Kosovo, KFOR et prostitution...
mercredi 9 juin 2004, par Brian May
« Finalement, j’ai atterri dans un bar au Kosovo, [j’y étais] prisonnière et obligée de me prostituer. Je n’étais jamais payée, je ne pouvais pas sortir toute seule, le propriétaire devenait de plus en plus violent au fur et à mesure que les semaines passaient ; il me battait et me violait, les autres filles aussi. Il a dit que nous lui appartenions. En nous achetant, il avait acquis le droit de nous battre, de nous violer, de nous laisser mourir de faim et de nous contraindre à avoir des rapports sexuels avec des clients. » [1]. C’est le témoignage d’une jeune Moldave de 21 ans parmi des dizaines d’autres. À chaque fois, le même scénario se répète pour ces jeunes, parfois même très jeunes femmes : elles ont souvent en commun une situation économique précaire ou ont déjà été victimes d’abus sexuels et rêvent d’une vie meilleure, vie que leur promettent les trafiquants en leur proposant de venir « travailler » en Europe de l’Ouest. Bien sûr, au lieu d’obtenir un véritable travail, ces femmes et ces jeunes filles se retrouvent prises au piège sans véritable moyen de s’en sortir.
Quand le sauveur se révèle être l’abuseur...
Dans la problématique de la traite des êtres humains, il y a trois acteurs : le réseau de proxénètes, les prostituées et, on l’oublie peut-être, les clients. Le rapport d’Amnesty est clair : si l’on en croit les chiffres [2] contraintes à la prostitution serait passé de 18 en 1999 à plus de 200 en 2003. Dans le même temps, les poursuites pour traite d’êtres humains sont restées très peu nombreuses.]], le Kosovo serait resté une « filiale » discrète et peu développée dans l’industrie balkanique de la prostitution si la communauté internationale n’était pas arrivée sur les lieux. Les acteurs précis qui se cachent derrière ce terme de ‘communauté internationale’, ce sont les membres, et parfois des hauts placés, de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), de la Force internationale de paix au Kosovo (KFOR), dirigée par l’OTAN, et les institutions provisoires pour une auto-administration démocratique du Kosovo (PISG).
Même si, depuis peu, il semble que ce soient de plus en plus les populations locales qui profitent des « services » des jeunes filles, l’installation des forces administratives et militaires de l’OTAN a activement contribué à la mise en place d’un réseau international de prostitution. Mais cela va plus loin : il semble que certains membres de ces administrations provisoires profitent de leur fonction pour exploiter ces jeunes filles. Protégés par l’immunité dont ils jouissent du fait de leur statut, très peu sont poursuivis. Les prostituées, du coup, ont peur de porter plainte.
Pourtant tout n’est pas complètement noir. Plusieurs filles ont pu recevoir l’aide d’ONG locales qui sont appelées à la rescousse par les programmes de protection tant nationaux qu’internationaux. Des foyers sont mis à leur disposition, elles sont nourries, soignées et une aide psychologique peut leur être procurée. Malgré tout, ces foyers ne suffisent pas : en effet, certaines filles y sont en attente d’expulsion vers leur pays d’origine, et la protection qu’elles sont censées y recevoir est mise à mal par des attaques intimidatrices contres ces foyers.
De leur côté, les forces dirigeantes de l’ONU (via son Secrétaire général) et de l’OTAN, reconnaissent les faits et ont demandé que des mesures strictes soient prises, d’une part pour aider les jeunes filles en fuite à bénéficier d’une protection ainsi qu’un accès à une véritable justice, d’autre part à poursuivre et à condamner les membres des forces de paix qui se sont rendus coupables d’actes contraires aux lois internationales en matière de respect des droits humains.
Plus que n’importe quelle autre armée, les forces d’intervention sous commandement international se doivent de montrer l’exemple en matière de respect des droits humains. Cela n’est visiblement pas le cas au Kosovo. La crédibilité de ces forces de paix est en jeu : si des mesures rapides, effectives et efficaces ne sont pas mises en place, l’action de la communauté internationale dans le monde risque de payer les effets dévastateurs de ce genre d’affaires.
La traite des êtres humains, notamment des femmes et des jeunes filles, dans des conditions s’apparentant à de l’esclavage, fait partie des crimes les plus graves définis par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale...
Pour vous procurer ce rapport et les recommandations d’Amnesty en autorités mises en cause, téléchargez la version PDF du document à cette adresse : http://web.amnesty.org/library/inde...
Notes
[1] Témoignage tiré de « Does that mean I have rights » Protecting the human rights of women and girls trafficked for forced prostitution in Kosovo (index AI : EUR 70/010/2004). P10.
[2] Selon certaines informations, le nombre d’établissements abritant des femmes et des jeunes filles [[Toujours selon le rapport d’Amnesty, les filles de moins de dix-huit ans constituent entre 15 et 20 % des femmes travaillant dans des bars.
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