Ce résumé du rapport d’Amnesty International intitulé « Mettre fin à la violence contre les femmes : un combat pour aujourd’hui » (index AI : ACT 77/001/2004) insiste sur la responsabilité de l’État, de la société et des citoyens, qui doivent prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à la violence contre les femmes.
De la naissance à la mort, en temps de paix comme en temps de guerre, les femmes sont exposées à des actes de discrimination et de violence commis par les États, le milieu social ou les familles. L’infanticide des filles prive du droit de vivre d’innombrables êtres humains de sexe féminin. Chaque année, des millions de filles et de femmes sont violées par leurs partenaires, des membres de leur famille, des amis et des inconnus, des employeurs et des collègues, des agents des forces de sécurité et des soldats. Les femmes, les enfants et les hommes souffrent de la violence domestique, mais l’immense majorité des victimes sont des femmes, des plus jeunes aux plus âgées. Au cours des conflits armés, la violence contre les femmes est souvent une arme de guerre destinée à les déshumaniser ou à persécuter le groupe auquel elles appartiennent. La violence contre les femmes ne se limite pas à un système politique ou économique en particulier : on la trouve dans toutes les sociétés du monde, elle ignore les barrières de la richesse, de la race ou de la culture. Les structures de pouvoir qui, dans la société, perpétuent la violence contre les femmes sont profondément ancrées et inflexibles. Partout dans le monde, les femmes qui ont reçu des menaces ou subi des actes de violence se trouvent dans l’impossibilité d’exercer pleinement leurs droits humains. Partout dans le monde, des femmes se sont organisées pour démasquer et affronter la violence dont elles sont victimes. Elles ont fait évoluer de façon spectaculaire les législations, les politiques et les pratiques en usage. Elles ont mis les sévices dont elles étaient victimes sur la place publique alors qu’ils sont en général cachés des regards. Elles ont montré que la violence contre les femmes obligeait les autorités, les sociétés et les citoyens à réagir. Elles ont, avant toute chose, récusé l’image courante de la femme victime passive de la violence. Malgré les obstacles auxquels elles se heurtent dans de nombreux pays, des militantes sont aux avant-postes de la lutte contre la violence dont les femmes sont les victimes. Pour autant, ceux et celles qui œuvrent en faveur des droits des femmes ont souvent fait face à la réaction brutale de forces qui pensent que l’égalité entre hommes et femmes met en danger la stabilité sociale et certains intérêts économiques bien établis. Dans de nombreuses régions du monde, les progrès obtenus par les femmes sont en ce moment même annulés ou ignorés.
« Je ne sais vraiment pas ce qui m’a décidée, ce soir-là, à appeler la police, mais je dis toujours que je l’ai fait quand je me suis vue nettoyer mon propre sang. »Lorraine, une Britannique, s’est fait battre continuellement par son compagnon pendant huit ans avant d’en parler à quelqu’un. « Les gens m’ont demandé pourquoi je ne quittais pas tout simplement mon compagnon, mais il me menaçait tout le temps et il mettait toujours ses menaces à exécution. J’avais très, très peur de lui. À force, on en arrive à s’habituer, à accepter cela comme un élément normal de sa vie, on s’adapte, on fait face, on cache son calvaire. » Au Royaume-Uni, les services d’urgence reçoivent en moyenne un appel par minute concernant la violence au sein de la famille.
Un scandale en matière de droits humains
Les chiffres de la violence contre les femmes révèlent l’existence d’une véritable catastrophe mondiale en matière de droits humains.
* Au moins une femme sur trois a été battue, forcée à des rapports sexuels ou violentée d’une manière ou d’une autre à un moment de sa vie. Le coupable est en général un membre de la famille ou quelqu’un qu’elle connaît. * Selon des données recueillies par le Conseil de l’Europe, la violence domestique est, pour les femmes de seize à quarante-quatre ans, la principale cause de mort et d’invalidité, avant le cancer ou les accidents de la route. * Plus de 60 millions de femmes « manquent » dans le monde aujourd’hui, du fait des avortements sélectifs et des infanticides de filles. Le dernier recensement réalisé en Chine en 2000 a montré que le ratio entre les naissances de filles et celles de garçons était de 100 pour 119. La norme biologique est de 100 pour 103. * Aux États-Unis, en 1999, les femmes représentaient 85 p. cent des victimes de violence domestique, selon la Rapporteuse spéciale des Nations unies chargée de la question de la violence contre les femmes. * Le gouvernement russe estime que 14000 femmes ont été tuées par leur partenaire ou un membre de leur famille en 1999, mais le pays n’a toujours pas de loi visant spécifiquement la violence domestique. * Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 70 p. cent des femmes victimes d’un homicide sont tuées par leur partenaire masculin.
Ces statistiques sont la partie visible de l’iceberg. Les actes de violence perpétrés contre les femmes font l’objet de peu de signalements car les femmes ont honte, ou craignent l’incrédulité, l’hostilité ou un regain de la violence.




