pour avoir dit ce qu’il pensait au sujet des manifestations de 1989. « Au départ, nous pensions qu’ils seraient libérés après le 4 juin. Mais aujourd’hui, nous ne savons toujours pas où ils se trouvent », a-t-elle indiqué. Jiang Rui vit désormais aux États-Unis ; ses parents lui rendent visite presque chaque année. Selon Human Rights in China, une organisation américaine de défense des droits humains basée à New-York, le fils de Jiang Yanyong, qui réside à Pékin, aurait reçu deux messages écrits de la main de sa mère après la disparition du couple, le 1er juin. Elle indiquait qu’ils ne pouvaient confirmer leurs projets de voyage et lui demandait d’annuler les billets d’avion qu’ils avaient réservés.

Des dizaines de personnes ont été arrêtées, à l’instar du docteur Jiang et de son épouse, à l’approche de l’anniversaire des événements du 4 juin 1989 et après cette date. Hu Jia, militant de premier plan en faveur des droits sociaux qui a publiquement exprimé son désaccord sur un certain nombre de questions sensibles, a été arrêté par la police à plusieurs reprises. Les autorités cherchaient en effet à l’empêcher de commémorer publiquement le quinzième anniversaire de la répression du 4 juin 1989. Certaines informations émanant de Human Rights in China indiquent que la police a essayé de faire interner Hu Jia dans un hôpital psychiatrique. Jusqu’à récemment, le militant était soumis à une forme arbitraire d’assignation à domicile, et la police l’a battu lorsqu’il a cherché à sortir de son appartement, à Pékin. Bien qu’on le pense libre aujourd’hui, Amnesty International craint fortement qu’il ne soit à nouveau placé en détention de manière arbitraire et victime de passages à tabac ou autres mauvais traitements.

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Selon les informations recueillies par Amnesty International, au moins 50 personnes sont toujours emprisonnées pour avoir participé aux manifestations qui ont eu lieu sur la place Tiananmen et dans ses environs et qui ont abouti à la répression du 4 juin 1989. Ce nombre ne représente toutefois qu’une faible proportion du nombre réel de personnes encore détenues aujourd’hui, que les autorités n’ont jamais révélé au public. Bien plus encore ont été incarcérées depuis les événements de la place Tiananmen.

Les autorités chinoises refusent de reconnaître le caractère légitime du mouvement de protestation de 1989, et affirment au contraire que les manifestants avaient l’intention de renverser le gouvernement. De hauts responsables ont récemment justifié la répression au nom de la nécessité de maintenir la « stabilité sociale » dans une Chine en pleine expansion économique. Des groupes comme les Mères de Tiananmen, qui militent en faveur d’un réexamen officiel des événements du 4 juin 1989, sont régulièrement harcelés par la police, qui les surveille pratiquement en permanence.


Indonésie (Aceh) : les étudiantes NOVA RAHAYU et NURSIDA ont été libérées

En revanche, Masrizal, Iwan Irama Putra et Harlina sont toujours détenus. Selon les informations recueillies, ces personnes ont été battues et risquent toujours d’être torturées ou victimes d’autres formes de mauvais traitements. Elles n’ont pas pu consulter un avocat ni communiquer avec leurs proches. Masrizal, Iwan Irama Putra et Harlina ont été appréhendés au cours d’une vague d’arrestations qui a eu lieu entre le 19 et le 23 février à Banda Aceh (capitale de l’Aceh). Ils seraient soupçonnés d’avoir participé à une attaque menée contre un poste de la Brimob (Brigade Mobil, brigade de police mobile) (en 2000, au cours de laquelle trois membres de cette brigade avaient été tués. Nova Rahayu et Nursida, qui avait été appréhendées le 23 février, ont été remises en liberté le jour même de leur arrestation, aux environs de minuit, après avoir passé environ dix-huit heures en garde à vue au poste de la Brimob de Lingke. Syafruddin, qui avait également été appréhendé le 23 février, a été libéré après avoir été détenu pendant une courte période par des membres de la Brimob.

Ces personnes sont des défenseurs des droits humains ; elles ont, semble-t-il, été appréhendées uniquement pour avoir exprimé de façon pacifique leurs opinions politiques et pour avoir mené des activités de défense des droits humains. Le 19 février, des membres de la Brigade Mobil ont arrêté Masrizal à son domicile, à Banda Aceh (capitale de l’Aceh), parce qu’il aurait été soupçonné d’appartenir au Gerakan Aceh Merdeka (GAM, Mouvement pour l’Aceh libre), un groupe d’opposition armé. On pense qu’il est détenu au siège de la police régionale (Mapolda), à Banda Aceh. Le 22 février vers midi et demi, Iwan Irama Putra a été appréhendé par la Brimob au domicile d’un de ses amis à Banda Aceh. Personne ne l’a revu depuis. Il est membre de l’Ikatan Mahasiswa dan Pelajar Linge (IMPEL, Réseau des étudiants de Linge), une organisation du centre de l’Aceh qui vient notamment en aide aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Il connaît Masrizal ; ces deux arrestations semblent être liées. Plusieurs incursions de police ont eu lieu dans la matinée du 23 février à Banda Aceh, chez des membres de l’Organisasi Perempuan Aceh Demokratik (ORPAD, Organisation des femmes de l’Aceh pour la démocratie), une organisation qui mène des activités permettant aux femmes d’accéder à l’éducation et à l’autonomie dans tout le district spécial de l’Aceh. Vers 4 heures du matin, les policiers ont arrêté Harlina, membre de l’IMPEL et de l’ORPAD, à son domicile. Selon les informations recueillies, ils l’ont battue puis emmenée dans une fourgonnette Kijang. Elle a été aperçue pour la dernière fois deux heures plus tard environ, quand les policiers l’ont emmenée avec eux au domicile d’un autre militant, qui n’était pas chez lui à ce moment-là. Nursida a été appréhendée chez elle, en même temps que Nova Rahayu, vers 6 heures du matin. Ces deux femmes font partie de l’ORPAD. Elles ont été emmenées dans deux camions. Des membres de l’ORPAD se sont enquis du sort de ces trois femmes auprès de la police et de l’armée mais ils n’ont pu obtenir aucune information au sujet de leur arrestation. Le même jour, aux environs de cinq heures du matin, des policiers se sont rendus dans un foyer d’étudiants à la recherche de Syafruddin, militant au sein de Solidaritas Mahasiswa untuk Rakyat (SMUR, Étudiants solidaires du peuple), un groupe de surveillance et de promotion des droits humains. D’après certaines sources, ils n’ont pas trouvé Syafruddin mais ont questionné et frappé d’autres résidents du foyer. Syafruddin est arrivé quelques heures plus tard et il aurait alors été roué de coups avant d’être emmené par les policiers.

 INFORMATIONS GÉNÉRALES

Le conflit opposant le gouvernement indonésien au Gerakan Aceh Merdeka (GAM, Mouvement pour l’Aceh libre), qui sévit en Aceh depuis vingt-six ans, a fait plusieurs milliers de victimes au sein de la population civile. Les forces de sécurité se sont rendues coupables de graves violations des droits humains - notamment des exécutions extrajudiciaires, des « disparitions », des actes de torture et des détentions illégales - au cours des opérations qu’elles mènent contre le GAM. De son côté, ce mouvement s’est également rendu responsable d’atteintes aux droits fondamentaux. La loi martiale a été instaurée dans le district spécial de l’Aceh le 19 mai 2003 à minuit, après la rupture d’un cessez-le-feu. De graves violations des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires d’adultes et d’enfants, auraient depuis été perpétrées au cours d’interventions de l’armée indonésienne contre le GAM. Quelque 1300 personnes auraient été tuées depuis l’instauration de la loi martiale. L’armée a fait part de son intention d’interpeller et de placer en détention les individus qui, selon elle, soutiennent le GAM ou entretiennent des liens avec ce mouvement. Selon l’autorité chargée de faire appliquer la loi martiale, quelque 2 000 membres du GAM ont été arrêtés ou ont déposé les armes depuis la mi-mai 2003. Il y a lieu de craindre que certaines des personnes interpellées ne fassent pas partie du GAM mais qu’elles soient simplement favorables à ses objectifs, ou opposées aux interventions de l’armée. Les militaires ont eux-mêmes reconnu qu’il leur était difficile de distinguer les membres du GAM des civils. Parmi les personnes appréhendées figurent des membres de groupes de défense des droits humains et d’organisations politiques militant pour l’indépendance de l’Aceh. Des membres de l’ORPAD ainsi que d’autres organisations qui dénoncent les opérations militaires menées dans la région, ont été avertis directement par le commandant militaire du district qu’ils seraient la cible d’arrestations. Selon des informations diffusées par les médias, 994 personnes sont déjà passées en jugement depuis mai 2003. Des organisations locales de défense des droits humains se sont dites préoccupées par le fait que ces procès n’étaient pas conformes aux normes d’équité internationales. Dans l’Aceh, toute personne arrêtée par l’armée ou par la police risque d’être victime d’actes de torture, de mauvais traitements ou d’autres violations de ses droits fondamentaux.


Cambodge : Vieng Thi Hong, 20 ans a été remise en liberté.

La police l’avait arrêtée le 9 février alors qu’elle se trouvait chez elle, dans la province de Prey Veng, puis l’avait emmenée à Phnom Penh pour l’interroger. Cette jeune femme est mêlée à l’enquête sur l’assassinat du dirigeant syndical Chea Vichea, et risquait à ce titre d’être victime de mauvais traitements pendant sa garde à vue. Sa mère, Nguyen Thi Noeung, et elle avaient fourni un alibi à l’un des suspects appréhendés dans cette affaire. Depuis sa libération, Vieng Thi Hong et sa mère sont entrées dans la clandestinité. Elles ont toutes deux été questionnées par le tribunal municipal de Phnom Penh le 18 février dernier. Le 9 février, la police a interpellé Vieng Thi Hong chez elle, dans la province de Prey Veng. Vieng Thi Hong est la petite amie de Born Samnang, arrêté le 28 janvier à Prey Veng pour le meurtre de Chea Vichea, un dirigeant syndical tué le 22 janvier dernier. La jeune femme avait été appréhendée en même temps que Born Samnang, avant d’être libérée, le surlendemain. D’après l’édition du 9 février du Cambodia Daily, un quotidien en langue anglaise, Vieng Thi Hong et sa mère, Nguyen Thi Noeung, ont fourni à Born Samnang un alibi crédible, selon lequel il ne se trouvait pas à Phnom Penh à l’heure du meurtre. Amnesty International est vivement préoccupée par la façon dont la police a enquêté sur cet homicide. Born Samnang a « avoué » le crime alors que, la veille, il avait publiquement clamé son innocence et s’était plaint de la brutalité dont la police avait usé pour le contraindre à passer aux « aveux ». Autre suspect dans cette affaire, Sok Sam Oeun, trente-six ans, a également affirmé que des représentants des autorités l’avaient battu pour obtenir des « aveux ». Ces déclarations ont été faites le 29 janvier, lors d’une conférence de presse donnée par la police devant les caméras de la télévision. Les deux hommes ont été exhibés en public, « avouant » leur culpabilité. Aucun représentant des Nations unies ou défenseur des droits humains n’a été autorisé à s’entretenir avec eux. Vieng Thi Hong est d’origine vietnamienne. Or, le Cambodge nourrit de longue date un sentiment antivietnamien qui, combiné aux fautes apparemment commises par la police dans l’affaire Chea Vichea, ne fait qu’exacerber les inquiétudes quant à la sécurité de cette jeune femme et celle de sa mère.

 INFORMATIONS GÉNÉRALES

Au cours des mois précédant sa mort, Chea Vichea, défenseur des droits humains et président du Syndicat libre des travailleurs du royaume du Cambodge, avait reçu des menaces de mort, à l’instar d’autres militants de l’opposition. Il a été abattu en plein jour par deux hommes à moto dans une rue animée de Phnom Penh. Cet homicide marque une nette escalade de la violence politique en cette période de crise constitutionnelle et d’impasse politique au Cambodge. À l’issue du scrutin de juillet 2003, le Pracheachon (Parti du peuple cambodgien, PPC), dirigé par le Premier ministre Hun Sen, avait recueilli le plus grand nombre de voix, score qui s’avérait cependant insuffisant pour la formation d’un gouvernement. Des négociations ont donc été menées entre le Pracheachon et deux autres partis ayant également remporté des sièges, le Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif (FUNCINPEC) et le Parti de Sam Rainsy, mais elles ont été marquées par des difficultés et des tensions toujours plus vives. Aucun accord n’a été trouvé pour la constitution d’un nouveau gouvernement. Au sein de la communauté internationale, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner le meurtre de Chea Vichea. Cet homicide, de même que l’enquête de police qui a suivi, a créé un climat de peur dans la capitale cambodgienne et laissé s’installer le doute quant à la validité des investigations menées et au traitement réservé aux suspects.

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