Accueil du site > Communiqués et publications d’Amnesty International > Libertés ! (Archives) > Les anciens numéros > 460 Numéro de janvier 2010 > 4.Mouvement

Soutenir

JPEG - 21.1 ko

Procurez-vous
nos derniers agendas
de poche !
5 EUR
Description :
Agenda de poche portefeuille.
Couverture en cuir rouge
ou bleu. Format : 15,3cm x 8,7cm
128 pages -
une semaine sur deux
pages - n° des semaines -
présentation verticale
- coins prédécoupés.
Impression du logo
Amnesty International sur la couverture
Cliquez ICI


Marquer Enregistrer au format PDF Version imprimable de cet article Version imprimable envoyer l'article par mail title= envoyer par mail 0 réactions
Iran – « Le régime iranien a besoin d’un ennemi extérieur »

lundi 18 janvier 2010

Shadi Sadr est une journaliste et avocate iranienne spécialisée dans la défense des droits humains et en particulier des droits des femmes en République islamique d’Iran. Elle s’est notamment illustrée en militant pour l’abolition de la lapidation en Iran. Emprisonnée en juillet 2009 dans la prison d’Evin dans le contexte des manifestations contestant la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la république, Shadi Sadr a été libérée onze jours plus tard à la suite de nombreuses pressions internationales, dont une Action Urgente d’Amnesty International. Elle a reçu plusieurs prix internationaux au cours de l’année 2009. Nous l’avons rencontrée à Bruxelles en décembre dernier.
JPEG - 225.3 ko
Shadi Sadr reçoit la Mensenrechtentulp (« Tulipe des Droits humains ») des mains du ministre néerlandais des Affaires étrangères Maxime Verhagen. La Haye, 9 novembre 2009. © AP Photo/Peter Dejong

Pensez-vous que la mobilisation qui s’organise à l’extérieur de l’Iran pour soutenir les défenseurs iraniens soit réellement en mesure de peser sur le sort de ces prisonniers d’opinion ?
Je pense que c’est très important et que cela peut effectivement avoir une certaine influence sur leur sort. J’ai pu le constater moi-même dans mon métier d’avocate où cela n’est jamais resté sans effets. Cela s’est également vérifié après mon arrestation en juillet dernier. Je n’aurais jamais pu être libérée aussi rapidement si une mobilisation aussi importante n’avait pas été organisée autour de mon cas. Pour être efficaces, ces campagnes de sensibilisation doivent absolument atteindre un niveau très important afin que le gouvernement comprenne que les inconvénients de ce genre d’incarcération sont supérieurs à ses avantages et qu’il devient dès lors plus intéressant de libérer cette personne. Il s’agit là d’un point fondamental. Bien entendu, les autorités enjoignent systématiquement les parents, et même les avocats des prisonniers politiques, de « rester discrets et ne pas faire de bruit » autour du cas de leurs proches dans la mesure où toute campagne internationale pourrait « s’avérer contre-productive ». Il s’agit là d’un discours récurrent émanant des tribunaux révolutionnaires et des services de renseignements adressé tant aux proches des prisonniers politiques qu’à ces derniers directement. L’expérience montre qu’il ne faut pas écouter ce type de « conseil » parce que le prisonnier se trouve de toute façon sous pression et n’est donc pas en mesure de raisonner sereinement.
Nous, qui travaillons sur ces cas d’atteinte flagrante aux droits humains, savons combien la médiatisation et les pressions internationales sont importantes pour que ces personnes puissent être libérées ou que leurs conditions d’emprisonnement soient moins pénibles et plus généralement pour que les droits humains soient davantage respectés. Vous me direz que dans un contexte où l’une des accusations systématiquement adressées aux défenseurs des droits humains en Iran est qu’ils sont « liés à étranger », les pressions internationales qui s’exercent pour qu’ils soient libérés risquent dès lors de fournir un bon prétexte au régime pour justifier et accentuer la répression. Sauf que dans mon métier d’avocate, j’ai vu passer de nombreux cas où des prisonniers politiques qui n’avaient bénéficié d’absolument aucun soutien international étaient de toute façon accusés par les autorités de la République islamique d’être « soutenus par l’étranger ». Pour la République islamique, toute personne active dans le domaine des droits humains, qu’elle soit connue ou pas en dehors de l’Iran, ne peut être que liée à des « agents de l’extérieur ». Ils n’ont donc même pas besoin de prétexte dans la mesure où cette théorie est durablement inscrite dans leur esprit.

On a assisté récemment à des changements au sein de la Justice iranienne avec la nomination à la tête du pouvoir judiciaire d’un nouveau chef en la personne de Sadegh Laridjani – frère du président du Parlement Ali Laridjani – ainsi que celle d’un nouveau Procureur général de Téhéran en lieu et place du très dur et controversé Said Mortazavi. Pensez-vous que ces nouvelles nominations pourraient un tant soit peu élever le niveau de liberté en Iran et bénéficier à des militants de droits humains comme vous ?
On pourrait en effet éventuellement imaginer qu’avec le départ de Said Mortazavi [1], la situation puisse s’améliorer, mais je ne pense pas que le changement puisse ne tenir qu’à quelques nominations. Des individus un peu plus modérés peuvent se montrer effectivement enclins à une certaine clémence. Mais le problème, c’est que le chef du pouvoir judiciaire en Iran n’est pas indépendant. Nous n’avons d’ailleurs pas de juges indépendants en Iran. Tous les juges des tribunaux révolutionnaires qui doivent se prononcer sur des cas politiques reçoivent tous directement leurs ordres du ministère du Renseignement, lequel est luimême désormais entièrement sous la coupe des Gardiens de la Révolution [Pasdarans, armée idéologique du régime qui s’est substituée à l’armée régulière]. Dans ces conditions, aucun changement notable n’est envisageable. La libération d’un prisonnier politique peut certes faire croire qu’une évolution se dessine, sauf que cette personne n’a finalement pu être libérée que contre le paiement d’une caution extrêmement lourde [2] et qu’elle est tout de même condamnée à une longue peine de prison [3].

Comment les autorités iraniennes peuvent-elles penser que les aveux forcés des personnes condamnées récemment dans des procès à huis clos rappelant ceux de Moscou puissent paraître crédibles aux yeux de l’opinion iranienne et de la communauté internationale ?

Certes, à l’extérieur de l’Iran, peu de gens croient à ce type d’aveux. Cependant, en Iran, beaucoup y croient, en particulier dans les couches les moins éduquées de la population ou dans celles qui vivent dans les petites villes de province. Ceux-là croient encore au régime. C’est une des raisons pour lesquelles la pratique des « aveux » peut continuer à fonctionner. Mais, plus fondamentalement, si le système des « aveux » peut perdurer, c’est parce que les personnes qui les extorquent en ont besoin.

Tout le système de la République islamique repose sur la théorie du complot grâce à laquelle elle croit pouvoir se régénérer. Si la République islamique ne dispose pas dans son arsenal idéologique d’un « ennemi extérieur », alors l’identité de ce régime risque d’être remise en question. Il ne faut pas oublier que ce régime s’est construit et s’est stabilisé au cours d’une guerre terrible [la guerre Iran-Irak de 1980-1988] et qu’à cette époque, l’ennemi extérieur, incarné par Saddam Hussein et ses alliés occidentaux, était bien réel. Cependant, après la guerre, cette réalité n’a plus vraiment été de mise, sauf qu’il était vital pour le régime que la perspective de la menace d’un « ennemi extérieur » reste présente dans les esprits, comme c’est souvent le cas avec les régimes totalitaires.

Dans un tel contexte, il est donc très important pour le régime de pouvoir accuser ceux qui veulent le changement d’être des « agents de l’étranger » et de prouver ainsi que les revendications en faveur du changement n’émanent pas de l’intérieur de la société iranienne. « Tout cela vient d’individus formés à l’extérieur de l’Iran. D’ailleurs l’opinion intérieure est avec nous », entend-on ainsi dire. J’ai moi-même été confrontée à ce type d’accusations. Lors des interrogatoires, on me disait : « vous qui défendez les droits des femmes, vous êtes en réalité des agents l’Amérique et vous travaillez à la réalisation du projet américain de Grand Moyen-Orient » [4]. Lorsque j’expliquais que, « non, je mène ce combat parce que j’ai constaté moi-même qu’il y avait un problème au quotidien pour les femmes en Iran », ils me répondaient que, sans m’en rendre compte j’étais en train de travailler pour les Américains. Dans ces conditions, si je prenais conscience de cela mais que, malgré tout, je poursuivais mes activités, alors je devenais une espionne au service d’une puissance étrangère. Il s’agit là pour eux d’une théorie inébranlable vis-à-vis de laquelle aucun compromis, aussi minime fût-il, n’est possible.

Concernant la peine de mort, il semble que la République islamique ait recours, depuis bien avant les élections de juin dernier, à des exécutions visant particulièrement les crimes de droit commun en jouant sur la sensibilité de la population concernant des criminels ou des pédophiles dans une démarche qui vise à faire mieux accepter la peine de mort en Iran ...

Tout à fait. D’ailleurs, il y a deux ans, une campagne dont le but était de « nettoyer les rues des voyous et de la racaille » avait été menée de façon extrêmement brutale et s’était soldée par l’exécution d’un grand nombre d’entre eux. « Ce sont eux qui violent vos enfants », avait alors affirmé le régime pour justifier cette répression très dure. Or, bon nombre de personnes arrêtées lors de cette campagne, certes pas toutes, étaient des meneurs de l’insurrection spontanée qui avait éclaté lorsque le prix de l’essence avait connu une forte augmentation et que la population avait incendié des stations-service. Bien entendu, ils n’ont pas été accusés ouvertement de cela. Ils ont alors été jugés et exécutés très rapidement, en moins d’un mois.

Dans ces conditions, la population n’a manifesté aucune empathie à l’égard de ces personnes présentées uniquement comme de dangereux criminels. Idem pour ces Kurdes qui ont été récemment exécutés après avoir été présentés comme des « terroristes poseurs de bombes » ou des activistes politiques présentés à tort comme « membres de l’organisation des Moudjahiddines du peuple » et donc qualifiés de « terroristes ». Le régime joue ainsi habilement sur la corde sensible de la population et sait pertinemment que les qualificatifs de « voyou », de « violeur » ou de « terroriste » suffisent à susciter de l’indifférence.

Propos recueillis par Pierre Vanrie

Notes

[1] Said Mortazavi, désormais adjoint du Procureur général et également en charge de la lutte contre la contrebande, s’est rendu célèbre pour sa sévérité à l’égard de la presse et pour son implication dans la mort en détention en 2003 de la journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi.

[2] La journaliste Fariba Pajooh arrêtée le 22 août 2009 n’a pu être libérée fin décembre que grâce au paiement d’une caution d’environ 50 000 dollars.

[3] La journaliste Hangameh Shahidi, libérée sous caution en attendant que son cas soit conclu en appel, a été condamnée à six ans de prison.

[4] Le « Grand Moyen-Orient » était un concept néo-conservateur forgé par l’administration Bush visant à remodeler le Moyen-Orient et à y insuffler une culture politique censée pacifier les relations entre cette vaste région et les États-Unis.




Efficace et rapide, les actions par sms vous donnent la possibilité de signer nos pétitions avec votre gsm
S'il vous est possible d'agir au coup par coup via la publication de l'action sms sur Isavelives.be, le service constitue avant tout un réseau de participants mobilisables chaque semaine.
Pour rejoindre le réseau, envoyer simplement le message "AU" au numéro "3313". Vous serez automatiquement abonné et recevrez tous les mercredis à 14h00 une action pétition par sms. Il vous suffit alors d'envoyer votre nom, prénom et vos coordonnées en réponse au numéro "3313" pour signer la pétition.
Coût :
Activation et abonnement : gratuit
Le message que nous vous envoyons : gratuit
La message que vous nous répondez : 2,00 €
Ce coût permet de financer le service et de soutenir Amnesty pour l'ensemble de ses activités. Vous pouvez nous envoyer autant de réponses que vous le souhaitez. Une réponse avec vos coordonnées sera reprise pour la pétition, les autres seront considérées comme don. Vous avez la possibilité de vous désabonner facilement et à tout moment. Envoyer simplement le message "STOP" au numéro "3313". Votre désabonnement sera effectif sans délai. L'ensemble des signatures récoltées sont imprimées et envoyées vers les autorités.

NOS LISTES D'ACTIONS PAR EMAIL.

Informez-vous et agissez depuis chez vous en vous abonnant à nos listes d'actions et d'informations.

Cliquez ici

En vous inscrivant à une ou à toutes nos lettres d'informations et d'actions, vous serez en permanence informé(e) sur nos actions et leurs résultats. Nous nous engageons à respecter les lois en vigueur en mati re de respect de la vie privée. Vous pourrez à tout moment vous désabonner d'une lettre d'information en suivant le lien prévu à cet effet dans la lettre.

Pour vous abonner à nos lettres d'informations et d'actions, complétez le formulaire ci-dessous (les champs marqués d'une * sont requis), choisissez ensuite les listes répondant à vos attentes.

E-mail : *
Nom : *
Prénom : *
Rue :
Num de rue :
Num de boite :
Code postal :
Localité :
Pays :
Num de Tel. :
Num de GSM :
Profession :
Num de membre ou de donateur :
Je désire devenir membre, contactez-moi (veuillez indiquer un numéro de téléphone) :
 oui /  non Je désire devenir donateur, contactez-moi (veuillez indiquer un numéro de téléphone) :
 oui /  non - Si vous ne résidez pas en Belgique, vous trouverez comment devenir membre ou donateur d'Amnesty International dans votre pays en cliquant ici.

Sélectionnez les listes auxquelles vous voulez vous abonner :


 
   Agir pour les Droits Humains en Turquie
Cette lettre vous donne des informations sur les violations des droits humains en Turquie. Elle vous proposera des actions s'y rapportant.
 
   Agir pour les Droits Humains au Brésil, en Argentine, en Uruguay et au Paraguay
Cette lettre vous donne des informations sur les violations des droits humains au Brésil, en Argentine, en Uruguay et au Paraguay (Paburan). Elle vous proposera des actions s'y rapportant.
 
   Agir pour les Droits Humains aux USA
Cette lettre vous donne des informations sur les violations des droits humains aux Etats-Unis et/ou commises par les Etats-Unis. Elle vous proposera des actions s'y rapportant.
 
   La Lettre aux Jeunes
Cette lettre vous informe sur les actions d'Amnesty, sur les projets pour les jeunes, sur les idées pour faire bouger votre école, votre maison de jeunes ou mouvement de jeunesse avec Amnesty ...
 
   La Lettre Femmes d'Amnesty
Chaque mois, nous vous envoyons une lettre d'informations comprenant à la fois des infos utiles, mais aussi des actions concr tes liées à des violations des droits des femmes.
 
   La Lettre d'Actions et d'Informations : Isavelives.be
Recevez de mani re régulière des informations et des actions liées à l'actualité des droits humains y compris les lettres du mois publiées dans Libertés!.
 
   La lettre d'Informations et d'Actions pour les droits des personnes LGBT.
Si vous êtes sensible à la défense des droits fondamentaux des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles ou transgenres (LGBT), la coordination LGBT a besoin de vous !
 
   La Lettre d'Actions et d'Informations pour les droits des Enfants
Cette lettre vous informe sur les actions d'Amnesty et vous invite à prendre part à toutes celles qui vous tiennent à coeur. Si vous tes sensibles à la défense des droits fondamentaux des enfants, la coordination enfants a besoin de vous !
 
   La Lettre Réfugiés
Cette lettre vous propose non seulement des demandes d'action mais aussi les dernières informations nationales, européennes et internationales en mati re de réfugiés.
 
   Control Arms
La lettre d'informations de la campagne pour un meilleur contrôle des armes traite aussi bien des aspects internationaux que des aspects belges de cette problématique.
 
   La Lettre de la Boutique
Recevez régulièrement des annonces concernant les nouveaux produits soutenant l'action d'Amnesty International.
 


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette

Visiteurs connectés : 37