Colombie—Homicides, détention arbitraire et menaces de mort. La réalité du syndicalisme en Colombie
jeudi 3 juillet 2008, par Brian May
- Introduction : les syndicalistes et la crise (...), p1
- L’obligation du gouvernement de respecter et (...), p3
- Le problème endémique de l’impunité, p6
- Les opérations conjointes des forces de (...), p8
- Le recours abusif au système judiciaire, p10
- Homicides et menaces de mort, p11
- Conclusions et recommandations, p11
+
Malgré l’amélioration de certains indicateurs de la violence liée au conflit armé, comme les homicides et les enlèvements, la Colombie reste confrontée à une grave crise des droits humains. En particulier, Amnesty International est préoccupée par le nombre toujours élevé de personnes déplacées, d’homicides et de menaces visant des syndicalistes et des défenseurs des droits humains – principalement de la part des groupes paramilitaires –, par le grand nombre de disparitions forcées, de mises en détention arbitraires et d’exécutions extrajudiciaires opérées par les forces de sécurité, et par les nombreux homicides et enlèvements de civils commis par la guérilla. Toutes les parties au conflit continuent de se rendre coupables de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’autres atteintes au droit international.
Bien que plus de 30 000 paramilitaires aient été officiellement « démobilisés » au cours de ces trois dernières années dans le cadre d’un processus très controversé lancé par le gouvernement, de nombreux éléments montrent que les groupes paramilitaires restent actifs et continuent de commettre des atteintes aux droits humains telles que des menaces, des homicides et des disparitions forcées, parfois avec l’accord ou la complicité des forces de sécurité. Malgré les modifications apportées par la Cour constitutionnelle, la Loi pour la justice et la paix, destinée à réglementer le processus de démobilisation, continue de susciter des inquiétudes : il est à craindre qu’elle n’exacerbe le problème endémique de l’impunité et qu’elle ne prive les victimes de leur droit à la vérité, à la justice et à des réparations, notamment du fait que le gouvernement est revenu, dans son décret 3391, sur certaines des modifications apportées par la Cour constitutionnelle (voir annexe 1).
Ces dernières années, la part des atteintes aux droits humains commises contre des syndicalistes et qu’il est impossible d’attribuer à l’une ou l’autre des parties au conflit s’est considérablement accrue. Néanmoins, l’analyse des cas où la responsabilité a pu être clairement établie montre que, en 2005, 49 p. cent des atteintes aux droits humains visant des syndicalistes étaient le fait de groupes paramilitaires et quelque 43 p. cent des forces de sécurité. Un peu plus de 2 p. cent sont attribuables à la guérilla (principalement les FARC et l’ELN), et un peu plus de 4 p. cent sont des actes commis pour des motifs d’ordre criminel. Selon l’organisation non gouvernementale de défense des droits humains Escuela Nacional Sindical (ENS, École nationale syndicale), le nombre de syndicalistes tués ou victimes de disparition forcée a baissé, passant de 209 en 2001 à 73 en 2005. Une légère augmentation a été constatée en 2006, avec 77 nouveaux cas(2). Par ailleurs, Amnesty International a eu connaissance d’au moins six homicides attribués aux forces de la guérilla en 2006. Enfin, neuf syndicalistes auraient été tués au cours des quatre premiers mois de 2007.
Il est souvent impossible de déterminer les raisons qui motivent les homicides ou les menaces de mort dont sont l’objet les syndicalistes. Dans le contexte du conflit armé interne qui perdure en Colombie, ces militants sont souvent victimes d’atteintes aux droits humains en raison de leurs appartenances politiques ou pour d’autres motifs sans rapport avec leurs activités syndicales. Cependant, une forte proportion de ces violences ayant lieu lors de conflits sociaux, on peut en déduire que si ces personnes sont régulièrement prises pour cibles, c’est en raison de leur action pour les droits socioéconomiques.
Parmi les exemples présentés dans ce rapport, beaucoup concernent des homicides et des menaces survenus dans le cadre de conflits du travail, notamment lors d’actions syndicales contre la privatisation de services publics ou d’entreprises du secteur public. Il importe aussi de souligner que, souvent, ce sont les proches des syndicalistes qui sont tués ou menacés. Ces attaques, destinées à intimider les syndicalistes et à affaiblir leur action, visent peut-être aussi à limiter le nombre d’atteintes aux droits humains recensées comme étant dirigées contre des syndicalistes.
Ce rapport contient aussi plusieurs exemples d’atteintes aux droits humains commises contre des femmes syndicalistes. Selon l’ENS, au moins 13 d’entre elles ont été tuées au cours des 11 premiers mois de 2006, contre 15 sur la totalité de l’année 2005 et 16 en 2004. Par ailleurs, 102 menaces de mort contre des syndicalistes de sexe féminin ont été enregistrées en 2005, contre 187 en 2004 et seulement 14 en 2001 et six en 2002. Toujours d’après l’ENS, environ 65 p. cent des syndicalistes victimes de violence en 2005 étaient des hommes et quelque 34 p. cent des femmes(3).
En jouant un rôle actif au sein de syndicats ou d’autres organisations de leur pays, les femmes colombiennes bousculent la répartition traditionnelle des rôles entre les hommes et les femmes. Pour obtenir un poste de premier plan dans ces organisations, elles doivent faire beaucoup plus d’efforts que leurs collègues de sexe masculin. Les menaces et les homicides dont elles sont victimes visent à affaiblir l’action des syndicats, mais portent aussi un rude coup à ces femmes qui cherchent à remettre en cause la répartition traditionnelle des rôles.
Cette personne a besoin de vousEngin Ceber |
Dans le monde entier, des militants font la preuve qu'il est possible de résister aux forces qui bafouent les droits humains. Rejoignez ce mouvement mondial. Combattez les marchands de peur et de haine.
CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE |
Offres d'emploiRECHERCHE |



Suivez-nous sur Twitter
Publier une rubrique, les dernières nouvelles, les dernières actions,...
Version imprimable
envoyer par mail


