Colombie. Le corps de la femme sert de champ de bataille
mercredi 13 octobre 2004
Dans le conflit qui frappe ce pays depuis quarante ans, tous les groupes armés (les forces de sécurité, les paramilitaires soutenus par l’armée, la guérilla) ont agressé ou exploité sexuellement des femmes et des adolescentes. Ce faisant, ils ont cherché à contrôler la part la plus intime de leur vie.
Ces violations, commises contre des civils et contre les propres combattantes des groupes armés, sont entourées d’un épais silence et cachées derrière les discriminations et l’impunité.
Les viols, les homicides et les autres agressions contre les civils ont conduit au déplacement de quelque 500 personnes au début du mois de mai 2003, dans la municipalité de Tame (département d’Arauca). Ces actes auraient été commis par des soldats se présentant comme des paramilitaires. Dans le village de Parreros, des hommes armés ont violé et tué une jeune fille enceinte de seize ans, Omaira Fernández, puis lui ont ouvert le ventre. D’après un témoignage, « ils l’ont éventrée devant tout le monde. Les corps de la jeune fille et du bébé ont été jetés dans la rivière. »
Les forces de la guérilla sont également responsables de nombreuses violences contre les femmes, y compris de viols. Une femme a raconté avoir été violée par un combattant des Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia - Ejército del Pueblo (FARC-EP, Forces armées révolutionnaires de Colombie - Armée du peuple) : « Il m’a violée et m’a dit que c’était un petit rappel [...] pour que je ne m’approche pas des soldats. »
Malgré la gravité de ces crimes, aucun effort réel n’a été fait pour que des enquêtes approfondies soient menées, que les responsables présumés soient traduits en justice et que ces atrocités ne se reproduisent pas.
Toutes les parties au conflit doivent réagir : les forces de la guérilla doivent s’engager à respecter le droit international humanitaire, et le gouvernement colombien doit prendre des mesures pour empêcher les actes de violence contre les femmes et punir leurs auteurs. Ce n’est qu’à ces conditions que les Colombiens pourront construire un avenir où les femmes seront à l’abri des menaces.
Passez à l’action !
Veuillez écrire au président de la Colombie pour lui demander de prendre immédiatement des mesures afin de protéger les femmes de la violence. Vous pouvez vous inspirer du modèle de lettre.
Président de la République : Presidente de la República de Colombia Dr. Álvaro Uribe Vélez Palacio de Nariño Carrera 8 No.7-26 Bogotá Colombie Fax : +57 1 342 0592 ou +57 1 337 5890
Monsieur le Président de la République,
Je vous écris pour vous faire part de mon indignation face aux viols, aux meurtres et aux autres agressions dont sont victimes nombre de femmes et de jeunes filles dans le contexte du conflit armé qui touche la Colombie.
Ces agressions sont perpétrées par des membres des forces de sécurités, des paramilitaires soutenus par l’armée et des groupes de la guérilla, mais il semble que votre gouvernement ne se mobilise pas suffisamment pour veiller à ce que des enquêtes soient menées sur ces actes et pour empêcher leurs auteurs de commettre d’autres atteintes aux droits fondamentaux.
Tout État a l’obligation de prévenir les actes de violence contre les femmes, d’en punir les responsables et de mettre un terme à cette violence. Les groupes de la guérilla, qui se rendent coupables de violations répétées du droit international humanitaire, doivent également assumer leurs responsabilités dans les actes de violence commis contre des femmes.
Cela fait maintenant plus d’un an que des membres de la 18e Brigade se présentant comme des paramilitaires sont entrés dans le village de Parreros (municipalité de Tame, département d’Arauca), où ils auraient violé et tué Omaira Fernández, une jeune fille de seize ans, enceinte. Dans la localité voisine de Velasqueros, des paramilitaires ont violé trois autres adolescentes. Rien n’indique que les responsables de ces crimes soient sur le point d’être traduits en justice.
Je vous demande de reconnaître que la violence contre les femmes fait partie intégrante de la grave crise des droits humains que connaît la Colombie, et de condamner publiquement ce type d’actes.
Je vous prie également d’user de votre influence pour faire cesser immédiatement les atteintes commises contre des femmes par les forces sous contrôle gouvernemental ; de veiller à ce que des enquêtes soient menées sur toutes les informations faisant état de violences à caractère sexuel perpétrées par des membres des forces de sécurité, des groupes paramilitaires et des combattants de la guérilla ; et de garantir la protection des femmes et le respect de leurs droits en appliquant les recommandations des Nations unies et les normes internationales relatives aux droits humains.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Pour en savoir plus, veuillez consulter le rapport Colombia : “Scarred bodies, hidden crimes” : Sexual violence against women in the armed conflict (index AI : AMR 23/040/2004).
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