Environ 3 000 représentants d’Etats et d’organisations de femmes et de défense des droits humains se sont rassemblés à New York en mars 2005 pour célébrer le dixième anniversaire de la Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes qui s’était tenue à Beijing (Pékin), et pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing. Les Etats ont unanimement confirmé les engagements pris une décennie plus tôt. Mais ils n’ont pas annoncé de nouvelles mesures au sujet de la promotion et de la protection des droits fondamentaux des femmes, leur absence d’engagement étant notamment liée aux attaques rétrogrades constatées contre ces droits depuis quelques années. Cette offensive, qui visait en particulier les droits des femmes en matière de sexualité et de procréation, était conduite par des groupes chrétiens conservateurs appuyés par les Etats-Unis et bénéficiait du soutien du Saint-Siège et de certains Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique.
Attaques contre les droits des femmes, évolution du contexte mondial en matière de sécurité et absence de volonté des Etats d’appliquer les normes internationales relatives aux droits humains, tel était le cadre dans lequel Amnesty International a continué de s’associer aux groupes de femmes du monde entier pour promouvoir les droits fondamentaux des femmes tout au long de 2005.
Des progrès ont toutefois été constatés, notamment dans le domaine législatif, puisque certains pays ont fait reculer les discriminations sexistes. En Ethiopie, le nouveau Code pénal ne prévoyait plus d’exempter de poursuites le mari ayant enlevé et violé une femme avant de l’épouser. Le Parlement koweïtien a modifié la loi électorale pour permettre aux femmes de voter et de se présenter. Amnesty International a salué l’entrée en vigueur en Afrique du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes. Dans les îles Salomon, les organisations de femmes ont fêté l’ouverture du premier centre d’accueil jamais créé dans le pays pour les victimes de violences familiales.
Malgré les avancées obtenues par le mouvement mondial des femmes ces dernières années, la généralisation de pratiques discriminatoires et l’impunité pour les auteurs de violences continuaient de menacer les droits fondamentaux des femmes à vivre libres et en sécurité, et à demander justice.
En 2005, la campagne Halte à la violence contre les femmes s’est concentrée principalement sur les violences perpétrées durant les conflits armés ou au sein de la famille et sur le rôle des femmes défenseures des droits humains.
Tout en axant de plus en plus sa campagne sur les violences commises dans la sphère privée, dans le cadre des relations intimes, Amnesty International a souligné que les Etats devaient faire en sorte de protéger, respecter, promouvoir et concrétiser les droits fondamentaux des femmes. L’organisation a publié des documents témoignant des violences domestiques commises dans un certain nombre de pays, dont l’Afghanistan, l’Espagne, le Guatémala, les pays du Conseil de coopération du Golfe, l’Inde, l’Irak, Israël et les territoires occupés, le Nigéria, la Russie et la Suède. D’autres rapports ont été consacrés aux conséquences des armes à feu sur la vie des femmes, ainsi qu’aux répercussions des violences sur la santé des femmes. Une vaste étude publiée en 2005 par l’Organisation mondiale de la santé soulignait en outre les effets à long terme des violences exercées contre les femmes. Comme Amnesty International n’a cessé de l’affirmer, ces violences infligent des souffrances physiques et psychologiques durables, tout en ayant des répercussions sur le bien-être et la sécurité des membres de la famille et de l’entourage. Les violences contre les femmes étant simultanément un problème de droits humains et un facteur de crise pour la santé publique, Amnesty International a accepté l’invitation qui lui avait été faite de rejoindre le Comité directeur de la Coalition mondiale sur les femmes et le VIH/sida.
A l’occasion d’une conférence des défenseures des droits humains qui s’est tenue à Sri Lanka en fin d’année, diverses organisations et personnalités ont reconnu la contribution significative de ces militantes à la promotion des droits humains en général et les risques sérieux auxquels elles s’exposent (meurtres, enlèvements, viols, « disparitions », agressions, etc.). Ceux et celles qui défendent les droits humains des femmes et l’égalité entre les sexes sont souvent visés en raison même de leurs activités et risquent d’être marginalisés, victimes de préjugés ou mis en danger. En 2005, les défenseurs de droits contestés tels que le droit à un environnement sain ou les droits en matière de sexualité étaient particulièrement exposés : ces personnes étaient considérées comme une menace pour le statu quo. Deux décisions prises en 2005 par le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes sont venues souligner la nécessité de combattre les violences contre les femmes en mettant en œuvre des stratégies globales. Dans la ville mexicaine de Ciudad Juárez, des centaines de femmes pauvres, des autochtones pour la plupart, ont été enlevées et assassinées ces dernières années, sans véritable réaction des pouvoirs publics. Le Comité a demandé une révision approfondie et systématique du système judiciaire et une vaste campagne d’éducation populaire pour remédier à la discrimination contre les femmes, inscrite dans les structures mêmes de la société. Une Hongroise a porté plainte contre les autorités de son pays qui, malgré ses nombreux appels à l’aide, ne l’avaient pas protégée contre les violences répétées que son ex-compagnon lui faisait subir. En l’espèce, le Comité a réaffirmé que, lorsque les pouvoirs publics n’exercent pas la diligence requise pour empêcher, juger et sanctionner les violations des droits humains, la responsabilité des violences commises incombe aux Etats eux-mêmes.
Voir également la place de cette campagne au sein des autres campagnes menées par Amnesty International en 2005.





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