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Colombie—Homicides, détention arbitraire et menaces de mort. La réalité du syndicalisme en Colombie

jeudi 3 juillet 2008, par Brian May

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Wilson Borja

La tentative d’assassinat de Wilson Borja Díaz, ancien dirigeant syndical et membre du Congrès, est l’une des rares affaires dans lesquelles la procédure pénale a abouti. Le 15 décembre 2000, des hommes armés ont ouvert le feu sur cet homme, alors dirigeant syndical, le blessant grièvement. L’enquête a établi que cette tentative d’assassinat était survenue dans le cadre d’une opération conjointe de l’armée et de groupes paramilitaires. Des peines allant de quarante-deux mois à vingt-huit ans d’emprisonnement ont été prononcées contre plusieurs paramilitaires, dont un de leurs dirigeants, Carlos Castaño Gil, condamné par contumace, ainsi que contre plusieurs membres des forces de sécurité, parmi lesquels le commandant César Alonso Maldonado Vidales. Le gouvernement a transmis des informations sur ces condamnations au Comité de la liberté syndicale, qui les a inclues dans son 340e rapport.

Cependant, il semble qu’il ait omis d’informer le Comité que, le 3 novembre 2004, l’un des principaux accusés, le commandant César Alonso Maldonado Vidales, a réussi à s’évader de la base militaire où il était détenu. Il n’est pas certain que les autorités aient fait beaucoup d’efforts pour le rattraper. Avant sa condamnation, César Maldonado se serait vu confier des missions de renseignement depuis la caserne de la police militaire de Bogotá où il était détenu, et il était apparemment libre d’aller et venir comme il le voulait.

L’assassinat des dirigeants du syndicat SINTRAMIENERGETICA

Le 12 mars 2001, Valmore Locarno Rodríguez et Víctor Hugo Orcasita Amaya, respectivement président et vice-président du Sindicato Nacional de Trabajadores de Empresas Mineras y Energéticas (SINTRAMIENERGETICA, Syndicat national des travailleurs de l’industrie minière et du secteur de l’énergie), auraient été contraints par des paramilitaires de descendre d’un bus dans la municipalité d’El Paso (département de César). Valmore Locarno a été abattu de plusieurs balles dans la tête. Víctor Hugo Orcasita aurait été ligoté et jeté dans un véhicule. Son corps a été retrouvé plusieurs heures plus tard sur le bord de la route. Il avait été torturé, puis abattu. Ces deux homicides ont eu lieu alors que des contrats étaient en cours de négociation avec la société Drummond, compagnie minière des États-Unis.

L’enquête a été longue à dépasser le stade préliminaire (consacré à l’identification des suspects). Le 2 mai 2007, la Fiscalía General a décerné un mandat d’arrêt contre le dirigeant paramilitaire Rodrigo Tovar Pupo, alias Jorge 40, pour sa participation présumée à l’assassinat des deux syndicalistes.

Le 14 mars 2002, en vertu de la Loi des États-Unis sur les plaintes déposées par des étrangers(25), le SINTRAMIENERGETICA et les familles de Valmore Locarno Rodríguez et de Víctor Hugo Orcasita Amaya ont saisi la cour fédérale du district du nord de l’Alabama (division occidentale) à propos du rôle présumé de la société Drummond dans les meurtres des deux dirigeants syndicaux et de Gustavo Soler Mora (voir ci-dessous). Le 14 avril 2003, il a été décidé de donner suite à au moins quelques-unes des plaintes déposées. Selon les informations mises à la disposition de la cour, pendant la période de négociation avec le syndicat des tracts qualifiant le SINTRAMIENERGETICA de « syndicat de guérilla » et accusant Víctor Hugo Orcasita et Valmore Locarno de soutenir la guérilla étaient distribués sur des sites gérés par la société Drummond. Toujours d’après ce dossier, Valmore Locarno avait écrit à Drummond Ltd(26) pour protester contre la distribution de ces tracts dans la mine de La Loma (département de César).

Valmore Locarno et Víctor Hugo Orcasita avaient demandé à rester dormir à la mine car ils craignaient pour leur sécurité s’ils quittaient les lieux, mais cela leur avait été refusé. Après leur assassinat, c’est Gustavo Soler Mora qui a repris la présidence du SINTRAMIENERGETICA. Lui et les autres dirigeants de ce syndicat auraient eux aussi demandé l’autorisation de dormir sur place, se heurtant à leur tour à un refus. Gustavo Soler a été tué le 5 octobre 2001 par des paramilitaires, qui l’ont semble-t-il forcé à descendre du bus qui le ramenait chez lui, dans la ville de Chiriguaná (département de César). Selon les informations reçues, les paramilitaires ont contraint le bus à s’arrêter, sont montés à bord et ont désigné nommément Gustavo Soler. Son corps, qui portait des traces de torture, a été retrouvé non loin de là le 7 octobre 2001.

Le 13 mai 2006, Rafael García, ancien haut fonctionnaire du Département administratif de sécurité, a déclaré sous serment à la cour de district américaine qu’il avait vu des responsables de la société Drummond remettre de l’argent à un dirigeant paramilitaire pour qu’il tue Valmore Locarno et Víctor Hugo Orcasita (voir ci-après la section sur les opérations conjointes de l’armée et des paramilitaires contre des syndicalistes). La société Drummond a rejeté publiquement ces accusations. Le juge chargé de l’affaire a décidé d’autoriser les parties à présenter la déposition sous serment de Rafael García en Colombie. Si cette déposition est jugée recevable – ce qui permettrait aux accusés de procéder à un contre-interrogatoire de Rafael García – le témoignage de cet homme pourrait être utilisé lors du procès. Plus récemment, le juge a annoncé que les allégations d’un ancien soldat de l’armée colombienne pourraient aussi être présentées au procès. Ce soldat a déclaré sous serment, le 3 avril 2007, que Drummond avait fourni des véhicules aux paramilitaires.

Les syndicalistes qui représentent les travailleurs de la société Drummond continuent d’être victimes d’atteintes aux droits humains (voir ci-dessous la section sur les syndicalistes dans les secteurs stratégiques).

L’assassinat de trois syndicalistes dans le département d’Arauca

Le 5 août 2004, trois syndicalistes ont été tués par des soldats des forces de sécurité. Il s’agissait d’Héctor Alirio Martínez, dirigeant de l’Asociación Departamental de Usuarios Campesinos (ADUC, Association départementale des petits paysans), de Leonel Goyeneche, membre de la CUT dans le département d’Arauca, et de Jorge Prieto, employé dans un hôpital et président de la branche départementale d’un syndicat de professionnels de la santé, l’Asociación Nacional de Trabajadores y Empleados de Hospitales, Clínicas, Consultorios y Entidades Dedicadas a Procurar la Salud de la Comunidad (ANTHOC, Association nationale des travailleurs et employés des hôpitaux, cliniques, centres de consultation et organisations en charge de la santé publique). Les trois hommes se trouvaient chez Jorge Prieto, dans le hameau de Caño Seco, situé dans la municipalité de Saravena (département d’Arauca), quand des soldats du bataillon General Gabriel Revéiz Pizarro, appartenant à la 18e brigade de l’armée, les ont forcés à sortir de la maison et les ont abattus.

Selon le général Luis Fabio García, alors commandant de la 2e division de l’armée, dont la 18e brigade fait partie, les trois syndicalistes ont été tués lors d’un combat avec des soldats du bataillon General Gabriel Revéiz Pizarro. Des mandats d’arrêts avaient semble-t-il été décernés contre ces trois hommes. Cependant, l’enquête a montré par la suite que les trois syndicalistes n’ont pas été tués au combat, mais ont été abattus dans le dos. En juillet 2005, un lieutenant, trois soldats et un civil ont été inculpés pour ces meurtres. L’enquête aurait aussi révélé que le civil inculpé avait accusé les trois syndicalistes de subversion dans une émission de radio diffusée depuis la base du bataillon General Gabriel Revéiz Pizarro, dans la municipalité de Saravena. Amnesty International est préoccupée par le fait que l’enquête n’a pas identifié les responsabilités hiérarchiques dans cette affaire, bien que les homicides aient eu lieu dans le cadre d’une opération militaire officielle et que, avant son assassinat, Jorge Prieto ait été traité de guérillero par un commandant du bataillon en question.

Le 2 mai 2006, la Procuraduría General de la Nación(27) a annoncé qu’elle avait ouvert une procédure disciplinaire à l’encontre de plusieurs membres du bataillon General Gabriel Revéiz Pizarro, dont son commandant, pour leur responsabilité présumée dans ces homicides. Elle a mentionné le fait que l’enquête pénale sur l’implication éventuelle d’officiers supérieurs n’avait pas avancé.

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1 Message

  • Ce que vous écrivez est malheureusement vrai. Je l’ai entendu d’un représentant d’une association colombienne travaillant pour la protection des droits de l’homme venu témoigner récemment en France et nous alerter sur la violation des droits de l’homme et du droit humanitaire international dans son pays. Merci pour ces articles. Continuez à nous informer. Il faut continuer à diffuser la vérité sur les agissements de ceux qui violent les droits humains les plus fondamentaux, très souvent pour des intérêts politiques, économiques ou financiers. Nous n’avons pas le droit de nous taire.

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