Inde. Avant d’autoriser l’ouverture de la mine de bauxite et l’extension de la raffinerie, il faut régler les problèmes de droits humains
mardi 9 février 2010, par Françoise Guillitte
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
ÉFAI - 9 février 2010
(Delhi) Les autorités indiennes ont donné aux populations locales de l’État d’Orissa des informations très insuffisantes ou trompeuses sur les répercussions que pourraient avoir les projets d’extension d’une raffinerie d’alumine et d’ouverture d’une mine de bauxite envisagés par des filiales de la compagnie Vedanta Resources, basée au Royaume-Uni, a déclaré Amnesty International dans un nouveau rapport qui paraît ce mardi 9 février 2010.
Intitulé Don’t Mine Us out of Existence : Bauxite Mine and Refinery Devastate Lives in India, ce rapport dénonce la pollution de l’air et de l’eau provoquée par une raffinerie d’alumine dans l’État d’Orissa. Exploitée par une filiale de la société Vedanta Resources, entreprise du FTSE 100 basée au Royaume-Uni, cette raffinerie menace la santé de la population locale et son accès à l’eau.
« Les gens vivent aux pieds d’une énorme raffinerie ; ils respirent l’air pollué et ont peur de boire l’eau de la rivière, qui est l’une des principales sources d’eau de la région, ainsi que de s’y baigner, a déclaré Ramesh Gopalakrishnan, chargé de recherches sur l’Asie du Sud à Amnesty International. Il est choquant de voir que ce sont les personnes les plus directement concernées par le projet qui sont les moins informées. »
Des adivasis (aborigènes), des dalits (opprimés), des femmes et d’autres groupes marginalisés vivant dans la région reculée de l’État d’Orissa où se trouve la raffinerie ont raconté à Amnesty International comment les autorités leur avaient annoncé que l’arrivée de l’usine transformerait la région en un nouveau Mumbai (Bombay) ou un nouveau Dubaï.
Le Bureau de contrôle de la pollution de l’État d’Orissa a mis en évidence une pollution de l’air et de l’eau due aux activités de la raffinerie d’alumine à Lanjigarh, dans l’État d’Orissa. Amnesty International a constaté que cette pollution menaçait la santé de la population locale et son accès à une eau non polluée. Cependant, aucun suivi sanitaire n’a été mis en place.
« Nous avions l’habitude de nous baigner dans la rivière, mais maintenant j’ai peur d’y emmener mes enfants. Mes deux fils ont des plaques rouges et des cloques sur la peau », a déclaré une habitante à Amnesty International. L’organisation a recueilli de nombreux témoignages similaires de personnes vivant aux alentours de la raffinerie.
Malgré ces préoccupations et le fait que la raffinerie soit située dans un endroit sensible sur le plan environnemental – à proximité d’une rivière et de plusieurs villages – le gouvernement étudie actuellement une proposition d’extension qui multiplierait par six la capacité de raffinage de l’usine. Ni les autorités indiennes, ni Vedanta n’ont informé la population locale de l’ampleur de la pollution que cette extension risquerait d’entraîner ni de ses effets possibles.
Par ailleurs, l’entreprise Orissa Mining Corporation et une autre filiale de Vedanta Resources prévoient d’extraire de la bauxite des collines voisines de Niyamgiri. Or, cette nouvelle mine menacerait l’existence même des Dongrias Kondhs, communauté aborigène protégée forte de 8 000 membres qui vit dans les collines de Niyamgiri depuis plusieurs siècles. Pour les Dongrias Kondhs, ces collines sont sacrées ; elles sont indispensables à leur survie économique, physique et culturelle. Cependant, aucune procédure n’a été mise en place pour obtenir le consentement éclairé de cette population.
Un homme dongria kondh a expliqué à Amnesty International : « Nous avons vu ce qui arrive aux autres adivasis quand ils sont contraints de quitter leurs terres traditionnelles : ils perdent tout. »
« Les habitants de l’État d’Orissa sont parmi les plus pauvres de l’Inde, et leur santé est menacée par la pollution de la raffinerie. Vedanta Resources et les entreprises qui lui sont associées, ainsi que le gouvernement de l’État d’Orissa, refusent d’entendre leur voix. Les habitants de la région n’ont pas été consultés comme il se doit à propos des changements sur le terrain, alors que ce sont leurs vies et leur avenir qui sont en jeu », a souligné Ramesh Gopalakrishnan.
Amnesty International appelle le gouvernement indien et Vedanta Resources à faire en sorte que les projets d’extension de la raffinerie et d’ouverture d’une mine de bauxite ne soient pas réalisés tant que les problèmes existants n’auront pas été résolus. Elle demande également que soit menée une consultation exhaustive de la population locale, et exhorte les autorités indiennes à mettre en place une procédure pour obtenir le consentement préalable, libre et éclairé des Dongrias Kondhs.
Note aux rédacteurs
La raffinerie d’alumine de Lanjigarh est exploitée par Vedanta Aluminium Ltd, société détenue à 70,5 % par Vedanta Resources et à 29,5 % par Sterlite India Ltd. Cette dernière est elle-même détenue à 59,9 % par Vedanta Resources, qui contrôle sa direction. La nouvelle mine de bauxite serait exploitée par la South-West Orissa Bauxite Mining Corporation, filiale commune de Sterlite India (74 %) et de l’entreprise d’État Orissa Mining Corporation (26 %).
Les Dongrias Kondhs sont des adivasis (aborigènes) que le Comité central (CEC) désigné par la Cour suprême indienne a décrits comme étant « menacés de disparition ».
Aux termes du droit international, le gouvernement indien a l’obligation de respecter, de protéger et de mettre en œuvre les droits humains, tels que les droits à l’eau et à la santé, ainsi que de protéger les droits des populations autochtones sur les terres et territoires qu’ils occupent traditionnellement. Pour assurer cette protection, l’État doit notamment veiller à ce que les autres acteurs (comme les entreprises) ne menacent pas et ne violent pas les droits humains. Cependant, le fait que le gouvernement ne s’acquitte pas de son obligation de protéger ces droits n’exonère pas pour autant les entreprises de toute responsabilité en ce qui concerne leurs activités et leurs répercussions sur les droits humains. Elles doivent elles aussi – au minimum – respecter tous les droits fondamentaux.
Ce rapport s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale d’Amnesty International Exigeons la dignité, qui vise à mettre fin aux atteintes aux droits humains qui font sombrer les gens dans la pauvreté et les y maintiennent. Cette campagne encourage les gens dans le monde entier à exiger que les gouvernements, les grandes entreprises et les autres détenteurs du pouvoir écoutent la voix de ceux qui vivent dans la pauvreté, et reconnaissent et protègent leurs droits.
Pour en savoir plus, consultez le site www.demanddignity.org.
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