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Témoignage – « Mais pourquoi vous faites ça ? »

lundi 4 mai 2009

Lamba Soukouna a été maltraité par des policiers dans la soirée du 8 mai 2008 devant chez lui, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), dans la banlieue de Paris. Lamba Soukouna souffre de drépanocytose, une grave maladie génétique, et a dû être hospitalisé trois jours à la suite de cet épisode.
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Lamba Soukouna, le soir de son agression par des policiers. Villepinte (Seine-Saint-Denis), 8 mai 2008. © Privé

Le 8 mai 2008, peu avant minuit, Lamba Soukouna rentrait chez lui tout en parlant au téléphone avec un ami quand il a remarqué un groupe de policiers en tenue antiémeutes devant l’immeuble d’en face. Il a alors perçu de l’agitation et, en se retournant, a vu les policiers charger un groupe de jeunes, qui se sont dispersés dans toutes les directions. Toujours au téléphone, Lamba Soukouna est alors entré dans le hall de son immeuble et s’est dirigé vers l’escalier, mais deux groupes de policiers sont arrivés en courant. L’un d’eux a attrapé le jeune homme par-derrière et l’a plaqué contre le mur. Choqué par cette agression soudaine, Lamba Soukouna aurait dit au policier de se calmer. Celui-ci lui aurait répondu de se taire et l’aurait frappé au front avec la crosse de son arme à balles en caoutchouc. Lamba Soukouna raconte qu’il est alors tombé à terre et s’est évanoui quelques secondes. Quand il est revenu à lui, il a senti du sang ruisseler sur son front et a crié aux policiers : « Mais pourquoi vous faites ça ? Qu’est-ce que j’ai fait ? ». Un voisin est arrivé et a dit aux policiers de faire attention parce que Lamba Soukouna souffrait d’une grave maladie, mais l’un d’eux aurait répondu « On n’en a rien à foutre de ta maladie ». Ils auraient alors commencé à lui donner des coups de pied dans le dos et les côtes alors qu’il était à terre.

Accompagné de deux amis et de son frère, Lamba Soukouna est monté dans la voiture d’un de ses amis dans l’intention de signaler à la gendarmerie ce qui lui était arrivé. En route, ils sont passés sur les lieux d’un accident de voiture, où se trouvaient de nombreux policiers. Ayant reconnu certains des policiers qui l’avaient agressé, Lamba Soukouna est descendu de la voiture pour essayer de mieux les identifier. Un policier d’une autre unité présente (celle d’Aulnay), remarquant les blessures et l’état de détresse du jeune homme, lui a demandé ce qui lui était arrivé. Quelques instants plus tard, quand les secours sont arrivés pour s’occuper de l’accident de voiture, ce policier a dit à Lamba Soukouna d’aller les voir pour faire soigner sa plaie au front. Alors qu’il se dirigeait vers l’ambulance, un des policiers qui l’avaient agressé l’a attrapé par le cou et l’a traîné sur plusieurs mètres avant de le faire monter de force dans le fourgon de police, où il a été menotté. Son frère, inquiet de l’agression qui venait de se dérouler sous ses yeux, a demandé aux policiers pourquoi ils traitaient Lamba Soukouna de cette façon et où ils allaient l’emmener. Ceux-ci ont répondu « à l’hôpital ». En réalité, ils l’ont emmené au commissariat de Villepinte.

À son arrivée au commissariat, Lamba Soukouna a été menotté à un banc. Il a demandé à plusieurs reprises des médicaments contre les effets de sa maladie chronique, en vain. Finalement, vers deux heures du matin, il a été emmené à l’hôpital de Bondy, où il a revu les policiers d’Aulnay. Ceux-ci l’ont reconnu ; l’un d’eux a raconté aux agents qui accompagnaient le jeune homme que celui-ci leur avait dit avoir été frappé par des policiers de Villepinte, et qu’eux-mêmes avaient été témoins de la violence de son interpellation sur les lieux de l’accident de voiture.

Lamba Soukouna a été soigné pour sa blessure au front, qui a nécessité plusieurs points de suture, et a reçu une ITT de six jours, puis il a été renvoyé au commissariat de police de Villepinte vers 3 h 30. Cela faisait alors trois heures qu’il était retenu par la police sans qu’on lui ait signifié ni les raisons de son arrestation ni les charges éventuelles retenues contre lui. Peu après son retour au commissariat, il a été placé en garde-à-vue pour outrage et rébellion. Il a ensuite été entendu en compagnie du policier qui l’avait agressé. Pendant l’interrogatoire, ce dernier a affirmé que Lamba Soukouna l’avait insulté et avait essayé de lui donner un « coup de boule », et que lui-même l’avait frappé avec son arme dans un acte de légitime défense. Il a aussi déclaré que Lamba Soukouna avait essayé de s’enfuir et avait encouragé d’autres jeunes à attaquer les policiers. Lamba Soukouna a nié toutes ces accusations et a donné sa version des faits. En raison de sa maladie chronique et de deux opérations aux hanches, a-t-il souligné, il est tout à fait incapable de courir et ne peut donc pas avoir tenté de s’enfuir, comme le prétendait le policier.

Amnesty International a vu le dossier médical du jeune homme, qui confirme la gravité de son état de santé et reconnaît son invalidité à 80 %. L’organisation a aussi vu les certificats médicaux et les photos des blessures qu’il a reçues le 8 mai 2008 ; ces documents correspondent à ses allégations.

Après cet interrogatoire, Lamba Soukouna a demandé une nouvelle fois ses médicaments mais, raconte-t-il, il a été renvoyé dans sa cellule. Il affirme avoir renouvelé sa demande à plusieurs reprises, en vain. En conséquence, à 5 heures du matin, il a fait une grave crise, caractérisée par des difficultés à respirer et de violentes douleurs. Selon lui, il a dû attendre une demi-heure avant qu’un policier lui annonce qu’une ambulance était en route. À leur arrivée, les auxiliaires médicaux ont immédiatement reconnu Lamba Soukouna car ils venaient de l’hôpital où le jeune homme est suivi habituellement.

Ils l’ont emmené directement aux urgences de l’hôpital Robert- Ballanger, où le médecin de garde l’a lui aussi reconnu et a dit aux policiers qu’il était impossible de le renvoyer en garde à vue, compte tenu de la gravité de son état de santé. Lamba Soukouna est resté hospitalisé trois jours. Il a déposé une plainte auprès de l’IGS. Sa plainte et celle des policiers contre lui sont toujours en instance.

AI




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