Droits sociaux, économiques et culturels - Une introduction
dimanche 3 mai 2009, par Brian May
Même dans les pays riches, certaines personnes n’ont pas accès à l’éducation, aux soins de santé ou au logement. Les gouvernements imputent souvent ces problèmes à un manque de ressources. De fait, de nombreux individus font l’objet d’une discrimination systématique. Quant à ceux qui se situent en marge de la société, ils sont fréquemment laissés pour compte.
La communauté internationale est restée sans réaction, alors que des gouvernements ignoraient totalement les droits humains de millions de personnes. Les institutions financières internationales ont imposé à certains pays des conditions qui ont réduit l’accès à l’éducation et à la santé pour les personnes vivant dans la pauvreté.
Ailleurs, des projets de développement à grande échelle ignorant totalement la question des droits humains se sont traduits par des privations de logement généralisées. Dans de nombreux pays, les autorités gouvernementales n’exercent aucun contrôle visant le respect des droits humains dans les activités des entreprises. Elles laissent progresser la pollution de l’environnement et l’exploitation à tout-va.
Le non-respect des droits économiques, sociaux et culturels n’est pas une question de ressources insuffisantes, mais une question de justice. Les droits humains sont interdépendants. Lorsqu’un droit est bafoué, d’autres le sont aussi inévitablement : par exemple, sans liberté d’expression, il ne peut y avoir de droit à l’éducation.
Même si de grands progrès ont été effectués pour faire des droits économiques, sociaux et culturels une réalité, il reste encore beaucoup à faire pour que tout le monde ait le droit de vivre dans la dignité.
Que sont les droits économiques, sociaux et culturels ?
Il y a soixante ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme proclamait qu’un large éventail de droits humains s’appliquait à tous les êtres humains, sans exception. Ils comprennent non seulement la liberté d’expression, le droit de ne pas subir des tortures et des mauvais traitements, mais également les droits à l’éducation, à un logement adéquat, ainsi que d’autres droits économiques, sociaux et culturels.
Les droits économiques, sociaux et culturels forment un vaste ensemble de droits garantis par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et par d’autres traités régionaux et internationaux légalement contraignants. Pratiquement chaque pays du monde est partie à un traité contraignant qui garantit ces droits. Ces derniers comprennent :
- les droits du travail, notamment des conditions d’emploi équitables, la protection contre le travail forcé ou obligatoire, ainsi que la possibilité de se syndiquer ou de former des syndicats ;
- le droit à l’éducation, et notamment à une éducation primaire gratuite et obligatoire. L’éducation doit en outre être suffisamment disponible, accessible, acceptable et adaptée aux personnes concernées ;
- les droits culturels des minorités et des peuples autochtones ;
- le droit à la santé, qui est le droit au meilleur état de santé physique et mentale possible, et qui implique que l’individu dispose de conditions de vie saines et ait accès à des soins de santé satisfaisants ;
- le droit à un logement adéquat, y compris la sécurité légale de l’occupation et la protection contre les expulsions forcées ; le logement doit en outre être abordable, habitable, correctement situé et acceptable ;
- le droit à une nourriture suffisante, qui signifie notamment ne plus souffrir de la faim et avoir accès ou pouvoir accéder à une alimentation adéquate d’un point de vue quantitatif et qualitatif ;
- le droit à l’eau, qui couvre, entre autres, la possibilité d’accéder (physiquement et économiquement) à une eau salubre en quantité suffisante, ainsi qu’à des dispositifs d’assainissement adéquats.
Qui est responsable ?
Les États – les gouvernements nationaux – assument la principale responsabilité en matière de réalisation des droits humains. Les gouvernements doivent respecter les droits des populations – ils ne doivent pas les enfreindre. Ils doivent protéger les droits des population – en veillant à ce que d’autres personnes ou entités ne bafouent pas ces droits. Finalement, ils doivent réaliser ces droits, c’est-à-dire en faire une réalité dans la pratique.
Les ressources à la disposition des différents gouvernements sont très variables. Le droit international admet que la pleine réalisation des droits économiques, sociaux et culturels ne puisse être obtenue que progressivement, avec le temps. Toutefois, les gouvernements ont pour obligation immédiate de respecter et de protéger ces droits, ainsi que de garantir l’absence de toute discrimination. L’insuffisance de ressources n’est pas une excuse.
Même si les gouvernements peuvent avoir besoin de temps pour faire des droits économiques, sociaux et culturels une réalité, cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas agir. Ils doivent prendre des mesures en vue de la concrétisation de ces droits. Ils doivent s’acquitter en priorité de leurs « obligations fondamentales minimales », c’est–à-dire satisfaire l’essentiel de chacun de ces droits. Ainsi, pour ce qui touche au droit à l’éducation, une obligation fondamentale vise la mise en place d’une éducation primaire gratuite.
Les gouvernements ne doivent exercer aucune discrimination, que ce soit dans la législation, la politique ou la pratique. Ils doivent également donner la priorité aux catégories de population les plus vulnérables lorsqu’ils allouent des ressources.
Par ailleurs, quand ils agissent en-dehors de leurs frontières, les États ont pour obligation de respecter, protéger et réaliser les droits économiques, sociaux et culturels. Ces obligations s’étendent aux actions qu’ils entreprennent par le biais d’ organisations intergouvernementales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) .
Comme l’indique la Déclaration universelle des droits de l’homme, « tous les organes de la société » ont des responsabilités en matière de droits humains. À l’échelle mondiale, les entreprises ont un rôle toujours plus important en matière de réalisation ou, au contraire, de déni des droits humains. Amnesty International s’est engagée à souligner la responsabilité des entreprises dont les actions portent atteinte à ces droits.
Malgré cela…
Malgré les garanties internationales concernant ces droits, on constate les faits suivants :
- Dans le monde, 923 millions de personnes souffrent chroniquement de la faim. La faim résulte souvent de violations des droits humains, ainsi qu’Amnesty International l’a montré pour la Corée du Nord, le Zimbabwe et d’autres pays. La crise alimentaire mondiale actuelle, qui a été entretenue par diverses violations des droits humains, a plongé 75 autres millions de personnes dans un état de malnutrition chronique [1].
- Plus d’un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles ou des abris de fortune. Un citadin sur trois vit dans des logements inadéquats n’ayant que peu ou pas d’installations essentielles. La situation de ces personnes est aggravée par des vagues mondiales d’expulsions forcées [2].
- Toutes les minutes, une femme meurt à cause de difficultés survenues pendant la grossesse. Pour chaque femme qui meurt ainsi, une vingtaine d’autres souffrent de graves problèmes liés à la maternité [3]
- Plus de 100 millions d’enfants (plus de la moitié sont des filles) n’ont pas accès à l’éducation primaire [4]
L’action d’Amnesty
Les droits en matière de logement

Près de 80 maisons brûlent durant l’opération d’expulsion des habitants de Mittapheap 4, Cambodge, le 20 avril 2007©AI
Amnesty International a travaillé sur les expulsions forcées, sur les destructions de logement, sur les violations des droits à la terre des peuples autochtones et d’autres violations du droit à un logement adéquat en Italie, au Cambodge (Le Cambodge réduit en cendres les maisons de ses pauvres) en Slovaquie, en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, en Angola (rapport de suivi en 2007), au Zimbabwe, au Nigéria, au Brésil, au Kenya, en Albanie et au Canada (téléchargez le rapport en anglais sur le Canada ICI)
Les droits en matière de santé

Affichage du message ’ABC’ et promotion de l’utilisation des préservatifs comme méthode de protection contre le VIH dans le KwaZulu-Natal rural (Afrique du Sud), en 200©AI.
Amnesty International a travaillé sur les violations des droits et leurs relations avec la mortalité maternelle, le VIH/sida et la santé mentale au Pérou (Pérou. Les femmes et les enfants les plus pauvres sont laissés de côté par des services de santé discriminatoires), en Afrique du Sud (Afrique du Sud. Les femmes vivant en milieu rural sont les oubliées de l’action contre le VIH), en République démocratique du Congo, en République dominicaine, au Guyana, en Bulgarie, en Roumanie et au Rwanda.
Les droits en matière d’éducation

Des enfants roms de l’école spéciale élémentaire de Pavlovce nad Uhom, dans l’est de la Slovaquie, écrivent des lettres au tableau, 28 mars 2008©AI
Amnesty International a travaillé sur les discriminations contre les Roms et d’autres minorités, ainsi que sur les difficultés d’accès à l’éducation en Slovaquie (Les enfants roms subissent une ségrégation dans les écoles slovaques), en République démocratique du Congo, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et en Slovénie.
Droits en matière d’alimentation

Des enfants ramassent des restes de nourriture en Corée du Nord©AI
Amnesty International a travaillé sur les violations du droit à l’alimentation au Zimbabwe (téléchargez le rapport ICI et lisez notre communiqué de presse ICI) et en (Corée du Nord).
Droits du travail et droits au travail
Vidéo : Les migrants haïtiens sont privés des droits les plus élémentaires en République dominicaine
Amnesty International a travaillé sur les discriminations en matière d’emploi, sur les abus visant les migrants internes, les travailleurs domestiques immigrés, les syndicats et le travail forcé en Chine (voir le communiqué de presse et le rapport ICI), en Bosnie-Herzégovine, au Myanmar, en République dominicaine (Les migrants haïtiens sont privés des droits les plus élémentaires en République dominicaine), en Thaïlande et en Colombie.
Notes
[1] ces chiffres sont basés sur http://www.fao.org/newsroom/en/news...
[2] ces chiffres sont basés sur UN-Habitat, State of the World’s Cities Report 2006/7
[3] source UNFPA, http://www.unfpa.org/mothers/index.htm et http://www.unfpa.org/mothers/statis...
[4] chiffres utilisés dans l’Introduction, mêmes chiffres sur http://www.unesco.org/education/GMR...
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