Mozambique. Les homicides commis par des policiers échappent à la justice
lundi 16 novembre 2009, par Françoise Guillitte
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
ÉFAI- Lundi 16 novembre 2009
Amnesty International a exhorté lundi 16 novembre les autorités du Mozambique à ouvrir des enquêtes sur les homicides illégaux commis par la police et à déférer à la justice les policiers soupçonnés d’en être les auteurs, pour mettre fin à la situation actuelle où les proches des victimes ne parviennent pas à obtenir justice.
Dans le nouveau rapport qu’elle rend public ce jour sous le titre ‘ I can’t believe in justice anymore’ : Obstacles to justice for unlawful killings by police in Mozambique, l’organisation appelle le gouvernement à faire savoir clairement à tous les membres de la police que le recours excessif à la force et les homicides illégaux ne seront pas tolérés.
Depuis janvier 2006, au moins 46 personnes ont été illégalement tuées par la police au Mozambique.
Amnesty International a également appelé les autorités à faire le nécessaire pour que les familles des victimes bénéficient de réparations adaptées pour la perte de leur proche.
« Les proches des victimes sont confrontés à des obstacles quasiment insurmontables et seuls les plus persévérants et aisés réussissent à obtenir un tant soit peu de justice, a déclaré Erwin van der Borght, directeur du programme Afrique d’Amnesty International. La grande majorité des autres personnes ayant perdu un être cher dans de telles circonstances ne bénéficient d’aucune mesure de justice.
« Pire encore, il semble que le gouvernement ait autorisé, voire encouragé, le placement de certains obstacles sur le chemin des proches de victimes cherchant à obtenir justice. »
En dépit des demandes répétées d’Amnesty International, formulées y compris lors de visites dans le pays, les autorités n’ont fourni que très peu d’informations à l’organisation sur les enquêtes éventuellement menées sur les homicides imputables à la police au Mozambique. Dans certains cas, il a été répondu à Amnesty International qu’il n’y avait pas eu d’enquête parce qu’on avait estimé que l’homicide était légal.
Les normes internationales disposent qu’une enquête doit être menée sur tous les cas de décès ou de blessures graves provoqués par le recours de la police à la force ou aux armes à feu.
Chimène Costa, compagne du danseur et chorégraphe Augusto Cuvilas tué par un tir de la police en décembre 2007, a déclaré à Amnesty International : « Je ne peux plus avoir confiance en la justice. Je ne suis pas informée. Nous ne sommes pas respectés. Ils veulent juste que nous oubliions. Si vous n’avez pas d’argent pour payer, il ne se passe rien ... »
Avocats, journalistes et militants des droits humains au Mozambique ont tous dit à Amnesty International que la volonté de la police de « se protéger » était l’un des principaux obstacles empêchant de faire comparaître des policiers en justice.
« La réticence évidente de la police à mener de réelles enquêtes sur les homicides commis par des policiers, le fait que les supérieurs se refusent à remettre à la justice les policiers soupçonnés d’être les auteurs de graves violations des droits humains, et la tendance des policiers à se protéger entre eux, sont tous des éléments qui contribuent à ce que la justice ne puisse être rendue dans ces affaires », a déclaré Erwin van der Borght.
Dans son rapport, l’organisation appelle le gouvernement à faire en sorte que des enquêtes exhaustives et impartiales soient menées dans les meilleurs délais sur tous les cas où la force policière a provoqué de graves blessures ou des décès, et que les policiers soupçonnés d’être responsables de ces agissements soient déférés à la justice. Les familles des personnes tuées doivent également bénéficier de réparations adéquates.
Dans son rapport l’organisation recommande aussi aux autorités de faire en sorte que :
la police dispose d’autres moyens de faire face aux situations potentiellement violentes, et qu’elle utilise une force proportionnelle à la gravité de la situation ;
les policiers soient formés aux techniques qui permettent de réduire les tensions et de limiter le recours à la force aux seuls cas où elle est strictement nécessaire ;
une autopsie soit immédiatement menée dans tous les cas de décès résultant du recours à la force ou aux armes à feu par la police ;
les plaignants, témoins, avocats, juges et autres personnes concernées par l’enquête bénéficient d’une protection contre les manœuvres d’intimidation et les représailles.
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