Sri Lanka. Le gouvernement doit mettre fin à la répression exercée contre la dissidence à la suite de l’élection présidentielle
lundi 1er février 2010, par Françoise Guillitte
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
ÉFAI-1er février 2010
Amnesty International a appelé lundi 1er février 2010 le gouvernement sri-lankais à mettre fin à la répression exercée contre les journalistes, les militants politiques et les défenseurs des droits humains à la suite de l’élection présidentielle qui s’est tenue la semaine dernière.
Depuis cette élection, des journalistes et des militants de l’opposition ont été arrêtés, les rédacteurs en chef de plusieurs publications de premier plan ont reçu des menaces de mort, et des syndicalistes et des sympathisants de l’opposition ont été harcelés.
Le Centre de surveillance de la violence électorale a fait état de plus de 85 cas de violences postélectorales, dont deux cas de meurtres et plusieurs cas d’agressions. Il n’a cependant pas communiqué de précisions au sujet de ces violences.
Ceux qui critiquent le gouvernement sont soumis à une pression croissante depuis la réélection, le 26 janvier, du président Mahinda Rajapaksa, qui l’a emporté sur son ancien chef d’état-major des armées, le général à la retraite Sarath Fonseka.
« La victoire remportée sur les Tigres tamouls puis cette réélection historique auraient dû mettre fin à la répression politique au Sri Lanka, mais l’on a au contraire observé une grave répression de la liberté d’expression », a déclaré Madhu Malhotra, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.
Des journalistes sri-lankais ont remis à Amnesty International la liste de 56 de leurs collègues soumis à de graves menaces ; certains d’entre eux travaillent pour la Sri Lanka Broadcasting Corporation, un organisme public, et d’autres pour l’Independent Television Network, Lak Hada ou le Lake House Group.
« À cause des menaces, des agressions physiques et des arrestations les militants des droits humains sri-lankais redoutent les conséquences qu’entraîne le fait d’exprimer ses opinions politiques », a ajouté Madhu Malhotra.
Le 29 janvier, les forces de sécurité ont arrêté 13 anciens gradés de l’armée qui avaient apporté leur soutien au candidat malheureux à l’élection présidentielle, l’ex-général Sarath Fonseka, lors d’un raid contre son bureau de campagne. Selon l’avocat Shiral Lakthilaka, membre de l’opposition, ils sont détenus au secret.
Le gouvernement a accusé Sarath Fonseka et ses sympathisants d’avoir fomenté un coup d’État.
Le 29 janvier également, des agents de la police judiciaire (CID) ont fait une descente dans les bureaux du journal Lanka Irida et arrêté son rédacteur en chef, Chandana Sirimalwatte, qui se trouve toujours en détention.
Ce journal avait ouvertement fait campagne pour Sarath Fonseka, principal candidat de l’opposition, durant la période électorale. Une autre descente a été effectuée dans ses locaux le lendemain.
Les bureaux du site Internet très consulté Lanka E News ont été mis sous scellé, et Amnesty International a reçu des informations signalant que des hommes armés non identifiés ont fait au moins deux incursions dans ses locaux au cours de la semaine dernière.
Le journaliste et analyste politique sri-lankais Prageeth Eknaligoda, qui écrit des articles pour ce site, a disparu deux jours avant le scrutin alors qu’il rentrait chez lui après le travail, et il n’a toujours pas reparu.
Lorsque sa femme est allée signaler sa disparition à la police, elle a été détenue pendant plusieurs heures. Prageeth Eknaligoda avait activement rendu compte des événements politiques durant la période préélectorale, et il s’était récemment exprimé en faveur de Sarath Fonseka.
« Le gouvernement du président Rajapaksa doit montrer qu’il va maintenant tenter de faire face aux violations des droits humains qui ont marqué l’histoire du Sri Lanka, au lieu de profiter de la période postélectorale pour lancer une nouvelle vague de répression », a souligné Madhu Malhotra.
Les attaques violentes commises par des agresseurs non identifiés contre des journalistes n’ont, dans de nombreux cas, pas donné lieu à des enquêtes dignes de ce nom et à des poursuites. Amnesty International appelle les autorités sri-lankaises à inverser cette tendance et à montrer qu’elles sont déterminées à respecter les normes relatives aux droits humains en veillant à ce que des enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales soient rapidement menées sur ces récentes attaques.
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