Des violences sexuelles largement répandues
Le gouvernement turc n’a toujours pas réussi à traduire pleinement dans les faits ses obligations de respecter et de protéger les droits des femmes. Selon les témoignages recueillis par Amnesty International, de nombreuses femmes sont victimes de violences sexuelles lors de leur garde à vue. Elles sont souvent complètement déshabillées par des policiers de sexe masculin lors de leur interrogatoire. Les femmes subissent parfois des atteintes sexuelles en présence de leur mari ou de proches pour forcer ces derniers à « avouer » ou pour humilier l’ensemble de la famille et de la communauté. Au cours d’entretiens réalisés auprès de plus de 100 femmes détenues dans les prisons de Diyarbakir, Muss, Mardin, Batman et Midyat, l’Association des avocates de Diyarbakir a établi que presque toutes les détenues avaient dû effectuer un « test de virginité » et avaient enduré des violences sexuelles, verbales ou physiques, au cours de leur garde à vue. Les viols ne se font pas au hasard : les représentants de l’Etat savent pertinemment que les victimes seront peu disposées à raconter ce qui s’est passé. Dans un pays où l’honneur des femmes passe encore bien souvent par leur sexualité, raconter l’indicible est souvent synonyme de rejet. De plus, les femmes qui dénoncent les sévices sexuels infligés par des représentants de l’État s’exposent à de nouvelles violences et les avocats qui les représentent endurent eux aussi des persécutions de la part de leur entourage, de l’Etat et des médias.
Impunité des auteurs
Lorsque les responsables des violences sexuelles sont des agents de l’Etat, il s’avère particulièrement difficile d’obtenir réparation. D’une part, le taux de poursuites engagées est très faible ; d’autre part, la loi sur les poursuites contre des représentants de l’Etat fait que les fonctionnaires sont plus à même de tirer parti des prescriptions que toute autre personne ayant à répondre d’accusations pénales. Actuellement, l’auteur d’une infraction ne peut pas être condamné si un laps de temps suffisant s’est écoulé depuis la date du crime.
Responsabilités de l’Etat
Dans son rapport, Amnesty souligne que la violence de l’Etat, ou son silence face aux violences, vient cautionner les violences commises au sein des familles et des communautés et place toutes les femmes en situation de danger. Car tant que l’Etat et ses représentants utiliseront la violence envers leurs citoyennes, les violences au sein des familles ne pourront cesser. De plus, les discriminations et les violences sexuelles envers les femme sont étroitement liées. Les discriminations sociales, économiques et politiques auxquelles les femmes sont confrontées en Turquie conduisent non seulement à minimiser les violences mais aussi à les légitimer. En ratifiant plusieurs conventions internationales relatives aux droits humains et notamment la Convention contre toutes les formes de discriminations envers les femmes (CEDAW), la Turquie est dans l’obligation non seulement de légiférer contre la violence sexuelle et d’en faire une infraction pénale, mais aussi d’adopter toute une série de mesures pour prévenir ces violences : formation des policiers, centre d’informations, programmes éducatifs etc. L’Etat est également tenu de prendre les mesures nécessaires pour garantir aux femmes l’égalité des chances en matière d’éducation, d’accès à la nourriture, au logement, à l’emploi et aux organes officiels du pouvoir. Malgré les quelques réformes entreprises, la Turquie est encore loin de faire face à ses obligations en matière de respect des droits humains.
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