Irlande du Nord – Le chant du cygne ?
lundi 30 mars 2009

- De jeunes cagoulés bloquent l’accès au domicile de Colin Duffy, ancien responsable de l’IRA, lequel a finalement été arrêté ce 27 mars pour son implication dans l’assassinat de deux soldats britanniques le 7 mars. Lurgan, 14 mars 2009. © AFP / Peter Muhly
Pourquoi la RIRA (Real Irish Republican Army ou IRA Véritable) a-t-elle tué deux militaires britanniques le 8 mars 2009 ? Pourquoi la CIRA (Continuity Irish Republican Army ou IRA Continuité) a-telle abattu un policier deux jours plus tard ? En fait, ces attentats s’inscrivent dans la logique jusqu’au-boutiste des groupes dissidents républicains que sont la RIRA et la CIRA. Pour eux, la guerre n’est pas finie. Du moins, c’est ce qu’ils affirment. Car, aujourd’hui, ils ne bénéficient plus du soutien de la population catholique. Celle-ci ne sent plus opprimée par la communauté protestante.
Et pour cause : l’accord de paix de 1998, politiquement sur les rails depuis 2006, a restauré le parlement nordirlandais et permis la mise sur pied d’un gouvernement bi-communautaire où siège le Sinn Fein, l’émanation politique de l’IRA, la fameuse Armée républicaine irlandaise. Le combat se poursuit désormais dans l’arène politique. Mais l’accord ne se limite pas à cela, il met fin à la discrimination à l’embauche sur base de l’origine ethnico-religieuse de la personne et prévoit la parité catholique-protestante au sein des forces de police.
Et il y a mieux. Aujourd’hui, l’Irlande du Nord – avec ses 1,7 million d’habitants - est devenue l’une des régions les plus prospères du Royaume-Uni. Au cours du dernier trimestre 2008, son taux de chômage était de 5,1%, soit un taux bien inférieur à la moyenne du Royaume-Uni (6,3 %) ou de la République d’Irlande (7,9 %). Même si ce chiffre est actuellement en train de repartir à la hausse, crise oblige, l’économie nordirlandaise devrait encaisser assez bien le coup. Depuis les premiers cessez-le-feu de 1994, le secteur de la construction a su profiter du boom immobilier. Les maisons et appartements poussent comme des champignons, des entreprises de pointe se sont installées dans la région et l’industrie touristique est florissante. Dans les villes, l’horeca et les salles de spectacles se développent rapidement et les gens s’amusent.
Cette régénération économique et sociale est concomitante du processus de paix. Mieux, elle l’entretient. Toutefois, la prospérité ne touche pas tout le monde. C’est sans doute pour cela que certains s’estiment floués et ont décidé de reprendre les armes. Toutefois, leurs motivations ne sont pas forcément idéologiques. Le profit personnel domine le plus souvent.
QUELLE RECONVERSION POUR LES PARAMILITAIRES ?
S’il existe peu d’informations sur la reconversion professionnelle des paramilitaires, on peut toutefois émettre certaines hypothèses : ils restent des paramilitaires, ils se tournent vers le crime organisé, ils retournent à la vie civile, ils travaillent dans des associations locales, des associations d’anciens prisonniers ou avec des groupes politiques.
Pour Neil Jarman, directeur de l’Institute for Conflict Research à Belfast, il est tout simplement difficile d’accéder à ce type d’informations, car « il n’y a pas de processus formel de démobilisation, de démilitarisation et de réintégration et donc pas de moyens de connaître qui est un ancien paramilitaire et combien ils sont. La grande majorité des
anciens paramilitaires devrait logiquement provenir de la classe ouvrière, toutefois certains ont pu aussi se former et s’installer dans diverses formes d’activités professionnelles. »
Les associations d’anciens prisonniers offrent des formations aux anciens détenus, mais on ne sait pas toujours ce qu’il en est en termes de débouchés. Ils constituent toutefois une catégorie à part parmi les anciens paramilitaires, tous n’ayant pas fait de prison. Quant à ceux qui sont retournés à la vie civile, on dispose de peu d’informations à leur sujet, sauf pour les personnalités en vue. Par conséquent, la maigreur des dispositifs de réinsertion ad hoc pour les paramilitaires explique sans doute pourquoi une minorité d’entre eux a préféré poursuivre le combat ou basculer dans le crime organisé.
DES ATTENTATS PRÉVISIBLES
En 2007, la police nord-irlandaise avait déjà mis en garde contre l’imminence d’attentats. Les rapports réguliers de l’Independent Monitoring Commission, la commission chargée de surveiller le démantèlement des organisations paramilitaires, ont démontré que différents groupes, dont la CIRA et la RIRA, constituaient de sérieuses menaces. On doit à l’une comme à l’autre plusieurs attaques (tirs, voitures piégées, attentats à la roquette) contre la police au cours de ces dernières années. Le plus souvent, la bannière républicaine sert à couvrir d’autres activités criminelles : trafic de drogues, vols, « tiger » kidnapping ou extorsions de fonds.
Enfin, on l’oublie parfois, mais le démantèlement de l’IRA explique aussi l’actuelle montée en puissance des dissidents républicains. Lorsqu’en 2005, l’IRA a accepté de démanteler définitivement son arsenal, elle a aussi renoncé à son rôle de « police ». Pendant les « troubles », l’IRA se chargeait de réprimer les comportements « antisociaux » (petite délinquance, trafic de drogues, etc.) et autres activités criminelles dans les quartiers républicains.
L’arrivée au pouvoir du Sinn Fein a changé la donne. L’IRA « hors service », la CIRA et la RIRA ont les coudées plus franches. C’est à la police nordirlandaise réformée de réoccuper le terrain laissé libre par l’IRA. Et ce retour de l’État de droit ne se fait pas sans heurts.
Baudouin Massart
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