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1.2) Liberté d’expression

lundi 22 octobre 2007, par Laura Lhoir

En Chine, le contrôle de la presse est sévère, malgré une évolution positive où de plus en plus de journalistes osent critiquer certains aspects de la politique chinoise. De nombreux journaux et revues populaires ont été contraints de cesser leurs activités. L’accès à plusieurs centaines de sites web internationaux est bloqué et des milliers de sites chinois ont été fermés. Des dizaines de journalistes ont été arrêtés pour avoir évoqué des sujets sensibles.

Les délits d’atteinte aux « secrets d’état », une notion très vague, sont souvent utilisés pour poursuivre des journalistes. Il est difficile de se procurer des journaux étrangers en Chine. Les autres médias, comme la radio, le courrier électronique et Internet, sont très surveillés. Les autorités contrôlent couramment des conversations téléphoniques, des télécopies (fax), le courrier électronique et les communications des dissidents et des défenseurs des droits humains, mais aussi des visiteurs étrangers, hommes d’affaires, diplomates ou journalistes.

Les services de sécurité surveillent les résidences et les bureaux des étrangers, pour contrôler par exemple le contenu de leurs ordinateurs, leurs téléphones et leurs télécopieurs. En octobre 2004, l’État a aussi interdit toute couverture de presse sur les saisies de propriétés rurales. Tous les grands hôtels avaient une équipe de sécurité interne et les chambres d’hôtel étaient parfois surveillées et fouillées.

De nouveaux droits pour les journalistes… étrangers

En janvier 2007, de nouvelles règles ont été introduites pour les journalistes étrangers, qui garantissent aux médias étrangers davantage de libertés qu’auparavant. Depuis janvier 2007, des recherches et des interviews peuvent être faites sans autorisation spéciale des autorités locales. Mais les textes des journalistes étrangers ne semblent pas échapper à la censure chinoise et ne sont pas publiés en Chine même.

Les journalistes chinois quant à eux reçoivent des directives claires sur ce qu’ils ont le droit d’écrire et ce qui doit être tenu secret. Les arrestations arbitraires et les emprisonnements de journalistes sont largement répandus en Chine. En janvier 2007, le Département central de propagande du Parti communiste chinois (PCC) a imposé de nouvelles règles de « pré-censure » obligeant les médias à obtenir la permission de couvrir certains événements historiques ou dates anniversaires concernant des personnages jugés controversés ou politiquement sensibles. Suite à cette mesure, le Département de propagande de l’Administration d’État de la radio, du film et de la télévision a interdit l’évocation de 20 sujets spécifiques, dont la corruption de l’appareil judiciaire et les campagnes en faveur du respect des droits, à l’approche du XVIIe Congrès du Parti communiste chinois en octobre 2007.

En février 2007, certaines sources ont indiqué que le Département central de propagande du PCC avait institué un nouveau système de points pour pénaliser la presse, en vertu duquel les publications ayant perdu tous leurs points seraient contraintes de fermer. Elles disposeraient d’un capital de 12 points, mais le mode de calcul ou de détermination des « fautes » commises demeurait flou.

Selon Cai Chongguo et Marie Holzman, « (…) le double langage est la règle. Alors que le discours en direction des étrangers, sur le scandale des produits alimentaires frelatés par exemple, se veut rassurant (« Il s’agit d’événements isolés. Tout est mis en œuvre pour assurer la sécurité des consommateurs », etc.), les responsables des médias chinois qui s’avisaient de dénoncer un incident quelconque ont été promptement rappelés à l’ordre : seul le ministère concerné est autorisé à délivrer la permission de traiter ces problèmes. Au même moment, les quotidiens regorgent d’éditoriaux, rappelant les périodes idéologiques les plus dures, sur la « justesse de la pensée de Deng Xiaoping » ou la « suprématie du socialisme… »(2)

Le cas de Lan Chengzhang, journaliste battu à mort en janvier 2007 après avoir tenté d’enquêter sur les opérations d’une mine de charbon illégale dans le canton de Hunyuan (province du Shanxi), a provoqué un grand scandale en Chine. Il est mort d’une hémorragie cérébrale après avoir été passé à tabac, semble-t-il, par des voyous recrutés par le propriétaire de la mine. Les autorités locales ont tout d’abord insinué qu’il ne s’agissait pas d’un reporter accrédité et qu’il avait peut-être tenté de soutirer de l’argent au propriétaire, monnayant son silence au sujet des problèmes de la mine. a police locale aurait entravé le travail de journalistes qui s’étaient rendus à Hunyuan pour enquêter sur la mort de Lan Chengzhan. Après l’intervention de hauts responsables, dont le président Hu Jintao, les autorités du Shanxi auraient chargé 70 policiers de faire la lumière sur cette affaire.

La censure frappe aussi les ouvrages écrits par des journalistes, comme le montre l’interdiction qui a frappé les mémoires du grand journaliste Dai Huang et le retrait de la vente d’un livre de Zhang Yihe intitulé La vie des stars de l’Opéra de Pékin. Les deux auteurs ont engagé une action en justice afin de faire annuler ces décisions.

« Je pensais que la situation juridique avait progressé depuis mon dernier séjour en prison […] mais l’inquiétude [affichée par les autorités] montre que sur le long terme, l’élimination des intellectuels a profondément marqué leurs esprits et les gens continuent de vivre dans la peur […] C’est pour cela que je dois me battre », a déclaré Zhang Yihe.

Quand Internet devient un formidable moyen de surveillance !

L’arrivée d’Internet en Chine a provoqué une grande ouverture dans un pays qui était encore relativement fermé sur luimême.

Ainsi, comme le dit James Mann, ancien correspondant à Pékin du Los Angeles Times et auteur du livre « The China Fantasy » (Le Fantasme Chinois), les gens en Chine savent aujourd’hui, grâce à Internet, quand il y a une élection à Taiwan. Ils savent quand la population descend dans les rues en Ukraine. Cependant, le contrôle d’Internet par les organes de sécurité en Chine demeure énorme. Les Chinois peuvent par exemple découvrir des informations sur un parti vert en Allemagne, mais ils ne peuvent pas publier une annonce visant à mettre sur pied un parti vert dans une ville chinoise. (3)

À la fin de 2005, le Centre du Réseau d’Informations sur Internet en Chine a rapporté que plus de la moitié des 111 millions d’utilisateurs d’Internet du pays avait accès à l’Internet de haut débit, soit une hausse de 50% par rapport à l’année précédente. Le système sophistiqué de censure d’Internet que les autorités chinoises ont développé limite la liberté d’expression et d’informations. Ainsi, le programme « Bouclier D’or » (Golden Shield) vise à surveiller les activités des internautes.

En 2005, les autorités ont ordonné un effort pour éliminer les publications « illégales » et pour fermer des blogs dans les universités. Elles ont obligé les journalistes indépendants à suivre une formation idéologique et ont bloqué l’accès à certains sites. Elles ont également exigé que les personnes qui tchatent sur internet enregistrent leurs noms réels. Des sites et des emails utilisant les termes « droits humains », « démocratie », « Tiananmen », « Tibet », « Taiwan » et beaucoup d’autres mots-clés sont régulièrement bloqués.

En 2004, huit salariés d’un des cyber-cafés les plus populaires de Pékin étaient chargés de contrôler le contenu des sites, tandis que dix autres membres du personnel surveillaient la salle pour voir si les clients avaient consulté des sites Web « illégaux ». Ce cyber-café possédait 320 ordinateurs.

Le système de contrôle d’Internet mis en place par la Chine emploit entre 30 000 et 50 000 personnes et serait le plus grand au monde. En pratique, des propriétaires de cyber-cafés sont souvent peu scrupuleux dans la mise en application de telles règles. Pourtant, en 2006, Amnesty International a reçu des informations sur plus de 50 personnes détenues ou emprisonnées après avoir lu ou diffusé des informations politiquement sensibles sur Internet.

En 2005, le gouvernement chinois a repris sa politique de blocage de Wikipedia, l’encyclopédie gratuite sur Internet. En février 2006, un groupe d’anciens responsables du Parti communiste chinois a critiqué la censure d’Internet, déclarant que la censure stricte pourrait « semer des graines désastreuses » pour la transition politique de la Chine. Un porte-parole de gouvernement a répondu que ses règles étaient « entièrement en accord » avec le reste du monde et que « personne n’avait été arrêté juste pour avoir publié des textes sur internet ». Et pourtant :

Kong Youping, un membre du parti Démocrate chinois et ancien syndicaliste dans la province de Liaoning, a été condamné à 15 ans d’emprisonnement en septembre 2004 pour « subversion ». Il avait été détenu fin 2003 après avoir publié des articles sur l’Internet attaquant la corruption officielle et exhortant une réévaluation du mouvement de pro-démocratie de 1989.

Zhang Lin a été détenu en janvier 2005 et reconnu coupable en juillet d’avoir mis en danger la sécurité nationale. L’accusation reposait sur des extraits de 192 articles qu’il a publié en ligne, y compris les paroles d’une chanson rock.

Chen Shuqing a été condamné à quatre ans de prison, le 16 août 2007, pour avoir publié sur Internet des articles hostiles au gouvernement.

Complicité des multinationales

Afin de faire des affaires en Chine, certaines multinationales renoncent aux principes qu’elles ont pourtant édictés ailleurs. Cette attitude renforce l’idée que la Chine est si puissante qu’elle peut imposer ses propres règles.

En 2005, Microsoft a lancé en Chine un portail bloquant l’utilisation de mots comme « liberté » dans le texte d’un blog.

En 2006, Google a mis sur pied un moteur de recherche chinois qui s’autocensure. Des filtres bloquent les sites qui comprennent des mots ou des expressions tels que « droits humains », « démocratie » ou « indépendance de Taiwan ». Le site www.amnesty.org est inaccessible en Chine. Les autorités développent l’utilisation de la police Internet, qui surveille le réseau.

Yahoo ! a transmis aux autorités chinoises des données privées sur le compte courriel de certains utilisateurs, contribuant ainsi à l’incarcération de personnes innocentes. Microsoft et Google se sont l’un et l’autre pliés aux exigences du gouvernement, qui leur demandait de censurer activement les Chinois utilisant leurs services.

Pour plus d’informations, voir le chapitre II.3. Le rôle des multinationales.

Pour plus d’infos sur la censure de Wikipedia en Chine, voir le blog Médias




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