Colombie—Homicides, détention arbitraire et menaces de mort. La réalité du syndicalisme en Colombie
jeudi 3 juillet 2008, par Brian May
- Introduction : les syndicalistes et la crise (...), p1
- L’obligation du gouvernement de respecter et (...), p3
- Le problème endémique de l’impunité, p6
- Les opérations conjointes des forces de (...), p8
- Le recours abusif au système judiciaire, p10
- Homicides et menaces de mort, p11
- Conclusions et recommandations, p11
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Les opérations conjointes des forces de sécurité et des groupes paramilitaires contre des syndicalistes
Ces dernières années, Amnesty International a reçu des informations sur plusieurs plans des forces de sécurité et de leurs alliés paramilitaires visant des syndicalistes. Beaucoup de ces plans semblent indiquer l’existence d’opérations conjointes contre ces militants, coordonnées au niveau national ou régional par les forces de sécurité, en complicité avec les forces paramilitaires. Nombre de ces opérations sont marquées par des atteintes aux droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires. Elles coïncident souvent avec des poursuites judiciaires arbitraires contre les syndicalistes, coordonnées par les forces armées et souvent basées sur des éléments de preuve provenant d’informateurs militaires rémunérés, et non sur des enquêtes exhaustives et impartiales menées par des autorités judiciaires civiles.
L’opération Dragon
Le 23 août 2004, Alexánder López Maya, membre du Congrès et ancien président du Sindicato de Trabajadores de las Empresas Municipales de Cali (SINTRAEMCALI, Syndicat des travailleurs des entreprises municipales de Cali), a révélé l’existence d’un plan apparemment destiné à l’éliminer, ainsi que Luis Hernández Monrroy, alors président du SINTRAEMCALI, et Berenice Celeyta Alayón, de l’ONG de défense des droits humains NOMADESC. Des informations sur ce complot lui avaient été transmises de source probablement militaire. Le 25 août, Alexánder López a officiellement porté plainte auprès de la Fiscalía General. Il a fourni aux autorités judiciaires deux adresses à Medellín et à Cali d’où la surveillance des syndicalistes était, semble-t-il, coordonnée. Il a aussi donné le nom d’un lieutenant-colonel de l’armée supposé être impliqué dans cette opération, ainsi que son numéro de téléphone portable. Le jour même, les autorités judiciaires ont mené une perquisition à l’adresse de Cali fournie par Alexánder López.
Le lieutenant-colonel se trouvait sur les lieux et s’est identifié comme étant un militaire. Selon les informations disponibles, il avait été en service actif au moins jusqu’au 10 août 2004. Le numéro d’un des téléphones portables trouvés en sa possession correspondait bien à celui fourni par Alexánder López. Le militaire a déclaré travailler pour une entreprise de sécurité employée par les entreprises municipales de Cali (Empresas Municipales de Cali, EMCALI) pour « identifier les menaces » pesant sur ces entreprises.
Lors de la perquisition, les autorités judiciaires ont découvert en sa possession un rapport des services de renseignement militaires en date du 24 mai 2004. Rédigé par le Service régional de renseignements militaires n°3, ce rapport était adressé au Service central des renseignements militaires de Bogotá et désignait le SINTRAEMCALI comme l’un des syndicats les plus belliqueux du pays, « avec une forte infiltration subversive de l’ELN et des FARC ». Le militaire a affirmé que ce document avait été remis par EMCALI à la société pour laquelle il travaillait, et que la police et les autres services de sécurité étaient au courant du travail de surveillance effectué par cette société. Celle-ci n’était pas, semble-t-il, autorisée à travailler dans le domaine de la sécurité.
La Fiscalía General a ouvert une enquête pénale sur ce qui est désormais connu comme l’opération Dragon. Cependant, peu d’éléments ont été recueillis sur la nature ou l’existence de cette opération, ainsi que sur les liens éventuels entre le travail de l’entreprise de sécurité sous-traitée par EMCALI, le projet présumé d’assassinat des syndicalistes et défenseurs des droits humains, et la participation supposée des forces de sécurité. Selon certaines sources, l’enquête pourrait même être arrêtée.
Le SINTRAEMCALI faisait campagne contre le projet du gouvernement de privatiser les entreprises de Cali en charge de l’électricité, de l’eau et de l’assainissement. Ces dernières années, ses membres ont été victimes à maintes reprise de menaces de mort, d’homicides ou de disparitions forcées imputables aux paramilitaires. Amnesty International déplore qu’Alexánder López, Berenice Celeyta et Luis Hernández aient continué de recevoir des menaces de mort et que, malgré cela, l’enquête sur la véracité des allégations formulées et sur l’implication éventuelle des forces de sécurité dans le projet d’assassinat de ces militants syndicaux n’ait pas progressé.
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