L’Indonésie accueille un suspect timorais accusé de crimes
mardi 3 novembre 2009, par Françoise Guillitte
DÉCLARATION PUBLIQUE
ÉFAI- 3 novembre 2009
Selon certaines informations diffusées le 3 novembre, Maternus Bere, chef de milice accusé de crimes contre l’humanité, a été remis par le Timor-Leste à l’Indonésie la semaine dernière. Son transfert prive les victimes de justice, car il s’est déroulé avant même que son cas ne soit instruit par une instance judiciaire indépendante dans le cadre d’une procédure équitable.
Martenus Bere, auquel le Groupe des infractions graves des Nations unies a attribué en 2003 la responsabilité de l’extermination de civils dans la ville de Suai, ainsi que d’autres crimes contre l’humanité en 1999 (torture, disparitions forcées, déportations et persécutions, notamment) a été libéré de la prison de Becora le 30 août, alors que les commémorations du dixième anniversaire du vote pour l’indépendance battaient leur plein. Il a été remis à l’ambassade indonésienne à Dili, à la suite d’une demande formulée par l’Indonésie auprès du gouvernement du Timor-Leste.
Ce transfert vers l’Indonésie d’un homme qui fuit la justice contribue à perpétuer l’impunité pour les crimes contre l’humanité et les autres infractions graves commis durant l’occupation indonésienne du Timor-Leste. Les gouvernements indonésien et timorais semblent peu disposés à respecter l’état de droit et à faire le nécessaire pour que les auteurs présumés de crimes contre l’humanité soient traduits en justice, ce qui est clairement contraire aux normes et au droit internationaux relatifs aux droits humains.
Dans ce contexte, Amnesty International demande une nouvelle fois au Conseil de sécurité des Nations unies d’intervenir et d’établir un tribunal pénal international habilité à poursuivre tous les auteurs présumés de crimes de droit international entre 1975 et 1999 au Timor-Leste, et de garantir que les victimes reçoivent réparation.
Plus de 300 personnes ayant été accusées de crimes contre l’humanité et d’autres lourdes infractions par la Commission spéciale des Nations unies pour les crimes graves sont toujours en liberté et hors de la juridiction territoriale du Timor-Leste. La plupart d’entre elles vivraient en Indonésie. Le gouvernement indonésien a jusqu’à présent refusé de procéder à l’extradition des personnes accusées de ces faits, au motif qu’il ne reconnaissait pas au Conseil de sécurité des Nations unies la compétence requise pour juger des citoyens indonésiens au Timor-Leste.
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