ÉTATS-UNIS (Géorgie) : Troy Anthony Davis (h), Noir, 38 ans
mercredi 4 juillet 2007, par Equipe Action Urgente
AMR 51/116/2007
AU 170/07
3 juillet 2007
Troy Davis doit être exécuté dans l’État de Géorgie le 17 juillet à 19 heures (heure locale). Il est dans le couloir de la mort depuis plus de quinze ans pour le meurtre d’un policier, un crime qu’il a toujours nié avoir commis. De nombreux témoins présentés par l’accusation sont revenus sur leurs déclarations ou se sont contredits depuis son procès.
Le 28 août 1991, Troy Davis a été déclaré coupable du meurtre de Mark Allen McPhail, un policier blanc âgé de vingt-sept ans, qui a été abattu dans le parking d’un fast-food Burger King à Savannah, en Géorgie, aux premières heures du 19 août 1989. Troy Davis a également été déclaré coupable d’avoir agressé Larry Young, un sans-abri ; celui-ci a été accosté et frappé au visage avec un pistolet, juste avant que le policier ne soit tué. Lors du procès, Troy Davis a reconnu s’être trouvé sur les lieux au moment de la fusillade, mais il a nié avoir agressé Larry Young ou tiré sur l’agent McPhail.
Il n’existe aucune preuve matérielle contre lui, en outre, l’arme du crime n’a jamais été retrouvée. Les éléments à charge reposaient entièrement sur les déclarations de témoins. Tous les témoins de l’accusation, à l’exception de ceux qui font partie de la police et de trois civils, sont revenus sur leur témoignage dans des déclarations sous serment signées au cours des années qui ont suivi le procès. L’un des trois témoins à ne pas s’être rétracté est un homme que les avocats en appel de Davis n’ont pas réussi à retrouver pour l’interroger. Un autre témoin, une femme, n’est pas revenue sur ses déclarations, mais s’est contredite par rapport au témoignage qu’elle avait effectué en première instance. Le troisième est Sylvester Coles, le principal autre suspect dans le meurtre, d’après les avocats de la défense en première instance. Celui-ci a été mis en cause par de nouveaux témoignages qui le désignent comme étant le tueur.
Les autres témoins, hormis ceux appartenant à la police, sont revenus sur leurs déclarations contre Troy Davis. En 1989, Kevin McQueen était détenu dans la même prison que Troy Davis. Il aurait déclaré à la police que pendant qu’ils étaient codétenus, Troy Davis avait avoué avoir tiré sur le policier McPhail. Dans une déclaration sous serment faite en 1996, McQueen est revenu sur ses dires, affirmant qu’il avait fait ces déclarations afin de « régler ses comptes » avec Troy Davis, à la suite d’une dispute entre eux. Monty Holmes a témoigné contre Troy Davis lors d’une audience préliminaire, mais il n’est pas venu à la barre des témoins au procès parce que, d’après une déclaration sous serment datant de 2001, il ne voulait pas répéter son faux témoignage. Jeffrey Sapp a déclaré que Troy Davis lui avait dit avoir tiré sur la victime. Lorsqu’il est revenu sur ses dires, dans une déclaration sous serment effectuée en 2003, il a affirmé avoir témoigné contre Troy Davis après avoir subi « de fortes pressions » de la part de la police.
Au cours du procès, Dorothy Ferrell, témoin oculaire, a identifié Troy Davis comme étant la personne ayant tiré sur le policier McPhail. En 2000, elle a déclaré sous serment qu’elle n’avait pas vu le tireur et qu’elle avait témoigné contre Davis par crainte d’être renvoyée en prison si elle ne le faisait pas, étant donné qu’elle était en liberté conditionnelle. Darrell Collins, seize ans au moment des faits, a déclaré sous serment en 2002 que le lendemain de l’homicide, il avait reçu chez lui la visite de 15 à 20 policiers, dont « beaucoup avaient leur arme tirée ». Ceux-ci ont emmené l’adolescent pour l’interroger, et « au bout de deux heures à me faire crier dessus et menacer par les détectives, j’ai fini par craquer et je leur ai dit ce qu’ils voulaient entendre. Ils me disaient que ce qu’ils affirmaient s’était produit, et j’ai répété tout ce qu’ils disaient [...] J’ai témoigné contre Troy à son procès [...] parce que j’étais toujours terrifié à l’idée que la police ne me jette en prison pour complicité de meurtre si je disais la vérité. »
Larry Young, le sans-abri agressé la nuit du meurtre, a désigné Troy Davis comme son agresseur. Ses déclarations sous serment, signées en 2002, constituent une nouvelle preuve du caractère coercitif de l’enquête des policiers sur le meurtre de leur collègue : « Après mon agression cette nuit-là [...] des policiers m’ont attrapé, m’ont jeté sur le capot de la voiture de police et m’ont passé les menottes. Ils m’ont traité comme un criminel, comme si c’était moi qui avait tué le policier […] Ils m’ont bien fait comprendre qu’on ne partirait pas tant que je ne leur aurais pas dit ce qu’ils voulaient entendre. Ils ont suggéré les réponses et je leur ai donné ce qu’ils voulaient. Ils ont mis des documents imprimés devant moi et m’ont ordonné de les signer. Je les ai signés sans les lire. » Dans cette même déclaration sous serment, Larry Young a indiqué qu’« en toute honnêteté, il ne se souvenait pas de ce à quoi ressemblaient les gens ni de ce qu’ils portaient. »
Antoine Williams, employé à Burger King, venait d’entrer sur le parking du restaurant, avec son véhicule, lorsque la fusillade a eu lieu. Au cours du procès, il a identifié Troy Davis comme étant la personne qui avait tiré sur le policier McPhail. En 2002, il s’est rétracté et a affirmé qu’il avait signé pour la police une déposition qu’il n’avait pas pu lire : « Même aujourd’hui, je sais que je ne pourrais pas identifier avec certitude et en toute sincérité la personne qui a tiré sur le policier cette nuit-là. À l’époque des faits non plus. Après m’avoir parlé, les policiers m’ont donné une déposition et m’ont dit de la signer. Et je l’ai signée. Je ne l’ai pas lue parce que je ne sais pas lire. Au procès de Troy Davis, je l’ai identifié comme le tueur. Même au moment où j’ai affirmé cela, je n’avais aucune certitude que c’était bien lui qui avait tué le policier. Je me suis senti obligé de le désigner parce que c’était lui qui était assis dans la salle d’audience. J’ignore totalement à quoi ressemble la personne qui a tiré sur le policier. » Compte tenu des obstacles procéduraux auxquels est confronté un condamné à mort sollicitant une audience sur les éléments de preuve apparus après sa condamnation, Troy Davis n’a pas bénéficié d’une audience examinant les témoignages recueillis jusqu’à ce jour. Lors de l’audition des arguments présentés devant un collège de trois juges de la cour d’appel fédérale du 11e circuit, en septembre 2005, l’un des magistrats s’est déclaré préoccupé à l’idée que Troy Davis ne se soit pas vu offrir la possibilité de présenter les éléments apparus après sa condamnation dans le cadre d’une audience fédérale. Elle a demandé : « Si ces personnes affirment qu’elles ont été contraintes par la police, comment [le juge d’une instance fédérale inférieure] a-t-il pu rejeter ces éléments sans lui accorder une audience ? » La magistrate aurait laissé entendre que sans les déclarations des divers témoins qui se sont rétractés après le procès, il apparaissait que l’accusation n’avait aucun élément contre Troy Davis. En septembre 2006, cependant, la cour d’appel du 11e circuit a confirmé la décision du juge fédéral et le 25 juin 2007, la Cour suprême des États-Unis a refusé d’intervenir dans cette affaire. Pour obtenir de plus amples informations sur le cas de Troy Davis, veuillez consulter le document USA : ‘Where is the justice for me ?’ The case of Troy Davis, facing execution in Georgia, février 2007, http://web.amnesty.org/library/index/engamr51 0232007.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Depuis que les exécutions judiciaires ont repris aux États-Unis en 1977, les autorités de ce pays ont ôté la vie à 1 086 condamnés, dont 40 en Géorgie. Depuis que la Cour suprême des États-Unis a approuvé la nouvelle législation sur la peine de mort en 1976, plus d’une centaine de condamnés ont été libérés du couloir de la mort, sur l’ensemble du territoire, après avoir été innocentés ; pour beaucoup, les déclarations de certains témoins s’étaient avérées peu fiables. Ce taux d’erreurs est l’un des facteurs qui ont contribué à faire reculer le nombre de partisans de la peine capitale aux États-Unis, alors que certains sondages donnent aujourd’hui une majorité d’opinions favorables à un moratoire sur les exécutions.
Amnesty International est opposée à la peine de mort, que le condamné soit coupable ou innocent des faits qui lui sont reprochés. Elle s’efforce dans le même temps de veiller à ce que les États qui continuent de recourir aux exécutions judiciaires respectent au moins les normes internationales. Or, dans l’état actuel de la procédure dont Troy Davis fait l’objet, l’État de Géorgie contrevient aux normes internationales interdisant l’exécution d’une personne dont la culpabilité ne repose pas sur « des preuves claires et convaincantes ne laissant place à aucune autre interprétation des faits. »
ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après, et que vous rédigerez (en anglais ou dans votre propre langue) en utilisant vos propres mots et en vous inspirant des recommandations suivantes :
- expliquez que vous ne cherchez aucunement à excuser le meurtre du policier Mark Allen McPhail, ni à minimiser la gravité de ce crime et les souffrances qu’il a causées ;
faites observer que de nombreux témoins de l’accusation sont revenus sur leurs déclarations depuis le procès, et que de nouveaux éléments tendent à accuser un autre suspect dans le cadre de cette affaire ;
rappelez qu’aux États-Unis, un grand nombre de personnes ont été condamnées à tort à la peine capitale depuis 1976, et faites remarquer que le manque de fiabilité des témoignages a constitué un facteur déterminant dans nombre de ces cas ;
rappelez que dans les affaires passibles de la peine capitale, le droit de grâce est destiné à permettre de remédier aux erreurs irrévocables que les tribunaux n’ont pas pu ou pas voulu réparer ;
appelez le Comité à commuer la peine de mort prononcée contre Troy Davis.
APPELS À :
Comité des grâces et des libérations conditionnelles de l’État de Géorgie :
State Board of Pardons and Paroles, 2 Martin Luther King, Jr. Drive, SE, Suite 458, Balcony Level, East Tower, Atlanta, Georgia 30334-4909, États-Unis
Fax : +1 404 651 8502
Email : Webmaster pap.state.ga.us
Formule d’appel : Dear Board Members, / Mesdames, messieurs,
Ambassade des Etats-Unis d’Amérique
Boulevard du Régent 27
1000 Bruxelles
Fax : 02.511.27.25
PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
Les Actions Urgentes par SMS, faites de votre téléphone portable une arme de libération massive : envoyez le code AU au 3313 (1 € le SMS).
Efficace et rapide, les actions par sms vous donnent la possibilité de signer nos pétitions avec votre gsm
S'il vous est possible d'agir au coup par coup via la publication de l'action sms sur Isavelives.be, le service constitue avant tout un réseau de participants mobilisables chaque semaine.
Pour rejoindre le réseau, envoyer simplement le message "AU" au numéro "3313". Vous serez automatiquement abonné et recevrez tous les mercredis à 14h00 une action pétition par sms. Il vous suffit alors d'envoyer votre nom, prénom et vos coordonnées en réponse au numéro "3313" pour signer la pétition.
Coût :
Activation et abonnement : gratuit
Le message que nous vous envoyons : gratuit
La message que vous nous répondez : 2,00 €
Ce coût permet de financer le service et de soutenir Amnesty pour l'ensemble de ses activités. Vous pouvez nous envoyer autant de réponses que vous le souhaitez. Une réponse avec vos coordonnées sera reprise pour la pétition, les autres seront considérées comme don. Vous avez la possibilité de vous désabonner facilement et à tout moment. Envoyer simplement le message "STOP" au numéro "3313". Votre désabonnement sera effectif sans délai. L'ensemble des signatures récoltées sont imprimées et envoyées vers les autorités.
NOS LISTES D'ACTIONS PAR EMAIL.
Informez-vous et agissez depuis chez vous en vous abonnant à nos listes d'actions et d'informations.Cliquez ici
En vous inscrivant à une ou à toutes nos lettres d'informations et d'actions, vous serez en permanence informé(e) sur nos actions et leurs résultats. Nous nous engageons à respecter les lois en vigueur en mati re de respect de la vie privée. Vous pourrez à tout moment vous désabonner d'une lettre d'information en suivant le lien prévu à cet effet dans la lettre.
Pour vous abonner à nos lettres d'informations et d'actions, complétez le formulaire ci-dessous (les champs marqués d'une * sont requis), choisissez ensuite les listes répondant à vos attentes.


Suivez-nous sur Twitter
Publier une rubrique, les dernières nouvelles, les dernières actions,...
Version imprimable
envoyer par mail
