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Nigéria : Viol, l’arme silencieuse

AFR 44/020/2006

mercredi 16 mai 2007, par Françoise Guillitte

« Les hommes armés tenaient ma mère, ils l’ont violée... Ils m’ont violée. J’étais enceinte de deux mois et j’ai fait une fausse couche. Ils ont violé ma fille de neuf ans en la pénétrant avec leurs mains. » Témoignage d’une victime de viol à Odioma, État de Bayelsa

Le viol de femmes, d’adolescentes et de fillettes par des membres de la police ou par les forces de sécurité, chez elles ou au sein de leur communauté, est un phénomène endémique au Nigeria. Ces violences subsistent parce que l’État ne s’est pas attaqué à la discrimination à l’encontre des femmes ni à l’impunité qui est la règle pour les violations des droits humains commises par la police et les forces de sécurité.

Bien que le Nigeria soit un État partie à la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et au Protocole sur les droits des femmes en Afrique annexé à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le gouvernement nigérian n’a pris aucune mesure significative pour faire appliquer ces obligations en vertu du droit international dans la législation, les politiques et les pratiques au niveau national. Au contraire, le gouvernement ne cesse de fermer les yeux sur les violences sexuelles et les viols commis par des agents de l’État, notamment par les forces de sécurité et par la police.

Amnesty International a constaté que les forces de police et les forces de sécurité du Nigeria commettent des viols dans des circonstances diverses, tant en service qu’en dehors de leur service. Des femmes et des jeunes filles ont été violées par des policiers en patrouille ou pendant leur arrestation et leur détention. Le viol est parfois un moyen d’intimider des communautés entières. Ceci est particulièrement fréquent dans le delta du Niger ou des viols ont été commis par les forces de sécurité déployées par le gouvernement fédéral afin de protéger la production de pétrole. Dans certains cas, des femmes ont été détenues plusieurs semaines en situation d’esclavage sexuel dans des casernes militaires et violées à maintes reprises. Dans la quasi-totalité des cas étudiés par Amnesty International, les auteurs de ces atteintes ont agi en toute impunité.

Les femmes et les jeunes filles qui subissent des viols ou d’autres formes de violences sexuelles par des acteurs non étatiques sont également confrontées à l’indifférence de l’État. Régulièrement, les autorités du Nigeria ne parviennent pas à agir avec la diligence due concernant les viols et violences sexuelles. Le principe juridique international de la diligence due exige qu’un État qui a connaissance ou devrait avoir connaissance d’atteintes aux droits humains et ne prend pas de mesures appropriées pour prévenir ou faire cesser ces violations, porte la responsabilité de ces actes.

Des obstacles considérables s’opposent au signalement et aux poursuites des affaires de viol au Nigeria. Les policiers manquent de formation et des victimes de viol ont subi humiliations et intimidations alors qu’elles étaient sous l’autorité de la police. Les enquêtes policières sont entravées par la corruption et l’incompétence, et les condamnations sont rares. L’absence d’un système de plaintes indépendant de la police qui permettrait d’enquêter sur les allégations mettant en cause des policiers fait gravement obstacle à la justice.

Les définitions du viol dans la législation nationale sont inadaptées et il existe des différences importantes entre les diverses définitions, les règles concernant les preuves et les châtiments applicables (entre les lois fédérales, celle des États, la charia et le droit coutumier), ce qui conduit à des décisions arbitraires concernant la gravité de ce crime.

La législation en vigueur contient aussi de nombreuses dispositions discriminatoires. Par exemple, en vertu de la Loi sur le Code pénal applicable dans le sud du Nigeria, les jeunes filles qui sont violées subissent une discrimination du fait des limites imposées à la présentation aux tribunaux des cas de « défloration ». Selon la charia applicable dans certains États du Nigeria, le viol est très difficile à prouver. Dans les cas où la victime d’un viol ne parvient pas à assumer la charge de la preuve selon des règles très strictes, l’auteur des faits jouit de l’impunité, alors que la victime risque d’être punie pour avoir porté des allégations non fondées. La victime est également confrontée au risque d’être accusée d’avoir consenti à des relations sexuelles extraconjugales et peut par conséquent se voir infliger une sentence de mort par lapidation.

Le non-respect de l’exercice de la diligence due, le fait que les questions relatives aux lois et pratiques discriminatoires n’aient pas été abordées ou traitées, et l’absence de mesures significatives destinées à prévenir et punir le viol et les violences sexuelles constituent une grave violation des obligations du gouvernement à l’égard de traités comme la CEDAW, entre autres.

Amnesty International appelle les autorités fédérales et celles des États du Nigeria à remettre en cause de toute urgence les systèmes judiciaires et sociaux qui tolèrent que les violences sexuelles et les viols soient aussi répandus. L’organisation recommande un ensemble de mesures spécifiques devant être prises au plus tôt afin de donner véritablement effet aux traités internationaux que le Nigeria a ratifiés et mettre fin à l’impunité dans les affaires de violences contre des femmes.

Le rapport complet en français est annexé à cet article

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7 Messages de forum

  • Nigéria : Viol, l’arme silencieuse Le 6 juin 2007 à 14:43 , par Gimenez

    N’est-il pas possible de demander aux différents gouvernements des NU leur intervention et de proposer la radiation tant que des dispositions concrètes ne sont pas en aplication.

    De plus IL FAUT intervenir auprès de toutes les agences touristiques de nos pays, dit civilisés, afin de leur demander de ne plus proposer de voyages organisés vers ce pays. Les plus malheureux ne seront pas privé de ce capital financier touristique qui ne profite qu’à certains...

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  • Nigéria : Viol, l’arme silencieuse Le 6 juin 2007 à 15:18 , par Danielle

    Je suis horrifiée, dégoutée. les mots me manque. Ou sont les droits humains ?
    Pourquoi ces hommes sont-ils capables de faire cela. Je ne comprends rien ...

    Je ne trouve en plus pas la pétition concernant ce sujet.

    Répondre à ce message

  • Nigéria : Viol, l’arme silencieuse Le 6 juin 2007 à 17:24 , par Toudounet

    Abject, immoral, honteux : l’humanité est en proie à des souffrances atroces, AMNESTY est là pour les soulager !

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    • Nigéria : Viol, l’arme silencieuse Le 7 juin 2007 à 19:33 , par Stéphanie FUENTES

      L’ONU devrait demander des comptes aux pays signataires qui ne respectent pas leurs engagements. Pourquoi fait-on tant de bruit autour de l’entrée de la Turquie dans l’europe parce qu’elle ne respecte pas les droits de l’homme si c’est pour se taire sur ces pays qui « ne nous concernent pas »/« qui sont si lointains »/ « qui ont des moeurs si différentes »...autant d’excuses qui nous font fermer les yeux !Nous sommes complices de ces violeurs en ne nous indignant pas, en ne faisait pas circuler de pétition partout :(bureau/famille/mails/marchés/métro...).Notre silence c’est leur mort.Présentons la pétition signée à Monsieur Sarkosy...Il dit être la voix de tout le peuple...qu’il porte donc notre voix devant l’ONU !

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  • Nigéria : Viol, l’arme silencieuse Le 6 juin 2007 à 23:45 , par Luc, enseignant infographiste

    JE NE TROUVE PAS DE LIENS VERS LA PETITION ! Pouvez vous (les administrateurs du site) rendre ça plus clairs SVP.

    Merci d’avance. Je me sens tellement bouleversé à chaque fois que je parcours votre site.

    Je ne peux pas m’empêcher de poser une question simple : Est ce qu’il y a plus d’informations et qu’elle circule mieux qu’il y a 30 ans (quand j’avais 13 ans) - ou est ce que les situations de non respect, situations inhumaines infligées aux personnes les plus vulnérables sur la planète se sont démultipliées ?

    Après tout peut importe la proportion exacte de l’une ou de l’autre, quand autant d’êtres humains oppressent et asservissent sauvagement (ponctuellement ou régulièrement) de manière isolée ou organisée sous forme de faction militaire (ou soi disant militaire dans certains cas) OPPRESSENT AUTANT et autant d’êtres humains - je peux penser que les habitants de cette planète sont en train de développer à une échelle jamais connue, une sorte de guerre civile planétaire. Et qui me semble peut être dégénérer...

    Qui accuser ? et aussi quoi accuser ? Comment accuser ? Comment réparer les torts subis ? Comment prévenir ? se prémunir de telles violences ?
    Aux différentes échelles qui sont personnelles, familiales, de la ville, du pays, du regroupement de pays (Europe par exemple)...

    Nous vivons une époque diablement moderne ! J’espère pouvoir m’exprimer à nouveau bientôt.

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  • Nigéria : Viol, l’arme silencieuse Le 22 juin 2007 à 11:41 , par Esperanza

    Mais dans quel monde vivons nous ?
    J’en ai mal au ventre de lire ces atrocités, que puis-je faire pour aider ces femmes et ces fillettes.
    J’ai la rage et une colère profonde de savoir que des hommes sans impunité agissent de la sorte. Ici en France on les emprisonnerai.

    Si je peux signer une pétition, je le ferai.

    Au nom de toutes les femmes de la Terre.

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