1.6) Répression menée contre des mouvements religieux ou spirituels
lundi 22 octobre 2007, par Laura Lhoir
Il est difficile d’avoir des statistiques sur les religions en Chine. Le pays est en principe athée, mais on estime à plus 100 millions le nombre de “croyants” dont 18% de musulmans, 10% de protestants, 7,2% de bouddhistes, 4% de catholiques et 2,5% de taoïstes.
Dans la tradition chinoise, on parlait surtout des trois religions traditionnelles, ou plutôt des « trois écoles » : le taoïsme, le confucianisme, et le bouddhisme.
Durant la période de la Révolution Culturelle, de 1966 jusqu’à la fin des années 1970, l’Etat ne tolérait pas la religion et méprisait les valeurs culturelles traditionnelles : destructions de lieux de culte, arrestation ou déportation de nombreux croyants et membres des clergés, assassinat, mépris et destructions systématiques de celle-ci.
En 1978, la liberté de croire est inscrite dans la Constitution et cinq religions sont reconnues et déclarées officielles : le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, le protestantisme et le catholicisme.
Depuis quelques années, Pékin reconnaît que la religion fait partie intégrante de la société chinoise, et le régime accorde même des subventions pour construire de nouvelles églises officielles. Dans le même temps, les autorités ont démantelé des paroisses clandestines qui attiraient un nombre croissant de fidèles. La relative libéralisation qui se poursuit depuis la fin des années 70 est soutenue du côté des autorités en partie par la prise de conscience de l’utilité des religions sur les plans économique (grâce au tourisme et aux investissements) et diplomatique (par exemple avec la poursuite de contacts culturels et religieux avec Taïwan).
Mais la libéralisation religieuse reste très relative. Les pratiques sont toujours encadrées par les associations patriotiques, et à un plus haut niveau par les organisations liées au Parti Communiste Chinois (PCC). Tout culte existant en dehors du contrôle du Parti est déclaré illégal. Ainsi, la religion catholique existe officiellement à travers l’Église catholique patriotique de Chine, qui est indépendante de Rome et dont les évêques sont désignés par Pékin, et non par le pape. En Chine, les Catholiques qui reconnaissent l’autorité du Pape, comme tous les autres membres de religions non reconnues par l’État, sont en butte à des persécutions extrêmes.
En avril 2001, le PCC lance la campagne
« Frapper Fort » qui vise le renforcement de
la persécution des groupes religieux non
officiels (bouddhistes tibétains, catholiques
reconnaissant le pape, protestants, musulmans
ouïghours principalement- et les
pratiquants de Falun Gong).
L’absence de liberté de religion encourage les Chinois à fréquenter les paroisses clandestines, lesquelles apparaissent non seulement comme des lieux de culte, mais aussi comme des bastions de résistance.
On assiste aujourd’hui à une forte progression de la religion protestante en Chine, notamment sous sa forme évangélique. Selon des données gouvernementales chinoises que s’est procurées le mensuel hongkongais Chengming, les Eglises protestantes officielles compteraient aujourd’hui 20 millions de fidèles, et les Eglises clandestines 5 millions. Ces chiffres seraient toutefois encore inférieurs à la réalité.
Enfin, il faut souligner le grand succès du Falun Gong, un mouvement spirituel « syncrétique ». 100 millions de Chinois seraient adeptes du Falun Gong, ce qui représente plus que les membres du Parti communiste ! En 2001, les autorités chinoises lancent un plan visant la persécution massive des adeptes de ce mouvement. Le bureau 610 est créé. Il s’agit d’une sorte de police religieuse chargée d’éradiquer le Falun Gong. Des membres sont arrêtés et placés en détention administrative où ils sont soumis à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements.
En 2006, le gouvernement chinois a poursuivi sa politique de répression de la pratique religieuse en dehors des circuits officiels. Des milliers de fidèles d’« églises domestiques » clandestines protestantes et de communautés catholiques non officielles ont été arrêtés ; beaucoup ont été maltraités, voire torturés en détention.
Sources : Amnesty International, Courrier International n°735, 2/12/04 et Wikipédia
• Bu Dongwei, pratiquant du Fa Lun Gong, a été astreint en juin 2006 à deux ans et demi de « rééducation par le travail » pour « activités liées à une organisation interdite », après la découverte par la police de documents du Fa Lun Gong à son domicile. Il travaillait pour une organisation humanitaire américaine.
• Zhang Rongliang, pasteur d’une Église clandestine arrêté et incarcéré à de multiples reprises depuis 1976, a été condamné en juin 2006 à une peine de sept ans et demi d’emprisonnement pour avoir traversé illégalement la frontière et pour s’être procuré un passeport par des moyens frauduleux.
Pour en savoir plus :
Rapports d’Amnesty
Chine – Liberté religieuse : rien que des
morts, décembre 2004, disponible en cliquant ici
La répression s’abat sur le Fa Lun Gong
et d’autres « organisations hérétiques »,
mars 2000, disponible en cliquant ici
Témoignage
Extrait d’un témoignage fait au Parlement européen le 30 mai 2006.
Mme Chen Ying, pratiquante de Falun Gong qui vit actuellement en France, a révélé la persécution qu’elle a endurée en Chine.
« J’ai été forcée à travailler énergiquement pendant plus de seize heures par jours, fabriquant des jouets, des cadeaux et des baguettes de bambou jetables pour l’exportation. Si je n’arrivais pas à faire ce qu’ils me demandaient, j’étais privée de sommeil. En plus des abus physiques, ils m’ont torturée spirituellement en me forçant à regarder des programmes TV et lire des livres qui dénonçaient ma croyance. De plus, j’étais forcée d’écrire mes réflexions sur ce que j’avais vu et lu, de chanter les chansons à la gloire des camps de travaux forcés, et de me reconnaître coupable. On m’empêchait aussi de parler aux autres. Ils m’ont privée de ma dignité et de ma personnalité humaine, m’ont forcée à accepter le lavage de cerveau. J’étais sur le point de m’effondrer mentalement.
La cruelle torture spirituelle a fait que je me sentais étouffée, comme si j’allais mourir. Une telle souffrance sur le long terme m’a rendue très faible. Le lavage de cerveau de forte intensité du régime Communiste Chinois était bien au-delà des limites de ce que je pouvais endurer spirituellement et physiquement. Je fus forcée d’abandonner ma propre croyance et d’agir contre ma conscience. La souffrance spirituelle résultant du lavage de cerveau et de la soi-disant ‘’transformation’’ sont au-delà de ce que les mots peuvent décrire. Je me sentais comme un cadavre ambulant. »
Voir aussi un autre témoignage ici
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