Nigeria – Des défenseurs aux abois
vendredi 4 septembre 2009, par Pascal Fenaux

- Clement Nwankwo, un des plus anciens défenseurs adoptés par AI, lors d’une visite au Secrétariat international. Londres, 1999. © AI
Des prisons surpeuplées. Des milliers de Nigérians condamnés à des peines de prison démesurées au terme de procès iniques. Un système judiciaire corrompu et, qui plus est, laissé à la discrétion de chacun des États qui composent la fédération nigériane et souvent soumis à la sourde influence des forces de police et de l’armée. Des condamnés à la peine capitale qui attendent pendant des années dans les couloirs de la mort. C’est théoriquement contre ce constat terrible que devrait œuvrer la Commission nationale des droits humains (CNDH).
Or, le moins qu’on puisse dire, c’est que le gouvernement fédéral nigérian se montre tout sauf déterminé à garantir l’autorité, la liberté d’action et l’indépendance de la CNDH dans son travail de protection et promotion des droits humains.
En novembre 2007, le Conseil d’administration de la CNDH a été dissous avant la fin de son mandat. Le gouvernement n’a pas nommé de nouveau Conseil d’administration, en dépit des obligations inscrites dans la Loi sur la Commission nationale des droits humains qui prévoit la réunion une fois par mois au moins d’un conseil composé de neuf membres. Le Conseil, nommé pour un mandat de quatre ans par le Président sur recommandation du Procureur général et ministre de la Justice de la Fédération est théoriquement responsable du bon fonctionnement de la Commission.
Or, le 18 mars 2008, Kehinde Ajoni, Secrétaire exécutive de la CNDH, a été relevée de ses fonctions par le Procureur général, Michael Kaase Aondoakaa, lequel l’en a informée par courrier. Kehinde Ajoni avait été nommée pour cinq ans et son mandat ne devait arriver à échéance qu’en 2011. Le président a nommé l’avocat Roland Awubare pour la remplacer. Selon une déclaration du ministre fédéral de la Justice, Kehinde Ajoni aurait officiellement été « rappelée au ministère ». En vertu de l’article 4(2) de la Loi sur la CNDH, le président a tout pouvoir pour changer les membres du Conseil d’administration, y compris son Secrétaire exécutif, « s’il considère qu’il n’est pas dans l’intérêt général que l’un des membres reste en poste. » Cependant, cette déclaration ne précisant nulle part les motifs du renvoi de Kehinde Ajoni, il y a tout lieu de considérer que ce renvoi soit tout bonnement arbitraire.
Déjà, le prédécesseur de Kehinde Ajoni, Bukhari Bello, avait été remplacé de la même manière en juin 2006, quatre ans avant la fin de son mandat en raison, semble-t-il, de son approche trop critique de la politique du gouvernement nigérian. Suite à ce remplacement spécieux, une instance de l’ONU, le Comité international de Coordination des Institutions nationales pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme [ONU], n’avait plus autorisé le Nigeria à renouveler son adhésion.
Cela n’entame manifestement pas la détermination de nombreux défenseurs des droits humains. L’un d’entre eux est Patrick Barigbalo Naagbanton. Né dans l’État de Rivers, au Nigeria, il a suivi une formation de journaliste avant d’intégrer l’usine de la société Union Dicon Salt PLC, implantée à Port Harcourt, capitale de l’État de Rivers (dans le Delta), ancien haut lieu de la sécession du Biafra de 1967-1970 et foyer actuel de violences et de vagues de répression. Patrick Barigbalo Naagbanton s’est syndiqué et a été élu à la tête du Syndicat des Ouvriers maritimes du Nigeria (MWUN), avant d’être licencié pour avoir milité en faveur de l’amélioration des conditions de travail.
Ayant fait adhérer de nombreux ouvriers à des groupes de défense des droits humains et de la démocratie comme l’Organisation des libertés publiques (CLO), la Campagne pour la Démocratie (CD) ou encore le Comité nigérian de Défense des Droits humains (CDHR), Patrick Naagbanton a été à plusieurs reprises interpellé et harcelé durant la dictature militaire. Arrêté en 1996, il a été maintenu à l’isolement pendant plus d’un mois. Membre du Bureau exécutif de l’Organisation des Libertés publiques en tant que représentant de la région du Delta, il a également collaboré avec Environmental Rights Action / Les Amis de la Terre-Nigeria.
Depuis la fin de 2005, il est responsable du Centre pour l’Environnement, les Droits humains et le Développement du Nigeria (CEHRD), dont l’objectif est de réagir face aux problèmes qui se posent dans la région du delta du Niger sur le plan de l’écologie, des droits humains, de la santé et du sous-développement. En proposant aux communautés rurales du Nigeria une éducation et un soutien, le CEHRD leur permet d’acquérir des connaissances sur leurs droits ainsi que des moyens d’agir.
En reconnaissance pour son action en faveur de la promotion et de la défense des victimes d’atteintes aux droits humains au Nigeria, Patrick Naagbanton a reçu en 2001 le Prix des Droits de l’Homme de l’université d’Indianapolis. Enfin, en 2002, la section de l’État de Rivers de l’Organisation des Libertés publiques lui a décerné le Prix Saro-Wiwa.
P.F.
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