Australie
mardi 26 septembre 2006, par Laura Lhoir
EDDIE MABO, défenseur des droits des peuples autochtones.

Eddie Mabo était un militant aborigène dont les efforts ont abouti, peu de temps après sa mort en 1992, au renversement par la Haute Cour d’Australie de la doctrine de la « terra nullius » entraînant de ce fait de profonds changements dans le paysage juridique et législatif de l’Australie, influençant le statut et les droits fonciers des peuples indigènes et les relations interethniques en général. En déclarant l’Australie « terra nullius » (terre inhabitée), les puissances coloniales s’arrogeaient le droit de s’approprier les territoires découverts. Il a été fait peu de cas des Aborigènes qui habitaient effectivement en Australie : aux yeux des métropoles, ils ne formaient pas une entité étatique souveraine et à ce titre, ne pouvaient pas posséder de terres. La portée de l’affaire Mabo est un cas rare dans l’histoire moderne de reconnaissance d’un droit tribal préexistant comme supérieur à la loi fondamentale de la culture des colons européens, indépendamment des implications économiques et politiques.
Sources :
Les Aborigènes dans l’Histoire de l’Australie, disponible sur :
<http://perso.orange.fr/oz-australie...>
UNESCO, Les Manuscrits de l’Affaire Mabo, disponible sur :
<http://portal.unesco.org/ci/fr/ev.p...>
Rodney Croome et Nick Toonen, défenseurs des droits des minorités sexuelles.

Nick Toonen et Rodney Croome sont tous deux militants pour la défense des droits des homosexuels, et membres actifs du Groupe Tasmanien pour les Droits des Gays et Lesbiennes (Tasmanian Gay and Lesbian Rights Group, <http://www.tglrg.org/>). Ils ont mené une campagne dans la capitale tasmanienne, Hobart, contre les articles 122 et 123 du code pénal de Tasmanie. Aux termes de cette législation, les actes sexuels contre nature commis en privé entre adultes consentants étaient passibles d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à vingt et un ans. Toonen et Croome ont déposé une plainte contre le gouvernement de Tasmanie auprès du Comité des droits de I’Homme des Nations Unies. Ce dernier est l’organisme émanant de l’ONU qui surveille le respect par les États signataires du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. En 1994, le Comité leur a donné raison et le gouvernement australien a voté le « Human rights (Sexual conduct) act » (loi sur les droits humains conduite sexuelle), qui reconnaît le droit à l’intimité sexuelle dans le droit australien.
INFORMATIONS GENERALES
La population est aujourd’hui à 92% d’origine européenne. Les premiers habitants, les Aborigènes sont moins de 400 000 (moins de 1 % de la population totale). Ces derniers survivants ont été confrontés, comme les Amérindiens du Canada, au choc entre leurs coutumes ancestrales et le progrès technologique. Mais cette population a pu conserver sa culture, sa relation si particulière avec la terre et le temps. Une culture de laquelle nous ne connaissons que quelques emblèmes, comme le didjeridoo, un instrument de musique traditionnel, et le boomerang. Selon les connaissances anthropologiques actuelles, les Aborigènes sont les descendants des populations austronésiennes qui ont migré de la Papouasie Nouvelle Guinée à l’Australie il y a entre 40 000 et 60 000 ans. Les Européens n’explorent la région que beaucoup plus tardivement, au XVIIe siècle. Le Hollandais Willem Janszoon découvre les côtes australiennes en 1605 et James Cook ne fonde la colonie britannique du New South Wales (Nouvelle- Galles-du-Sud) qu’en 1770. À leur arrivée, ils ne reconnaissent pas la souveraineté des tribus indigènes et déclarent l’Australie « Terra Nullius » et s’approprient peu à peu l’ensemble des terres australiennes, y compris les terres ancestrales aborigènes. L’île devient une immense colonie pénitentiaire où sont envoyés les repris de justice et les prisonniers politiques. Suite aux revendications des pionniers européens, l’Australie acquiert un début d’autonomie à la proclamation de l’Australian Colony Act en 1840 et devient un pays souverain membre du Commonwealth en 1901.
Les Aborigènes sont décimés par les massacres, les maladies importées par les Européens, et surtout par la politique d’assimilation culturelle menée par la puissance occupante. Un rapport du gouvernement australien estime que de 1910 à 1970, entre un enfant sur trois et un enfant sur dix auraient été enlevés de force à leur famille aborigène pour être élevé par des colons. Cette « génération perdue » compte de 40 000 à 100 000 individus. Les Européens d’Australie se sont inquiétés de ce que leur territoire ne soit envahi par d’autres populations, et tout particulièrement par des asiatiques. Les débats du Parlement de l’époque montrent clairement que les députés australiens –y compris ceux de l’opposition- considéraient les Chinois comme une menace à leur culture et à leur bien-être. La Loi de Restriction Relative à l’Immigration de 1901 (Immigration restriction Act of 1901) est l’une des première loi adoptée par le nouveau Parlement fédéral. Celle-ci stipule entre autres que les services postaux australiens n’emploieront que des Européens, et interdit l’immigration en Australie de toute personne ne pouvant écrire plus de 50 mots dans une langue européenne. Les personnes ne parvenant pas à remplir ce test d’orthographe, sont arrêtées, détenues jusqu’à leur déportation et doivent payer une amende de 100£. Cette loi est restée en vigueur jusqu’en 1958.
À partir des années 60, la politique de « l’Australie blanche » est de plus en plus controversée et critiquée par les puissances occidentales. Elle est définitivement abandonnée dans les années 70 et les migrants non-européens affluent en masse. Aujourd’hui, les Asiatiques composent environ 7% de la population totale. Le problème de l’accueil des « boat-people », ces réfugiés fuyant leur pays d’origine sur des embarcations de fortune, n’est toutefois pas résolu. Le statut des populations aborigènes dans la société australienne est une autre question délicate. Si les Aborigènes obtiennent la reconnaissance de leur nationalité australienne en 1967 et, par là même, un droit de vote aux élections fédérales, ils n’ont toujours aucun droit sur leurs terres ancestrales qui continuent d’être exploitées par des compagnies minières ou des agriculteurs. Il faut attendre l’Arrêt Mabo de 1992 (Cour Suprême Fédérale) pour que les autorités australiennes acceptent le droit ancestral aborigène et leur accordent des droits fonciers substantiels. Malheureusement, ces nouveaux droits ne s’accompagnent pas d’une plus grande intégration sociale. La mémoire de ce que beaucoup appellent le « génocide des Aborigènes » reste un sujet sensible. En 1999, le premier Ministre John Howard a refusé publiquement et à plusieurs reprises de présenter des excuses au nom de l’autorité australienne pour les exactions commises à l’encontre du peuple aborigène et notamment envers la « génération perdue ».
DROITS HUMAINS
En 2005, les indigènes représentaient un pourcentage disproportionné de la population carcérale par rapport à l’ensemble de la population. Une étude relevait que les Aborigènes étaient 11 fois plus susceptibles d’être emprisonnés que les autres Australiens et que leur espérance de vie était inférieure de dix-sept ans, en moyenne, à celle de la population dans son ensemble. Les pratiques en matière de détention des immigrés ont été sensiblement modifiées, permettant la remise en liberté d’un certain nombre de demandeurs d’asile mineurs et de leurs familles. Toutefois, l’Australie appliquait toujours la politique qui consiste à placer systématiquement les demandeurs d’asile en détention.
Le gouvernement n’a pas apporté de financement suffisant aux budgets pour l’année 2005 des deux grands programmes nationaux relatifs aux violences infligées aux femmes. L’Institut australien de la santé et de la protection sociale a révélé que, en moyenne, 48 % des femmes fuyant des violences conjugales se voient refuser un logement spécial par manque de ressources. Il est à craindre que les nouvelles mesures de lutte contre le terrorisme n’aient des répercussions négatives sur les droits fondamentaux de la personne. Au nombre de celles-ci figurent la détention secrète pendant quatorze jours sans inculpation ni procès, ainsi que des ordonnances restrictives renouvelables dont la durée d’application pouvait atteindre douze mois. Ces ordonnances risquent de restreindre considérablement la liberté de mouvement et d’association, mais aussi de limiter les possibilités en matière d’emploi et de communication. De nouvelles lois sur la sédition limitent également la liberté d’expression.
Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, disponible sur : <http://web.amnesty.org/report2006/a...>
PISTES PÉDAGOGIQUES
Après avoir projeté et étudié le film Rabbit-Proof Fence, de
Phillip Noyce (2002), réaliser un exposé sur la « génération
perdue ».
Se référer à : ‘Stolen Children’ National Inquiry, Bringing them home, Parlement Fédéral, 1997, disponible à partir de : <http://www.hreoc.gov.au/social_just...>
Consulter le dossier pédagogique disponible sur : <http://www.hreoc.gov.au/bth/index.htm>
Introduction à la culture aborigène : présenter
quelques éléments de la culture aborigène (mythologie, art,
mode de vie).
Consulter les sites suivants :
le dossier pédagogique du Musée Indigenous Australia, disponible
sur :
<http://www.dreamtime.net.au/>. On y trouve des contes et
légendes, des images, des informations sur l’héritage culturel
aborigène, etc.
le site Les aborigènes, disponible sur :
<http://perso.orange.fr/oz-australie...>
Se référer à :
Jean-Jacques de Dardel, Art Aborigène, Musée Olympique,
2001.
Cyril Havecker, Le Temps du rêve : La Mémoire du peuple aborigène
australien, Rocher, 2003.
Faire une présentation historique de la politique d’immigration
australienne.
Consulter les sites suivants :
Département de l’immigration et des affaires multi-culturelles,
Abolition of the ‘White Australia’ Policy, disponible sur :
<http://www.immi.gov.au/media/factsh...>
Parliamentary Education Office, Immigration Restriction Act
1901, disponible sur :
<http://www.peo.gov.au/resources/imm...>
National Archives of Australia, Immigration Restriction Act
1901, disponible sur :
<http://www.foundingdocs.gov.au/item...>
Se référer à :
Eva Le Pallec, La criminalisation des réfugiés en Australie,
Plein Droit, n°58, 2003, disponible sur :
<http://www.gisti.org/doc/plein-droi...>
Délégation du groupe sénatorial France-Australie, Une Société
Multiculturelle, in L’Australie, une ambition mondiale, Sénat,
2000, disponible sur : <http://www.senat.fr/ga/ga-031/ga-
0...>
Cinéma : projeter et étudier :
Walkabout, Nicolas Roeg (1971) : introduit la thématique du
voyage initiatique chez les aborigènes.
Manganinnie, John Honey (1980) : Tasmanie, Australie du
Sud, 1830. Manganinnie a échappé au massacre de sa tribu
par les soldats anglais, Elle part à la recherche des siens en
suivant le cycle des migrations ancestrales. Elle rencontre la
petite Joanna qui décide de la suivre...
10 canöes, 150 lances et 3 épouses, Rolf de Heer et Peter Djigirr
(2006), reprend avec beaucoup d’humour une légende
ancestrale aborigène d’amours interdits, d’enlèvement, de
sorcellerie et de vengeance qui tourne mal.
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