MÉMOIRES YOUGOSLAVES
jeudi 1er février 2007

- Les rues dévastées de la ville bosniaque de Srebrenica. Après un long siège par les forces serbes, plus de 6 000 hommes de cette enclave musulmane furent exécutés au terme du pire massacre des guerres yougoslaves. © Amnesty International
Après l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, l’enseignement de l’histoire semble avoir fait l’objet des plus grands soins de la part des gouvernements des nouveaux pays indépendants. Mais comment ? Qu’il s’agisse de la Serbie, de la Croatie ou de la Bosnie-Herzégovine, une constante : les manuels s’attachent à effacer tout souvenir positif de la Yougoslavie et de la coexistence des diverses nationalités. Mais pour le reste, une guerre de la mémoire est engagée dans ces pays qui chacun présentent les choses à leur façon. C’est ainsi qu’un jeune Serbe de 15 ans, d’un collège de Belgrade, écrira dans un devoir d’histoire : « nous sommes le seul peuple juste et bon et pourtant l’injustice s’acharne contre notre nation », tandis qu’une élève du même âge apprendra en Croatie que « avec les Serbes, la paix n’existe pas car ils tuent, pendent, volent, massacrent… ». La même vision imprègne les lycéens de Bosnie. Il est précisé dans le programme scolaire que « la finalité de l’éducation est que les enfants apprennent à se défendre dans le monde hostile qui les entoure et à devenir assez forts pour résister à l’extermination ».
Toute l’expérience historique de la Yougoslavie est partout remise en cause. Un jeune Serbe s’entend dire que, déjà dans la première Yougoslavie (1918), « les Croates et les Slovènes ne s’entendaient pas avec les Serbes ». En Croatie, le Moyen Âge quasiment oublié sous le régime communiste, est remis à l’honneur puisqu’il permet de montrer l’ancienneté de ce peuple. Et pour l’histoire récente, il est dit que « suivant le modèle soviétique, la Yougoslavie devint un état de type communiste qui avait hérité de la domination des Serbes. L’expression ethnique des non Serbes n’était pas autorisée ».
Rien de tel en Bosnie-Herzégovine où en dépit de la connotation négative vis-à-vis du régime communiste, les manuels scolaires continuent de mentionner le caractère positif de l’action des partisans et même du président Tito (« qui jouait un rôle important et historique ») Pour un élève de l’ex-Yougoslavie, l’histoire ressemble à une suite sans fin de conflits armés.
Parfois on réécrit carrément l’histoire. Par exemple, le nationaliste serbe Gavrilo Princip (qui assassina le prince héritier d’Autriche en 1914), était autrefois considéré comme un héros national. Il est dépeint maintenant dans les livres d’histoire croates et bosniaques comme un assassin. Les guerres livrées par chaque nation apparaissent comme juste. Les livres scolaires sont illustrés de photos horribles : exécutions de masse, découverte de charniers… La détestation de l’autre et l’esprit de revanche sont inculqués de même que parfois l’esprit de sacrifice. Alarmé par cette situation, le Centre pour la Démocratie et la Réconciliation en Europe du Sud-est vient de lancer un projet ambitieux qui vise à ce que les Européens du sud-est puissent écrire ensemble une histoire commune. Revenir sur l’histoire de manière critique et documentée pour aller au-delà des idées reçues, parfois transmises de génération en génération.
Les quatre ouvrages édités doivent servir aux professeurs d’histoire de ces régions à revenir de manière apaisée sur les questions qui les divisent. Une note d’espoir ?
S.W.
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