
- Les parents de Kheda Koungaïeva montrent la photo de leur fille qui a été violée et tuée par un colonel de l’armée russe en Tchéchénie en mars 2000
Dans la nuit du 26 mars 2000, Kheda (Elza) Vissaïevna Koungaïeva, dix-huit ans, originaire du village de Tangi-Chu a été enlevée au domicile de sa famille par le colonel Youri D. Boudanov, commandant d’un régiment de chars, et ses soldats. Le colonel Boudanov a emmené Kheda Koungaïeva dans sa tente, apparemment pour l’interroger, et il l’a étranglée. Un médecin légiste des forces armées russes est parvenu ultérieurement à la conclusion qu’avant de mourir, Kheda Koungaïeva avait été violée par plusieurs hommes. Les services du procureur général ont ouvert une enquête sur cette affaire et le 30 mars 2000, le colonel Boudanov a été appréhendé. Il a affirmé que pendant son interrogatoire, il avait tenté de contraindre Kheda Koungaïeva à avouer qu’elle était un tireur isolé et qu’il l’avait étranglée dans un état de démence temporaire. Le colonel Boudanov a été inculpé d’homicide et d’abus de pouvoir. D’après les informations recueillies, il a été placé en détention et a subi des examens psychiatriques en novembre 2001 à l’Institut Serbski de Moscou. L’établissement a confirmé qu’il avait commis ce meurtre dans un état de démence temporaire. En janvier 2003, un tribunal a décidé d’exempter de toute responsabilité pénale le colonel Iouri Boudanov, pour cause de « folie passagère », et de le laisser interné dans un hôpital psychiatrique. Amnesty International a déploré ce déni de justice, estimant que cette décision ne pourrait que réduire encore un peu plus la confiance que pouvait avoir la population civile de Tchétchénie à l’égard d’un système judiciaire censé la protéger et lui permettre d’obtenir réparation. En effet, des milliers de civils ont été arbitrairement détenus, torturés ou tués par les forces russes en Tchéchénie.
Le 25 juillet 2003, le colonnel Boudanov a été condamné à 10 ans de détention en camp à régime sévère. Il a été reconnu coupable d’abus de pouvoir, enlèvement et meurtre. Son grade de colonel lui a été retiré, ainsi qu’une médaille pour bravoure. Son avocat a indiqué qu’il ferait appel. Jamais un officier de ce rang n’avait été condamné pour un crime commis en Tchétchénie.




