Des enquêteurs sous pression
mercredi 1er janvier 2003, par Cécile Rolin
Le 21 novembre, une première équipe de 17 inspecteurs a commencé à ratisser le terrain en Irak. Ce sont les hommes de l’UNMOVIC (commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies) et de l’AIEA (agence internationale de l’énergie atomique). Ils seront près de cent avant la fin de l’année. Leur mission ? Faire le point sur l’armement du pays en matière d’armes de destruction massive et de leurs vecteurs (missiles balistiques), tel qu’il aurait été reconstitué depuis 1998, lorsque la commission de contrôle de l’UNSCOM a quitté le pays précipitamment.
Leurs moyens ? Illimités. La résolution 1441 du Conseil de sécurité ne laisse aucune place à une quelconque souveraineté du pays, dont le sol, le sous-sol et l’espace aérien sont entièrement à la disposition des enquêteurs. Ceux-ci viennent même d’exiger que l’Irak leur fournisse une liste exhaustive des scientifiques susceptibles de collaborer à un programme d’armement. Ce qu’ils cherchent ? La preuve que l’Irak a reconstitué ou est sur le point de reconstituer son stock d’armes interdites et en rassemble les éléments. C’est ainsi que la mission de l’UNMOVIC inspecte les usines de fabrication de vaccins, qui ne sont certes pas des usines d’armement mais contiennent nécessairement des souches pathogènes.
Leur délai ? Le 8 décembre, et le délai a été respecté. Un document de 12.000 pages devait être remis au Conseil de sécurité de l’ONU. Il devait comporté une liste du programme irakien d’armement et de recherche civile dans des domaines parallèles, c’est-à-dire qui pourraient être détournés vers l’armement. Le 21 février, la mission devra déposer un premier rapport devant le Conseil de sécurité. Mission impossible ? Difficile en tout cas dans la conjoncture actuelle, où tout ou presque tout peut être considéré comme preuve, surtout en matière chimique et biologique.
En ce qui concerne l’armement nucléaire, domaine dans lequel l’Irak était, jusqu’à la guerre du Golfe, le pays le plus avancé de la région (après Israël), on se rappellera que la mission de 1998 avait affirmé que tout avait été détruit. Les Irakiens ont-ils pu redémarrer leur programme de recherche ? C’est peu probable, vu que le pays a été durant toutes ces années constamment surveillé par des satellites et qu’une installation nucléaire ne passe pas inaperçue. Il reste la possibilité qu’ils aient pu se procurer de la matière fissile auprès d’un fournisseur ?
En ce qui concerne le chimique et le biologique, les armes existant en 1998 qui auraient échappé à la destruction sont, d’après le Groupe de recherche et d’information sur la paix (GRIP), dégradées et presque sûrement hors d’usage. L’Irak en a-t-il fabriqué de nouvelles ? Il faut distinguer dans ce cas, les substances et les vecteurs. Les premières peuvent être produites relativement facilement et de façon discrète dans des laboratoires clandestins ou à vocation civile. Ce sont des armes idéales pour des terroristes [1], mais si on veut les utiliser dans une guerre, il faut posséder des missiles à longue portée. Or, toujours d’après le GRIP, l’UNSCOM affirme avoir détruit ou constaté la destruction de 817 sur 819 Scuds. L’Irak s’en est-il procuré d’autres ? Cela semble peu probable.
Fin décembre 2002, la mission se poursuivait, dans un climat de préparation de guerre, le pouvoir américain inondant le monde de discours alarmistes et belliqueux dans lesquels l’Irak était accusé simultanément d’être un nid du terrorisme (ce qui semble faux), une dictature (ce qui est vrai) et de posséder des armes de destruction massive (ce que, seule, l’enquête déterminera).
Nous remercions Caroline Pailhe et Valérie Peclow du GRIP (Groupe de Recherche et d’information sur la Paix et la Sécurité) pour leur précieuse collaboration
Notes
[1] On se rappelle les enveloppes contenant des bacilles d’anthrax distribuées aux Etats- Unis. Après le 11 septembre. Le bilan relativement faible de 5 morts et 18 malades est sans comparaison avec la vague de panique qui a suivi.
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