Deux anciens détenus de Guantánamo doivent être traités avec justice en Italie
mercredi 9 décembre 2009, par Françoise Guillitte
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
ÉFAI - 9 décembre 2009
Amnesty International demande instamment au gouvernement italien de veiller à ce que deux anciens détenus récemment libérés de Guantánamo soient jugés équitablement en Italie et ne soient pas renvoyés en Tunisie, où ils risquent d’être torturés.
Les ressortissants tunisiens Adel Ben Mabrouk et Riadh Nasseri sont soupçonnés d’avoir commis en Italie des crimes liés au terrorisme avant d’être incarcérés au centre de détention des États-Unis à Guantánamo.
Ils ont été placés en détention à leur arrivée en Italie en novembre 2009 après avoir passé sept ans à Guantánamo sans inculpation ni jugement.
« Adel Ben Mabrouk et Riadh Nasseri ont été soumis à des années de détention illégale dans des conditions s’apparentant à des mauvais traitements, a déclaré Julia Hall, chargée à Amnesty International des questions relatives au contreterrorisme en Europe. Ces hommes ont besoin de toute urgence de soins médicaux et psychologiques adaptés. »
Le gouvernement italien doit prendre immédiatement des mesures pour qu’ils ne soient pas soumis à de nouvelles violations de leurs droits fondamentaux. »
Amnesty International appelle les autorités italiennes à veiller à ce que la détention d’Adel Ben Mabrouk et Riadh Nasseri se déroule en toute légalité.
Les autorités doivent examiner les éléments à charge contre ces deux hommes pour s’assurer que des témoignages obtenus sous la torture ne sont pas utilisés contre eux par la justice ; il ne faut pas non plus que des éléments soient écartés pour raison de sécurité nationale, et ces hommes doivent bénéficier de réparations s’il s’avère que l’Italie a joué un rôle dans leur maintien en détention ou dans d’autres mauvais traitements qui leur ont été infligés à Guantánamo.
« Si les autorités italiennes ont été impliquées dans des échanges de renseignements avec les États-Unis ou dans d’autres activités ayant contribué à la détention illégale de ces deux hommes ou à d’autres violations de leurs droits à Guantánamo, elles doivent être tenues de rendre des comptes, a ajouté Julia Hall.
Amnesty International demande par ailleurs aux autorités italiennes de garantir qu’Adel Ben Mabrouk et Riadh Nasseri ne seront pas expulsés ni envoyés en Tunisie ou dans tout autre pays où ils risqueraient d’être torturés ou soumis à d’autres formes de mauvais traitements.
Au cours des dernières années, le gouvernement italien a voulu renvoyer, et a renvoyé, en Tunisie plusieurs ressortissants tunisiens en violation, dans certains cas, de décisions de la Cour européenne des droits humains.
La Cour a statué qu’en renvoyant certaines personnes en Tunisie l’Italie avait violé l’interdiction absolue d’envoyer une personne dans un pays où elle risque d’être torturée. Amnesty International a appris par la suite que certains de ceux qui avaient été renvoyés en Tunisie avaient déclaré avoir été torturés ou soumis à d’autres formes de mauvais traitements.
« Il est extrêmement préoccupant que le gouvernement italien n’ait pas tenu compte du fait que la Cour européenne des droits de l’homme avait demandé que les renvois en Tunisie soient suspendus pendant qu’elle examinait le cas des personnes concernées, a déclaré Julia Hall. Cela montre que le gouvernement est prêt à s’affranchir de l’état de droit lorsque cela l’arrange. »
« Les autorités doivent maintenant donner la garantie qu’elles respecteront l’interdiction absolue de la torture et ne renverront pas Adel Ben Mabrouk et Riadh Nasseri en Tunisie, où ils risquent d’être victimes d’une telle atteinte à leurs droits fondamentaux. »
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