Zimbabwé
vendredi 22 septembre 2006, par Laura Lhoir
Jenni Williams et Magodonga Mahlangu, responsables du mouvement Women of Zimbabwe Arise (WOZA, Femmes du Zimbabwe, debout !).

La défenseuse zimbabwéenne Magodonga Mahlangu a été arrêtée à la suite d’une protestation pacifique, s’est vue refuser avocat, nourriture et accès à une salle d’eau, et a été contrainte de dormir par terre dans une minuscule cellule à côté de la dépouille d’un animal. Le 31 mars 2005 au soir, environ 260 femmes, dont les responsables de WOZA Jenni Williams et Magodonga Mahlangu, ont été appréhendées lors d’un rassemblement de prière pacifique sur l’Africa Unity Square (place de l’Unité africaine), dans la capitale, et placées en détention au poste de police central de Harare. Il semble néanmoins que certaines personnes arrêtées ne participaient pas à la manifestation. Plusieurs femmes auraient été battues pendant et après ces interpellations. Certaines ont été frappées par des policiers sur les fesses, après avoir été contraintes de se coucher sur le sol, d’autres ont été battues alors qu’elles tentaient de descendre des véhicules de police. Selon certaines informations, plusieurs femmes ont été blessées, dont au moins trois grièvement, mais aucune n’a bénéficié de soins médicaux appropriés lors de sa détention.
La police de Bulawayo avait déjà arrêté plusieurs dirigeantes de WOZA, dont Magodonga Mahlangu et Jenni Williams, le 7 mars 2004, alors qu’elles quittaient une réunion. Leur garde à vue a été prolongée jusqu’au 9 mars afin de les empêcher, de toute évidence, d’organiser une manifestation à l’occasion de la journée internationale de la femme, le 8 mars. Lors de leur comparution devant le tribunal, le 23 mars, le procureur a refusé d’engager des poursuites contre elles.
Pour plus d’informations, consulter l’action urgente d’Amnesty International AU 77/05, disponible sur : <http://web.amnesty.org/library/Inde... >
Craintes pour la sécurité d’Arnold Tsunga.

Arnold Tsunga est président de la Zimbabwe Human Rights Association (ZimRights, Association zimbabwéenne pour les droits humains) et administrateur de la station de radio Voice of the People (VOP, la voix du peuple), dont l’émetteur à ondes courtes situé à Madagascar diffuse des émissions critiques envers le gouvernement de Robert Mugabe, qui passent au Zimbabwe. Cet avocat renommé a reçu en 2006 le prestigieux Prix Martin Ennals pour les Défenseurs des Droits humains, qu’il partage avec Akbar Ganji (Iran).
Arnold Tsunga a été averti que les services de renseignements de l’armée du Zimbabwe avaient reçu l’ordre de le tuer. Cette information semble crédible et Amnesty International estime que sa vie est gravement menacée.
Pour plus d’informations, se référer à l’action urgente d’Amnesty International AU 21/06, disponible sur : http://www.amnestyinternational. be...
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Ancienne colonie britannique, ce pays voisin de l’Afrique du Sud s’appelle toujours la Rhodésie du Sud en 1964. Cette année-là, grâce à un mode de scrutin censitaire combinant différents facteurs dont le niveau d’éducation et la propriété foncière ou immobilière, Ian Smith arrive à la tête d’un gouvernement composé uniquement de blancs, alors que le pays compte 90% de citoyens noirs ! Il refuse de céder aux pressions de la Grande Bretagne qui lui demandent de partager le pouvoir avec la majorité noire. En 1965, Ian Smith déclare unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie du sud par le gouvernement blanc. Cet acte entraîne une condamnation internationale et un embargo. L’ONU et la Grande Bretagne ne reconnaissent pas la Rhodésie indépendante. De 1970 à 1979, un régime minoritaire blanc corrompu et raciste est mis en place. Les meilleures terres agricoles sont confiées aux Blancs. En septembre 1979, le gouvernement britannique persuade le gouvernement rhodésien de céder le pouvoir à la majorité noire. Les lois raciales sont abolies et des élections multiraciales ont lieu en février 1980. Elles sont remportées de manière absolue par le ZANU, un parti radical noir.
Le 18 avril 1980, le pays accède à l’indépendance, cette fois reconnue par la communauté internationale. Il change de nom et devient le Zimbabwe. Robert Mugabe, le dirigeant du ZANU, prend la tête du pays. De 1980 à 1988, une guerre civile oppose les grandes formations politiques noires, le ZANU et le ZAPU. Le pouvoir tente en vain de former un parti unique. En 1990, le pays change sa politique économique (privatisation d’entreprises d’État, réduction du nombre des fonctionnaires) et devient plus autoritaire. En 2003, une grave crise agraire et politique survient suite à l’expropriation par Mugabe des fermiers blancs (voir le rapport d’Amnesty : « Zimbabwe, Pouvoir et famine, Les violations du droit à l’alimentation »).
En mars 2005 ont lieu des élections législatives. Elles sont remportées frauduleusement par le parti du président Mugabe, le ZANU-PF. Cette formation dispose ainsi d’une majorité des deux tiers au Parlement, où 30 autres sièges sont attribués à des personnes non élues, notamment des chefs traditionnels proches de la ZANU-PF et des personnes nommées directement par le chef de l’État. Le plus grand parti d’opposition, le MDC, conteste les résultats. Ses membres sont sévèrement réprimés. Le Zimbabwe se coupe des bailleurs de fonds internationaux et du Commonwealth. Quelque 80 % des 13 millions d’habitants du Zimbabwe vivent au-dessous du seuil de pauvreté (1 dollar par jour).
LA CRISE ALIMENTAIRE
Une des grandes causes de la tension actuelle au Zimbabwe est la question de la redistribution de la terre. En 2000, le gouvernement décide de lancer une « réforme agraire accélérée », qui consiste à exproprier les fermiers blancs, descendants pour la plupart des anciens colons britanniques. Il faut dire que la situation était assez injuste : les blancs possédaient 70% des terres cultivables alors qu’ils représentent moins de 1% de la population. L’ensemble du pays est rapidement touché par des violences, qui augmentent à l’approche des élections et à l’occasion d’occupations de fermes par les “ vétérans ” (anciens combattants de la guerre d’indépendance) armés et soutenus par la police et l’armée. Ces nouveaux propriétaires terriens ne sont pas expérimentés et ne disposent pas des outils nécessaires pour cultiver. Résultat : pour la première fois, le Zimbabwe doit importer du maïs, la base de l’alimentation locale, tandis que la famine menace certaines régions. Les violences poussent la plupart des blancs à quitter le pays, emportant avec eux les capitaux qui contribuaient à faire tourner l’économie du pays. L’instrumentalisation de l’aide alimentaire distribuée par un organisme d’État, le Grain Marketing Board (GMB) crée de nouvelles tensions et fait fuir les ONGs internationales. En 2005, malgré la pénurie, le gouvernement a une nouvelle fois décidé de ne pas faire appel à l’aide alimentaire.
DROITS HUMAINS
Dans sa poursuite du pouvoir absolu, Robert Mugabe fait arrêter certains opposants politiques ainsi que des journalistes de façon arbitraire. Les passages à tabac, les actes de torture et les assassinats politiques ne sont pas rares. Robert Mugabe s’est aussi souvent illustré par ses attaques répétées contre les homosexuels. Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International dénonce les violations systématiques et généralisées des droits au logement, à l’alimentation, à la liberté de mouvement et de résidence, et à la protection de la loi. Des centaines de milliers de personnes ont été chassées de chez elles pendant l’hiver et ont vu leur habitation détruite dans le cadre de l’opération Murambatsvina (Restaurer l’ordre). Des dizaines de milliers de vendeurs et de commerçants ne disposant pas d’une licence ont ainsi perdu leur source de revenus et n’étaient plus en mesure de subvenir aux besoins de leur famille. Malgré le besoin flagrant d’aide humanitaire, les autorités n’ont pas cessé d’entraver les initiatives lancées par les Nations Unies et par des groupes de la société civile. La menace constante de fermeture des ONG de défense des droits humains crée un climat de peur.
Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty International, disponible sur <http://web.amnesty.org/report2006/z...>
PISTES PÉDAGOGIQUES
Étude de cas : expliciter et discuter des enjeux de la
réforme agraire et de l’opération Murambatsvina, ainsi que
des violations de droits humains qui en découlent.
Se référer aux rapports suivants :
Sur la crise alimentaire : . International Crisis Group sur les réformes agraires au Zimbabwe et en Afrique du Sud, Blood and Soil : land, politics and conflit prevention in Zimbabwe and South Africa, in Africa Report n°85, 2004, disponible sur : http://www.crisisgroup.org/library/...>
. Amnesty International, Zimbabwe : pouvoir et famine, les violations du droit à l’alimentation, 2004, disponible sur : <http://web.amnesty.org/library/inde...>
Sur l’opération Murambatsvina : . du International Crisis Group sur l’opération Murambatsvina, Zimbabwe’s Operation Murambatsvina : The Tipping Point ?, in Africa Report n°97, 2005, disponible sur : <http://www.crisisgroup.org/home/ind...>
. Amnesty International sur les violations des droits humains à Porta Farm, Zimbabwe. Des vies brisées : le cas de Porta Farm, 2006, disponible sur : http://web.amnesty.org/library/Inde...
Cinéma : Projeter et étudier les films suivants :
. Neria, de Godwin Mawuru, 1993, sur les conditions de vie des veuves au Zimbabwe. . Everyone’s Child, de Tsitsi Dangarembga, 1996, qui relate la lutte pour leur survie de deux enfants livrés à eux-mêmes après la mort de leurs parents, atteints du sida.
Introduction à la Civilisation Bantu des Shona.
Exposé sur les ruines du « Grand Zimbabwe » et leurs légendes (elles seraient les ruines d’une cité construite par le Roi Salomon et la Reine Sheba). Se référer au : Conseil International des Monuments et des Sites, World Heritage List n°364, 1985, disponible à partir de : http://whc.unesco.org/fr/list/364/
Littérature : lire et étudier :
Charles Mungoshi, Et ainsi passent les jours – roman de moeurs du Zimbabwe, L’Harmattan, 2002. Charles Mungoshi est l’un des premiers écrivains noirs du Zimbabwe à jouir d’une reconnaissance internationale. Il décrit dans ce roman la vie quotidienne dans une société déchirée par le conflit entre tradition et modernité, où ce sont des femmes, souvent, par leur honnêteté et leur droiture, qui indiquent le chemin. Il se montre un critique lucide et moderne de la société shona et, au-delà, de tant d’autres sociétés fracturées du tiers monde. Doris Lessing, Nouvelles africaines - la Madone noire, Albin Michel, 2005. Cet écrivain majeur de la littérature mondiale décrit l’enchevêtrement des comportements raciaux en Rhodésie. >
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