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Les femmes et les enfants d’abord

lundi 30 mars 2009

De façon hélas peu surprenante, les premières victimes du conflit du Darfour sont les femmes, qui vivent dans la terreur d’être à leur tour victimes de violences sexuelles, et les enfants, qui vivent dans la terreur d’une tragédie toujours recommencée.
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Dans le camp de personnes déplacées d’al-Salaam, au Darfour, un enfant brandit un pistolet chinois en plastique. El-Fasher, 13 novembre 2007. AFP /MUAS / Stuart Price

« Il n’y a pas assez de bois aux alentours du camp. Mais les Arabes jammala dominent la région et nous n’osons pas nous éloigner. Les hommes sont battus et les femmes sont violées. » Depuis qu’Amnesty a recueilli ces propos en 2007 auprès d’un homme vivant dans un camp de personnes déplacées du Darfour, la situation n’a que peu évolué. Pendant le conflit au Darfour, au moins 2,7 millions de personnes ont été déplacées, tandis que le nombre de morts et de disparus avoisine les 400 000 âmes. La plupart de celles qui ont été chassées de chez elles vivent à présent dans plus de 65 camps dispersés dans le Darfour.

En 2003 et 2004, des centaines de milliers de personnes ont été chassées de chez elles par des attaques marquées non seulement par des homicides mais aussi par un nombre sans précédent de viols. Les milices janjawids ont utilisé le viol comme arme afin d’humilier et de punir les communautés qu’elles attaquaient. Les femmes étaient souvent violées en public et certaines étaient enlevées et séquestrées pendant des mois dans des camps de miliciens où elles étaient assujetties à l’esclavage sexuel.

Les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans les camps de déplacés et elles risquent systématiquement d’être violées lorsqu’elles en sortent. Un grand nombre de camps sont entourés d’une bande de désert où quasiment rien ne pousse. Les femmes sont violées lorsqu’elles quittent le camp pour aller chercher du bois ou pour aller au marché. Les viols sont commis par les milices janjawids, par les soldats des forces gouvernementales, par les groupes d’opposition armée et parfois même par d’autres personnes déplacées.

Une jeune fille déplacée au cours du conflit a signalé qu’elle avait été violée par un groupe de soldats de l’armée soudanaise alors qu’elle était allée ramasser du bois pour le feu. Son frère l’a accompagnée au poste de police local pour qu’elle dénonce cette agression mais le policier qui les a reçus a refusé d’enregistrer la plainte. Comme il protestait, le frère de la victime a été arrêté. « J’ai toujours en tête les images de ce jour-là. Je ne peux pas dire que je suis complètement guérie. Le choc est terrible. Je ne fais pas confiance à la police et je ne pourrai jamais le faire », a déclaré la jeune fille à Amnesty International.

La plupart des femmes qui sont violées au Darfour ne portent pas plainte. En effet, il est tellement improbable que les violeurs soient déférés à la justice qu’elles ne prennent pas le risque de ruiner leur réputation et leurs chances de se marier. Quant aux enfants originaires du Darfour, leur situation est tout aussi épouvantable.

Le déploiement de la MINUAD (voir ci avant) à partir du 1er janvier 2008 n’a pratiquement rien changé à leur tragédie, d’autant que cette opération internationale avait été précédée, en décembre 2007, d’une reprise et d’une intensification des attaques commises par les forces gouvernementales et les milices armées. Bien évidemment, ces attaques tuent ou déplacent chaque fois davantage d’hommes, de femmes et d’enfants, tandis que le gouvernement soudanais et les groupes armés continuent d’entraver le déploiement effectif de la MINUAD.

Un accord sur le statut des forces (SOFA), qui réglemente le fonctionnement de la MINUAD, a bien été signé le 9 février 2008 par le gouvernement soudanais et la MINUAD, mais cette mission mixte de l’UA et de l’ONU ne dispose pas du matériel militaire adéquat et des ressources humaines nécessaires pour parvenir à protéger efficacement les civils.

Toute une génération de Darfouris grandit dans un climat de peur et d’insécurité extrêmes. Sur les quatre millions de personnes touchées par le conflit au Darfour, on considère que près de deux millions sont des enfants de moins de 18 ans. De même, sur les 2,7 millions de personnes déplacées, on chiffre à plus d’un million le nombre d’enfants. En février 2008, les forces soudanaises et les milices soutenues par le gouvernement ont attaqué des villages dans le Darfour occidental. Suite à ces attaques préparées de longue date, 800 enfants âgés de 12 à 18 ans ont disparu.

En ce mois d’avril, les enfants du Darfour qui « fêteront » leur sixième anniversaire n’auront jamais connu la paix. Cela fait maintenant six ans que la communauté internationale ne parvient pas à répondre à l’ampleur de cette crise. Un grand nombre des enfants qui vivent dans les camps sont traumatisés par ce qu’ils ont vu. Quant à ceux qui vivent à l’extérieur des camps, ils craignent que leur village ne soit la cible d’attaques. Des écoles ont aussi été incendiées.

Les enfants à l’intérieur et à l’extérieur des camps font face à un avenir incertain et sont parfois recrutés, de gré ou de force, comme soldats. Si le climat de peur, la recrudescence des violences familiales et sexuelles et l’incertitude compromettent aujourd’hui leur sécurité, l’absence d’accès à l’éducation met leur avenir en danger. Et, à coup sûr, toute perspective de paix.

AI



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