Russie : la police ne protège pas les femmes contre les violences domestiques
jeudi 4 mai 2006
« Mieux vaut ne pas appeler la police car après c’est encore pire ! »
Liliana réside dans un foyer pour travailleurs situé à 200 mètres d’un poste de police. Un jour, son ancien compagnon a volé la clé de sa chambre ; il est revenu et a tenté de la violer. Liliana et ses voisins ont appelé la police à 16 reprises cette nuit-là, en vain.
Le mari d’Anna l’a aspergée de liquide inflammable et a tenté de la brûler vive. La police lui a dit qu’elle ne pouvait rien faire car il « n’a pas commis de crime ».
Galina a été agressée par son mari devant un policier, ami de ce dernier, qui lui a conseillé de ne pas utiliser de marteau contre elle car « les hommes se servent de leurs poings ».
En Russie, une femme meurt toutes les heures des suites de violences infligées par un parent ou par son compagnon ou ex-compagnon. La plupart subissaient de telles violences depuis des années. Nombreuses sont celles qui ont souffert en silence, sachant que la police refuserait de les protéger ou n’en serait pas capable.
« Les femmes seraient beaucoup plus nombreuses à s’adresser aux autorités si celles-ci nous aidaient vraiment », a déclaré Liliana à Amnesty International.
La Russie ne dispose d’aucune loi portant spécifiquement sur la violence domestique. À Moscou, une ville qui compte 10 millions d’habitants, il n’existe pas un seul foyer d’accueil pour les femmes victimes de violences. Comme elles n’ont pas la possibilité de trouver refuge dans un foyer et comme elles ne peuvent pas obtenir de mesures de restriction ni l’aide de la police, il est quasiment impossible pour ces femmes d’échapper à une relation violente ou d’empêcher que les violences ne se poursuivent.
Il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de ce problème. En 2003, une étude réalisée auprès de femmes mariées en Russie a révélé que 70 p. cent d’entre elles avaient été victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques de la part de leur conjoint.
Des policiers interrogés par Amnesty International ont admis donner une faible priorité aux violences domestiques. Même lorsqu’ils sont arrêtés, les auteurs de telles violences sont rarement détenus plus de trois heures ; ils sont parfois arrêtés et libérés plusieurs fois dans la même nuit. Souvent, les policiers ne font que leur « parler d’homme à homme », pour reprendre les termes de l’un d’eux. Les victimes sont découragées de chercher à obtenir justice et on leur reproche parfois même d’avoir provoqué ces violences.
De l’avis de la plupart des policiers interrogés, il est nécessaire qu’une loi sur les violences domestiques soit adoptée car la police ne dispose pas des instruments nécessaires pour y faire face. Pourtant, dans une lettre adressée en 2003 à la section du Royaume-Uni d’Amnesty International, le ministre russe des Affaires étrangères écrivait que le Parlement russe, de même qu’une part importante de la population, considérerait une loi sur la violence au sein de la famille comme une ingérence dans les affaires privées. Dans ces circonstances, il n’est pas surprenant que des hommes pensent qu’ils peuvent infliger des violences à leur épouse ou à leur compagne en toute impunité.
Pendant qu’il lui cognait la tête contre le mur, devant son ami policier, le mari de Galina lui a dit : « Si je te tue, je ne serai pas puni. » Elle a tenté de l’attaquer en justice mais il a quitté la ville et les poursuites engagées contre lui ont été abandonnées. Il a échappé à la justice, comme de nombreux autres auteurs de violences commises contre des femmes en Russie.
Pour en savoir plus, consultez le rapport Russie. Violences domestiques contre les femmes : vers qui se tourner ? (EUR 46/056/2005).
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