Missions et démissions
lundi 1er septembre 2008, par Pascal Fenaux

- Radovan Karadzic (d) lors de sa première comparution devant le TPIY. La Haye, 31 juillet 2008. AFP / Jerry Lampen
Le 11 juillet 1995, la « zone de sécurité » de Srebrenica tombait aux mains de l’armée des Serbes de Bosnie, après des mois de pilonnage par des forces « bosno-serbes » qui avaient dans le même temps immobilisé la plupart des convois d’aide des Nations unies vers la ville, visant en particulier les livraisons de vivres, de médicaments et même de chaussures. Les derniers miliciens « bosno-musulmans » et 8 000 civils (essentiellement des hommes, mais aussi des femmes et des enfants) furent exécutés méthodiquement pendant quatre journées de carnage. Ce fut le pire massacre sur le sol européen depuis la fin du Troisième Reich, perpétré, qui plus est, sans opposition réelle des Casques bleus néerlandais, alors que le Conseil de Sécurité de l’ONU (résolution 819) avait décidé, en avril 1993, de créer une zone de sécurité autour de la ville. Pire, une autre résolution, la 836, « garantissait » la protection de Srebrenica par « tous les moyens nécessaires, y compris l’usage de la force », stipulant que « toutes les unités militaires ou paramilitaires devraient soit se retirer de la zone démilitarisée, soit déposer toutes leurs armes ». L’ONU avait donc démissionné.
Après la chute de Srebrenica, rares furent les personnalités impliquées dans la « gestion » du conflit bosniaque à prendre la mesure du massacre qui allait s’ensuivre. Une exception fut Tadeusz Mazowiecki, ancien Premier ministre polonais et alors rapporteur spécial de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU en ex- Yougoslavie. C’était lui qui avait recommandé l’établissement de « zones de sécurité ». Écœuré et choqué, il démissionna.
Ce 21 juillet, 13 années après le carnage, Radovan Karadzic a enfin été arrêté à Belgrade. L’ancien président de la Republika Srpska, ancien chef du Parti démocratique serbe et ancien commandant en chef de l’Armée serbe de Bosnie, était inculpé de crimes commis en Bosnie-Herzégovine, dont des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre à Srebrenica. Si l’on est en droit de se réjouir, il n’en reste pas moins que de nombreuses inquiétudes se font entendre. En 2010, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) devra théoriquement cesser ses travaux et les transférer à des justices nationales ex-yougoslaves déficientes. Le TPIY risque donc de ne disposer ni du temps ni des ressources nécessaires pour établir la vérité et rendre justice aux victimes des crimes de guerre et contre l’humanité commis en Bosnie-Herzégovine. Les poursuites engagées contre 115 des 161 personnes inculpées par le Tribunal ont abouti mais celles contre les 46 inculpés restants sont encore en cours, tandis que deux des inculpés, Ratko Mladic et Goran Hadzic, sont toujours en fuite. La justice internationale démissionnera-t-elle ?
Pascal Fenaux
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