République démocratique du Congo : Sans aide ni justice : les rescapées de viol dans l’Est du Congo
mardi 26 octobre 2004
Durant le conflit qui a endeuillé l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), des dizaines de milliers de femmes et de filles furent violées par les combattants des groupes armés et des troupes gouvernementales. Les victimes sont aussi bien de très jeunes filles (des cas rapportés à AI font état de filles âgées de cinq ans et de viols de bébés) que des femmes âgées (de septante ans et plus). Certaines femmes ont été violées à deux voire trois occasions distinctes par les combattants des deux bords ; cela montre l’ampleur et l’horreur de cette situation. Dans certaines régions, des hommes et des garçons furent aussi violés.
“ Comme il n’y a pas de médicaments dans le centre de santé local, j’ai dû marcher jusqu’à la ville. Sur la route, j’ai été arrêtée par deux soldats. Je leur ai expliqué que j’étais malade et que j’étais en route pour avoir des soins parce que j’avais été violée. Ils ont répondu que ça ne faisait aucune différence et ils m’ont jeté par terre et m’ont violé encore, là, sur la route. Depuis je ne peux plus dormir...” - Bernadette (40 ans)
Le viol collectif et les viols en public sont aussi courants. Des viols collectifs commis par une vingtaine de combattants sur une seule victime ont souvent été rapportés. Les membres des familles sont fréquemment contraints à regarder leur femme, leur mère ou leurs sœurs subir ces sévices. Dans certains cas, des garçons ont été forcés de violer leur mère et leurs sœurs. La majorité de ces viols sont accompagnés d’acte de cruauté extrême : par exemple, des baïonnettes, des bâtons tranchants et d’autres objets sont insérés de force dans le vagin de la victime ou des coups de feu sont tirées dans les parties génitales. Parfois, les victimes sont mises à mort ou bien violées près des corps de leurs proches.
Un médecin congolais, spécialisé dans le traitement des victimes de viols dans l’Est de la RDC rapporte : "Quand sept soldats violent une femme ou une jeune fille et plantent un couteau ou tirent un coup de feu dans son vagin, pour eux cette femme n’est plus un être humain, c’est un objet. Comme il n’y a plus de lois ni de règles, les combattants reportent leur colère et leur folie sur les femmes et les jeunes filles”.
“Ils m’ont prise devant mes enfants et ont commencé à me violer. Frédéric, mon garçon de 18 ans avait extrêmement peur et commença à pleurer et à crier. Les soldats se retournèrent, comme ils étaient en train de me violer, et lui tirèrent une balle dans la tête...”
Julie ( 40 ans).

- Abri de survivantes
- Les victimes de viols n’ont souvent rien comme abri.
Une autre caractéristique de cette violence est l’esclavage de femmes et de filles, arrachées de leur maison ou capturées dans les champs et détenues pendant des semaines ou des mois par les groupes armés qui opèrent à partir des forêts, des montagnes ou bien dans les zones rurales de l’Est du Congo. Une femme a rapporté à AI qu’elle avait été victime d’une hiérarchie de violeurs : après avoir été contrainte par les hauts officiers, puis par les soldats, elle a été donnée aux gardiens de cachot.
Les viols sont commis par toutes les forces armées de manière systématique. Il existe des preuves que les viols sont commis sur ordre direct des officiers ou bien avec leur complicité active. Un ancien enfant soldat a rapporté à AI que lui et d’autres soldats ont reçu l’ordre de violer sous peine de mort. L’étendue et la nature non discriminatoire des viols dans l’Est du Congo mène AI à penser que le viol est utilisé afin de détruire l’édifice social de la vie civile. Les groupes armés utilisent fréquemment le viol pour punir et terrifier la population qu’ils soupçonnent d’avoir collaboré avec la partie adverse ou pour renforcer leur contrôle et de facto leur autorité sur une zone spécifique et sa population.
Selon les informations d’AI, aucun commandant de groupes armés ni aucun leader politique n’a tenté d’arrêter les viols, de discipliner ou encore de poursuivre en justice les combattants auteurs de viol. Le nouveau gouvernement a aussi échoué à mettre en place des actions significatives contre l’impunité des violeurs.
Un grand nombre de rescapées souffrent de sérieuses séquelles et d’infections. Certaines de ces blessures sont graves et requièrent des opérations chirurgicales réparatrices. La majorité des victimes sont gravement choquées et apeurées psychologiquement. Cependant, aucun système organisé n’a été mis en place pour les assister et répondre à leurs besoins médicaux et humanitaires les plus urgents. Des ONGs humanitaires internationales et des agences des Nations Unies tentent de pallier à ces besoins, mais ces interventions sont locales, de court terme et souvent ne fournissent que des soins de bases .
Comme le système de santé est en ruine, moins de cinq gynécologues travaillent dans la région, et deux hôpitaux sont seuls capables de prodiguer des soins obstétriques urgents. Mis à part un projet international qui reste une exception dans ce domaine, il n’y a aucune assistance psychologique professionnelle pour les victimes de viol.
Les femmes qui ont survécu au viol sont aussi communément rejetées par leur communauté et abandonnées par leur mari. Elles sont souvent laissées à leur propre sort avec leurs enfants, et sont généralement coupées de toute aide financière. La majorité des victimes ont rejoint les flux de personnes déplacées.
La justice ne s’occupe pas non plus des victimes. Une grande partie du système juridique est inopérante et lorsque le système fonctionne encore, le procureur et les tribunaux prennent rarement en compte les cas de violence sexuelle, même dans les cas où des preuves existent et où le bourreau est identifié. En réalité, les groupes armés contrôlent le système judiciaire dans beaucoup de régions. Les victimes engagent rarement des poursuites légales car elles manquent de moyens et ont peur des représailles puisqu’il n’y a pas de protection pour les victimes ou les témoins.
Pour la majorité des rescapées, les organisations locales de droits de la femme et de droits humains sont la principale et souvent la seule source de soutien. En offrant des refuges, des conseils, un corps médical et aussi une assistance économique et sociale, ces organisations ont créé un réseau organisé pour répondre à cette crise. Certaines sont actives dans le lobbying et la dénonciation pour que cesse ces viols massifs. D’autres procurent aide et assistance aux femmes déterminées à poursuivre juridiquement leur bourreau. D’autres encore travaillent contre l’isolement social et la stigmatisation des victimes à traversun travail avec leurs familles pour s’assurer qu’elles ne seront pas abandonnées. Sans exception, toutes ces organisations travaillent avec un minimum de ressources et sont uniquement motivées par le courage des activistes. Les dangers sont considérables : un grand nombre d’activistes sont menacés.
Officiellement, le conflit en RDC est en cours de résolution. Les forces gouvernementales étrangères du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi se sont officiellement retirées du pays en avril 2003 et la majeure partie des forces congolaises ont signé l’accord de paix qui a ouvert la voie à la mise en place d’un gouvernement transitoire. Ce gouvernement transitoire est entré en vigueur en juillet 2003 et est composé de leaders et de représentants de la majorité des groupes armés qui sont aussi les responsables des violences sexuelles et des violations des droits humains. Les principales tâches du gouvernement transitoire, avant les nouvelles élections qui auront lieu en juin 2005, sont les suivantes : l’unité nationale, l’intégrité territoriale et la sécurité.
Avec la signature de l’accord de paix, la sécurité s’est améliorée dans plusieurs régions, pour la première fois depuis des années, l’accès de l’aide humanitaire à certaines populations a été possible. Cependant, des conflits locaux continuent dans d’autres régions et malgré quelques progrès, le gouvernement échoue dans la majorité de ses tâches. En réalité, les menaces de violence continuent dans un nouveau cycle de conflit ; les groupes armés congolais ont de facto le contrôle de larges zones dans l’Est tandis que des troupes étrangères, du Rwanda mais aussi de l’Ouganda et du Burundi, opèrent encore sur le sol congolais. Les troupes gouvernementales, appuyées par des milices pro-gouvernementales, sont aussi présentes dans certaines régions à l’Est. De graves violations de droits humains sont toujours commises, y compris des viols.

- Témoignages
- Nos chercheurs recueillent des témoignages sur le terrain.
Avec un soutien international substantiel, le gouvernement transitoire aurait la possibilité de commencer des programmes essentiels de reconstruction et de reforme, mais il en est vraiment loin. En particulier, l’accent devrait être mis sur des programmes de soins, d’assistance et de réparations pour les centaines de milliers de citoyens qui ont souffert de violations des droits humains tout au long du conflit. Cela inclut particulièrement les victimes de viols et les enfants soldats. Les obstacles au développement de ce genre de programmes tiennent essentiellement à l’absence de volonté politique nationale et internationale et à la faible priorité accordée pour assister les rescapés de violence dans l’Est.
Agissez !
Vous pouvez écrire au gouvernement congolais afin de lui demander de prendre en considération la situation critique des femmes à l’Est du pays et pour exprimer votre inquiétude par rapport aux défaillances du système de santé, du système juridique et au manque de protection accordée aux victimes, témoins et activistes.
MODELES DE LETTRE :
En relation avec le système de santé inapproprié, écrire à :
M. Azarias RUBERWA MANYWA
Vice-Président de la République
Présidence de la république
Le Cabinet du Vice-Président
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Son Excellence le Vice- Président de la République
Mme Anastasie MOLEKO MOLLAH
Ministre de la Santé Publique
Ministère de la Santé publique
Bd du 30 juin
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Madame la Ministre
Mme Catherine NZUZI WA MBOMBO
Ministre de la Solidarité et des Affaires Humanitaires
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Madame la Ministre
Mme Marie-Madeleine KALALA
Ministre des Droits Humains
Ministère des droits Humains
33/c Bd du 30 juin
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Madame la Ministre
En relation avec le système judiciaire :
M. Honorius KISIMBA NGOY
Ministre de la Justice et Garde des Sceaux
Ministère de la Justice
Place de l’Indépendance
Kinshasa-Gombe
République démocratique du Congo
Salutation : Monsieur le Ministre
M. Jean-Pierre ONDEKANE
Ministre de la Défense Nationale, Démobilisation et Anciens Combattants
Ministère de la Défense nationale
Quartier-général des FARDC
Mont Ngaliema
Kinshasa
République démocratique du Congo
Salutation : Monsieur le Ministre
Mme Faida MWANGILA
Ministre de la Condition féminine et de la Famille
Ministère de la Condition féminine et de la famille
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Madame la Ministre
Mme Marie-Madeleine KALALA
Ministre des Droits humains
Ministère des droits Humains
33/c Bd du 30 juin
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Madame la Ministre
[En-tête [1]]
D’après les information que possède Amnesty International, des violences sexuelles massives sont toujours perpétrées en toute impunité contre les femmes et les jeunes filles dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Outre le fait qu’une grande partie de votre système juridique est inopérante, les victimes engagent rarement des poursuites légales contre leur bourreau car elles manquent de moyens et ont peur des représailles. La justice de votre pays doit donc être impérativement redressée et des dédommagements doivent être accordés aux victimes de crimes sexuels.
Je vous demande de vous assurer que dorénavant les lois de votre pays interdisent effectivement la violence contre les femmes et qu’elles s’assurent que les auteurs de tels actes soient punis comme il se doit. Votre législation nationale doit se conformer au droit international. En particulier, la définition du viol, comme stipulé dans le Statut de Rome de la Cours Pénale internationale, doit être reprise dans les textes de lois nationaux.
Par une réforme et à une reconstruction de votre système judiciaire, je vous exorte à mettre un terme à l’impunité qui protège les auteurs de viols et empêche les victimes d’obtenir réparation devant les tribunaux. Un système de protection des victimes et des témoins doit être mis en place grâce à une formation appropriée des magistrats, des procureurs, des policiers et des officiers judiciaires.
Enfin et de manière générale, je vous demande de soutenir les initiatives et les propositions présentées par les organisations congolaises de droits humains et de droits de la femme et de garantir un accès équitable des femmes à la terre, au logement et à la propriété.
Je ne doute pas que vous abonderez dans le sens de cette démarche et que vous participerez activement à la réalisation des objectifs énoncés dans cette lettre.
Je vous prie d’agréer, [salutation], l’expression de ma très haute considération.
Protection pour les victimes et les activistes de droits humains
A Son Excellence le Major-General Joseph KABILA
Président de la République
Présidence de la République
Palais de la Nation
Kinshasa Ngaliema
République Démocratique du Congo
Salutation : Son Excellence Monsieur le Président de la République
M. Azarias RUBERWA MANYWA
Vice-Président de la République
Présidence de la République
Le Cabinet du Vice-Président
Kinshasa-GombeRépublique Démocratique du Congo
Salutation : Son Excellence le Vice- Président de la République et Président du RCD-Goma
Jean-Pierre BEMBA
Vice-Président de la République
Présidence de la République
Le Cabinet du Vice-Président
Kinshasa Ngaliema
République Démocratique du Congo
Salutation : Son Excellence le Vice- Président de la République et Président du MLC
M. Mbusa NYAMWISI
Ministre de la Coopération Régionale
Ministère de la Coopération Régionale
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Monsieur le Ministre et Président du RCD-ML
M. Pardonne KALIBA MUNANGA
Ministre du Développement Rural
Ministère du Développement Rural
Kinshasa-Gombe
République Démocratique du Congo
Salutation : Monsieur le Ministre et représentant de la composante mayi-mayi
Général de Brigade Sylvain BUKI
Chef d’Etat Major des Forces Terrestres
Quartier-Général des FARDC
Mont Ngaliema
Kinshasa
Salutation : Mon Général[En-tête [2]],
Selon les informations que possède Amnesty International, des violences sexuelles massives sont
toujours perpétrées en toute impunité contre les femmes et les jeunes filles dans l’Est de la République Démocratique du Congo. La responsabilité de ces actes incombent aussi à votre gouvernement aussi longtemps que vous laisserez agir les auteurs en toute impunité.
Je vous demande donc de faire une déclaration publique afin de mettre un terme à l’impunité qui entoure les violences faites aux femmes. Vous devez en particulier donner des instructions claires aux forces armées que vous représentez afin que cesse toutes formes de violences sexuelles. Toute personne impliquée dans ce genre de violence doit être exclue des nouvelles Forces Armées de la République du Congo.
Je vous prie de poursuivre en justice toute personne suspectée d’avoir commis un viol, des violences sexuelles ou toute autre violation des droits humains.
La mise en œuvre du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration au niveau national est une mesure-clé pour améliorer la sécurité et mettre fin aux violences sexuelles.
Je vous demande d’user de votre influence pour sauver les femmes détenues comme esclaves sexuelles par les groupes armés et de vous assurer que les enfants, fille ou garçons, âgés de moins de 18 ans ne soient pas enrôlés dans les groupes armés que vous représentez.
Enfin, je vous conjure de demander aux forces armées que vous représentez d’assurer la protection des organisations de droits humains.
Je ne doute pas que vous abonderez dans le sens de cette démarche et que vous participerez activement à la réalisation des objectifs énoncés dans cette lettre.[En tant que représentant du gouvernement transitoire et représentant de groupes armés [3]], l’opinion publique internationale attend de votre part un engagement public concret dans cette voie.
Je vous prie d’agréer, [salutation], l’expression de ma très haute considération.
Assurer la protection des femmes
FDLR,
Force démocratique pour la libération du Rwanda
e-mail adress : fdlr ngi.de
(Représentants politiques des forces insurgées du Rwanda)
Monsieur,
Selon les informations que possède Amnesty International, des violences sexuelles massives sont toujours perpétrées en toute impunité contre les femmes et les jeunes filles dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Vos troupes opèrent toujours sur le sol congolais dans cette région.
Je vous demande de donner des instructions claires pour que les groupes armés que vous représentez cessent toute violence sexuelle et autre violation des droits humains infligées aux personnes civiles. Je vous exhorte également à faire relâcher toutes les femmes détenues comme esclave sexuelle par vos forces. Les enfants, garçons ou filles, ne doivent plus être recrutés par vos groupes armés.
Les attaques contre les activistes de droits humains doivent cesser et je vous conjure de coopérer avec les enquêtes internationale et nationale afin de traduire en justice toute personne suspectée de crime de guerre ou de crime contre l’humanité, ce qui inclut les violences sexuelles exercées à l’ncontre des femmes.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations les meilleures.
Notes
[1] Suivant la personne à laquelle vous vous adressez : Monsieur le Minsitre/Madame la Ministre
[2] Suivant la personne à qui vous vous adressez.
[3] La lettre au Président Kabila doit l’interpeller en tant que Chef de l’Etat et Commandant Suprême des Forces Armées de RDC.
Efficace et rapide, les actions par sms vous donnent la possibilité de signer nos pétitions avec votre gsm
S'il vous est possible d'agir au coup par coup via la publication de l'action sms sur Isavelives.be, le service constitue avant tout un réseau de participants mobilisables chaque semaine.
Pour rejoindre le réseau, envoyer simplement le message "AU" au numéro "3313". Vous serez automatiquement abonné et recevrez tous les mercredis à 14h00 une action pétition par sms. Il vous suffit alors d'envoyer votre nom, prénom et vos coordonnées en réponse au numéro "3313" pour signer la pétition.
Coût :
Activation et abonnement : gratuit
Le message que nous vous envoyons : gratuit
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Ce coût permet de financer le service et de soutenir Amnesty pour l'ensemble de ses activités. Vous pouvez nous envoyer autant de réponses que vous le souhaitez. Une réponse avec vos coordonnées sera reprise pour la pétition, les autres seront considérées comme don. Vous avez la possibilité de vous désabonner facilement et à tout moment. Envoyer simplement le message "STOP" au numéro "3313". Votre désabonnement sera effectif sans délai. L'ensemble des signatures récoltées sont imprimées et envoyées vers les autorités.
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