Être homosexuel(le) en Pologne
lundi 11 février 2002
La législation polonaise ne comporte pas de dispositions anti-discriminatoires sur base de l’orientation sexuelle. Dans la version préliminaire de la nouvelle Constitution (adoptée en 1997), le Comité parlementaire adopta d’abord une clause anti-discriminatoire, énumérant les divers domaines de non-application de la discrimination, mais, à la suite de lourdes pressions de la part des partis conservateurs et de l’Église catholique, le catalogue des raisons de non discrimination a été supprimé. Évidemment, vous pouvez poursuivre en justice des personnes qui ont porté atteinte à votre honneur ou qui vous ont attaqué. Mais, une mesure individuelle est bien moins efficace que la protection légale d’un groupe, assurée par l’État.
Il n’y a pas de loi protégeant les lesbiennes et les gays polonais –mais cela signifie-t-il qu’il y a actuellement des discriminations à leur égard ? En l’absence d’une reconnaissance légale de l’homosexualité et des couples de même sexe (alors que la loi ne spécifie pas ce qu’est une « famille », la Constitution définit le « mariage » comme « une relation entre une femme et un homme »), les partenaires homosexuels sont manifestement désavantagés. Lorsqu’ils héritent des biens de leur partenaire décédé, ils paient des droits d’enregistrement au plus haut niveau, applicables aux non-membres de la famille. Les gays et les lesbiennes jouissent de la liberté d’association, mais, en 1998, les autorités municipales de Varsovie ont refusé à LAMBDA (la principale association de défense des droits des homosexuel(le)s basée à Varsovie) l’autorisation d’organiser une « Gay Pride parce que… l’endroit qu’ils avaient choisi était fréquenté par des mères avec leurs enfants ».
Pourquoi ces préjugés dans la société polonaise ?
Il semble bien que l’image qui prévaut en Pologne sur les lesbiennes et les gays soit basée sur des stéréotypes négatifs renforcés par les médias conservateurs, les politiciens de droite et l’Église catholique.
L’Église, en particulier, est très influente. Plus de 90 % des Polonais se disent catholiques, le pape polonais est considéré comme une autorité à ne pas remettre en question, l’idéologie de l’Église et la morale qu’elle enseigne sont largement suivies aussi bien par le grand public que par les dirigeants sociaux et politiques. Le concept de « loi naturelle », les dogmes religieux et les passages de la Bible sont régulièrement insérés dans des discours publics pour rappeler aux Polonais que l’homosexualité est diabolique.
Bien que la position officielle de l’église catholique est que les homosexuels doivent être acceptés au nom de la compassion, (bien qu’ils devraient réfréner les actes sexuels qui constituent un péché), la plupart des prêtres dénoncent publiquement l’homosexualité et rejettent les gays et les lesbiennes qui s’affichent. Lors de pas mal d’occasions, des officiels de haut niveau de l’Église catholique, y compris le primat de Pologne et beaucoup d’évêques, ont déclaré publiquement que l’homosexualité constitue un comportement déviant. En septembre 2001, un évêque (considéré comme libéral) a dit, lors d’une interview accordée au plus grand quotidien polonais, qu’en raison de leur déviance, les homosexuels ne devraient pas être admis à exercer certains emplois, notamment le travail d’enseignant, et devraient être isolés de la société saine. Une organisation locale de lesbiennes et de gays s’est plainte auprès du procureur, qui a cependant décidé de ne pas intenter d’action en raison du défaut de protection légale pour les homosexuels dans la loi polonaise. C’et ainsi que le cercle vicieux se referme.
La délégation polonaise aux sessions de l’ONU sur les femmes a voté contre les documents proposés, en s’opposant, entre autres, à l’insertion d’une disposition bannissant la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Le chef (masculin) de la délégation justifia sa position par sa répulsion envers la perversion et exposa avec désinvolture son ignorance en disant : « nous disons non à la pédophilie ! ». Si vous liez des journaux polonais ou si vous regardez la télévision polonaise, vous n’allez pas manquer de remarquer leur homophobie sans réserve. Les médias propagent de manière éhontée l’image négative des gays et des lesbiennes. Dans la plupart des articles de presse et des programmes TV, l’homosexualité est présentée comme une orientation sexuelle « perverse » ou « bizarre » ; les gays et les lesbiennes sont généralement mentionnés dans le contexte du sida et de la pédophilie ; la perspective de gays et de lesbiennes adoptant des enfants est décrite comme un scandale et une abomination. Même si elle est offerte, l’éducation sexuelle tend à voiler l’homosexualité. Plusieurs textes de livres approuvés par le ministère de l’Éducation suivent tout droit le dogme catholique. Plutôt que de fournir une information digne de confiance et de conseiller les jeunes gays et lesbiennes, leur contenu fait état des rôles rigides des sexes et des structures familiales sans place pour les identités sexuelles qui ne sont pas dans la norme.
Selon un rapport publié en 2001 par l’Association Lambda [1] de Varsovie et basé sur les résultats d’une enquête nationale, 22 % d’entre eux ont subi des violences physiques : coups, viol, attaques. Pratiquement tous ceux qui étaient harcelés , 77 % des victimes de violences physiques et 93,5 % des victimes d’ordre psychologique, n’ont jamais rapporté les incidents.
De façon ironique, lorsque Lambda lança son rapport à Bruxelles devant un Parlement européen à l’écoute de la situation des lesbiennes et des gays dans les pays candidats à l’accession à l’Union européenne, la plus grande partie des médias polonais ignorait les résultats de l’enquête. Les rares qui en parlaient, y compris le plus grand quotidien polonais (se positionnant comme étant le journal libéral et intellectuel) ont réagi avec beaucoup d’hystérie en accusant le rapport de constituer une pierre d’achoppement pour la voie de l’accession de la Pologne à l’Union européenne. Les gays et les lesbiennes, qui souffrent manifestement de sérieuses discriminations et de violations des droits humains en Pologne, étaient une fois de plus accusés de comportement anti-patriotique et antisocial. La perspective d’un avenir meilleur existe-t-elle ? Sûrement, dans le contexte de l’intégration européenne, dans la libéralisation des mœurs et l’importance décroissante du dogme catholique, les choses changent lentement en mieux pour les lesbiennes et les gays polonais. Ce qui est certainement requis, c’est une législation progressiste, une meilleure éducation, la promotion des droits humains et la démocratisation du discours public afin d’encourager les voix qui sont restées lettres mortes jusqu’ici. Si la Pologne ne relève pas ce challenge, elle restera un bastion de l’homophobie et elle ne respectera pas les normes démocratiques en matière de droits humains des citoyens gays et des lesbiennes.
(Texte traduit de l’anglais par Anne Lowyck)
Sources : Equality for Lesbians and Gay Men . A relevant issue in the EU Accession process. A report by ILGA-Europe – 2001.Brussels, mars 2001 Report on Discrimination on grounds of Sexual orientation in Poland. Stowarzyszenie LAMBDA Warszawa. Warsaw, 2001
Notes
[1] la plus importante des associations polonaises de défense des droits des homosexuel-les. Voir leur site
Cette personne a besoin de vousHu Jia et Zeng Jinyan |
Dans le monde entier, des militants font la preuve qu'il est possible de résister aux forces qui bafouent les droits humains. Rejoignez ce mouvement mondial. Combattez les marchands de peur et de haine.
CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE |
Offres d'emploiRECHERCHE |


Suivez-nous sur Twitter
Publier une rubrique, les dernières nouvelles, les dernières actions,...
Version imprimable
envoyer par mail