Autorités Palestiniennes
mardi 26 septembre 2006, par Laura Lhoir
EYAD RAJAB EL SARRAJ, torturé.
Le docteur Eyad Rajab El Sarraj est le fondateur et directeur médical du Gaza Community Healh Program, un service de santé indépendant qui dispense des soins d’urgence –comme la réhabilitation physique de victimes de torture- aux larges tranches de populations affectées par l’Intifada ou l’occupation militaire israélienne. Ses critiques ouvertes –y compris de l’Autorité Palestinienne à l’époque d’Arafat- lui ont fait courir de grands dangers. Arrêté à de nombreuses reprises par le passé, il a été torturé, mis en cellule d’isolement et privé de son droit à un avocat. Le docteur El Sarraj est membre du Centre International de Réhabilitation pour les victimes de Torture et du Comité Coordinateur de la Campagne contre la Torture. Il a reçu le Prix Martin Ennals en 1998 (prix décerné par différentes ONG de défense des droits humains, dont Amnesty).
D’après la Martin Ennals Foundation, <http://www.martinennalsaward. org/e...>
« En ce monde troublé, les vrais champions sont les personnes qui sacrifient leur vie derrière des barreaux pour que d’autres puissent mener une vie normale. »
Dr. Eyad Rajab El Sarraj
INFORMATIONS GENERALES
Si on l’appelle « Autorité palestinienne », c’est parce que ce n’est pas encore un État officiel. Les Palestiniens ne cessent d’ailleurs de lutter pour la reconnaissance de leur État proclamé en 1988, depuis que les Israéliens ont créé le leur en 1948. Comme capitale de leur État, les mouvements palestiniens pragmatiques voudraient Jérusalem-Est, un quartier palestinien de la ville annexé par Israël lors de la guerre des six jours de 1967. Cette revendication, comme celle sur le droit au retour en Palestine des réfugiés exilés en 1948, a toujours été refusée par Israël lors des différentes négociations de paix. C’est dans cet exil forcé que les Palestiniens ont créé l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), qui rassemble plusieurs mouvements de résistance, dont celui de Yasser Arafat, le Fatah.
En 1987, de jeunes Palestiniens se rebellent contre les patrouilles israéliennes, en leur jetant des pierres. C’est ce qu’on appelle l’Intifada, littéralement « l’ ébrouement ». L’armée d’Israël, Tsahal, réprime ce mouvement dans la violence. La colonisation israélienne des territoires palestiniens continue, ainsi que la destruction des maisons des présumés terroristes. En 1993, les accords d’Oslo aboutissent à la reconnaissance mutuelle d’Israël et de l’OLP et à la mise en place de l’Autorité palestinienne sur une partie des territoires de la Cisjordanie. Ces accords, basés sur le principe « la paix en échange des terres », tardent à être appliqués, plongeant la population palestinienne dans la désillusion. En 2001, la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem est ressentie comme une provocation par les Palestiniens, qui se soulèvent. On parle alors d’une deuxième intifada. La répression brutale de l’armée israélienne radicalise encore plus les groupes armés palestiniens, dont les attentats contre des civils se font de plus en plus violents. De jeunes Palestiniens sont recrutés pour servir de bombes humaines. L’armée israélienne multiplie les représailles, touchant aussi de nombreux civils innocents. Après la mort de Yasser Arafat et l’élection, en janvier 2006, du président Mahmoud Abbas, les groupes armés palestiniens ont accepté d’observer pour une durée indéterminée une trêve durant laquelle ils s’abstiendraient d’attaquer des Israéliens. Les autorités israéliennes ont, pour leur part, annoncé la suspension des attaques visant des Palestiniens dans les territoires occupés. Les deux camps ont toutefois continué de mener des attaques, mais celles-ci ont été moins nombreuses que dans les années qui ont suivi le déclenchement de la deuxième intifada.
La Bande de Gaza est évacuée par l’armée israélienne en août 2005, donnant pour la première fois à ce territoire une certaine autonomie, toutefois très limitée par les fréquents barrages israéliens et par le contrôle de son espace aérien et maritime par Israël.
Les élections municipales palestiniennes, qui ont débuté en 2004, se sont déroulées dans plusieurs localités de Cisjordanie et de Gaza. Beaucoup de villes votent pour le Hamas, un mouvement islamiste radical. Le scrutin législatif prévu pour le mois de juillet 2005 est reporté à janvier 2006. Le Hamas remporte ces élections à la majorité absolue. Ce succès peut notamment être attribué à un vote de protestation des Palestiniens contre la corruption de certains membres du gouvernement précédent ainsi qu’à la reconnaissance de la population envers les programmes sociaux ou religieux du Hamas. L’Autorité Palestinienne entre alors dans une nouvelle période de tension et de difficultés, celle-ci devant faire face la fois à ses dissensions internes (Président (Fatah)/Gouvernement et Parlement (Hamas)), à la radicalisation de la politique israélienne en réaction à ces élections, et à la reprise des hostilités par les groupes armés. Inquiets de l’islamisation radicale des institutions palestiniennes, les pays occidentaux suppriment leurs aides à l’Autorité Palestinienne, contribuant ainsi à son affaiblissement. En juin 2006, un conflit d’une grande ampleur éclate suite à l’enlèvement d’un soldat israélien par un groupe armé proche du Hamas et à des tirs de roquettes sur le territoire israélien . La bande de Gaza est à nouveau plongée dans une situation de guerre et de catastrophe humanitaire. Les représailles israéliennes touchent à la fois le Hamas (des ministres et des fonctionnaires sont enlevés) mais aussi les infrastructures civiles comme les routes, une centrale électrique, des immeubles… L’Autorité palestinienne est complètement anéantie et risque de se relever très difficilement d’un tel chaos (voir fiche Israël).
UN TERRITOIRE MORCELÉ
Les Palestiniens vivent dans des territoires séparés par des colonies israéliennes ou par la « clôture » (ou mur de séparation) construite par Israël. On peut distinguer trois territoires revendiqués par les Palestiniens : la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Jerusalem-Est.
LA CISJORDANIE
En Cisjordanie vivent environ 2,5 millions de Palestiniens et 236 000 colons israéliens. La Cisjordanie a été annexée et occupée par la Jordanie de 1949 à 1967, puis Israël en a récupéré le contrôle durant la guerre des Six Jours. Les Palestiniens considèrent qu’Israël occupe les territoires de Cisjordanie, alors que du côté israélien, on préfère parler de « contrôle » et de territoires « disputés » plutôt que d’occupation. Au niveau international, cependant, il est généralement admis que la Cisjordanie est un territoire occupé, et qu’à ce titre les implantations de populations israéliennes y ont un caractère illégal. Israël a toujours contesté cette vision des choses, argumentant que ce territoire était sous occupation jordanienne avant 1967. Israël continue à y construire des logements pour accueillir des colons israéliens. Une « clôture » de sécurité (terme officiel utilisé par Israël, les Palestiniens préférant l’expression « mur de séparation ») construite par Israël a l’Ouest de la Cisjordanie vise à empêcher toute infiltration terroriste palestinienne. Cette barrière dépasse les limites territoriales israéliennes et pourrait préfigurer les futures frontières de l’Etat palestinien, coupant même certains villages en deux. Cette barrière fait passer 22 000 colons du côté d’Israël, soit environ 15% des colonies présentes en Cisjordanie.
LA BANDE DE GAZA
Bande de terre de 8 à 12 km de large sur 40 km de long. À la fin du conflit israélo-arabe de 1948, la Bande de Gaza fut occupée par l’Égypte, et le resta jusqu’à l’occupation par Israël pendant la guerre des six jours de 1967. 7000 colons israéliens s’y installent, protégés par l’armée israélienne, jusqu’au retrait opéré en août 2005. Aujourd’hui gérée par l’Autorité Palestinienne, elle est toutefois coupée du reste de la Cisjordanie, et les liaisons entre les deux territoires ne sont pas faciles. La Bande de Gaza constitue un des territoires les plus densément peuplés du monde : 1,3 million de Palestiniens y vivent, la plupart dans des camps de réfugiés. Près de la moitié des habitants ont moins de 20 ans…
JÉRUSALEM-EST
La ville de Jérusalem est au cœur des tensions entre Palestiniens et Israéliens. Jérusalem-Est représente la partie orientale de Jérusalem qui était administrée par la Jordanie et qui fut conquise puis annexée par Israël en 1967. Cette partie inclut la vieille ville et ses lieux saints (Saint-Sépulcre, l’Esplanade des Mosquées - Mont du Temple et Mur des Lamentations). Pour Israël, la conquête de Jérusalem-Est en 1967 a permis de réunifier la capitale « une, indivisible et éternelle » d’Israël. A l’inverse, pour les Palestiniens, Jérusalem-Est (al-Qods en arabe) doit devenir la capitale de leur futur État. La conquête de Jérusalem-Est par l’armée israélienne a été condamnée par l’ONU (résolution 242 et résolution 478 du Conseil de sécurité), ce qui n’a pas empêché l’Etat hébreu de construire dans ce quartier de nouvelles implantations réservées aux Juifs, surtout aux nouveaux migrants venus d’Europe de l’Est ou d’Éthiopie. Jérusalem-Est est également un symbole religieux important pour « les trois religions du Livre », le christianisme, l’islam et le judaïsme.
LE TERRORISME PALESTINIEN
Présenté par ses partisans comme une forme de résistance légitime à l’occupation israélienne, le terrorisme pratiqué par les groupes armés palestiniens fait rarement la différence entre les cibles civiles et militaires. Ainsi, en 2005, des membres de groupes armés palestiniens ont tué 50 Israéliens – essentiellement des civils, parmi lesquels figuraient six enfants – dans les territoires occupés et en Israël. La plupart de ces attaques ont été revendiquées par les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa (groupe issu du Fatah) et par le Djihad islamique. Des centaines de Palestiniens et d’Israéliens ont été blessés lors des attaques perpétrées par l’un et l’autre camp. Des groupes armés palestiniens ont également procédé, depuis la bande de Gaza, à des tirs de mortier visant des localités israéliennes voisines. L’impunité reste généralisée, les forces de sécurité palestiniennes étant réticentes à agir lorsqu’elles en ont la possibilité pour empêcher les attaques et arrêter leurs auteurs présumés. Des membres des forces de sécurité palestiniennes ont aussi participé à des attaques et à des enlèvements.
Pour plus d’informations se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, <http://web.amnesty.org/report2006/p...>
Sur la question du terrorisme et de sa définition, voir le dossier « Papiers Libres 2005, les dérives identitaires », disponible sur <http://www.amnestyinternational.be/...>
PISTES PÉDAGOGIQUES
Pour en savoir plus :
Pascal Fenaux, La Palestine, entre promesse et élection, La Revue
Nouvelle, Tome 118, n°12, 2004.
Henri Laurens, Le Retour des Exilés –la Lutte pour la Palestine de
1869 à 1997, Robert Laffont, 1998.
Romans / Récits :
Selim Nassib, Un amant en Palestine, Robert Laffont, 2004.
Mahmoud Darwich, Une mémoire pour l’oubli, Actes Sud,
1994 : l’auteur raconte un jour de 1982 pendant le siège de
Beyrouth par les troupes israéliennes.
Ghada Karmi, A la recherche de Fatima, Une vie palestinienne, Labor-Fides, 2005 : une évocation de la période avant la création d’Israël et sur l’exil qui s’en est suivi.
Romans pour les jeunes
Si tu veux être mon amie, de Lisla BOUDALIKA (Folio junior) : deux jeunes filles, l’une palestinienne et l’autre israélienne, s’écrivent durant la période de l’Intifada en 1988.
Soliman le pacifique de Véronique MASSENOT : journal d’un enfant dans l’Intifada. (Hachette jeunesse, 2003) Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie ZENATTI (l’Ecole des loisirs, 2005).
Cinéma
Noces en Galilée de Michel Khleifi (1987) : un mariage durant l’occupation israélienne.
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