Amnesty International est préoccupée par les allégations faisant état de mauvais traitements infligés par des policiers à des Rom (Tsiganes) de Macédoine en raison de leur appartenance ethnique. L’organisation a notamment recueilli des allégations selon lesquelles deux femmes rom, A , majeure, et B, une adolescente de dix-sept ans, ont été brutalisées par des policiers à Strumitsa le 6 novembre 2000 . Bien que l’Association pour la protection des droits des Rom ait porté plainte en leur nom pour mauvais traitements infligés par la police peu après les faits, elle n’a reçu à ce jour aucune réponse des autorités macédoniennes. Amnesty International craint que l’absence d’enquête sur cette affaire depuis un an et demi ne puisse conforter le sentiment que les auteurs de violations des droits humains peuvent agir en toute impunité. A et B ont été arrêtées le 6 novembre 2000 par des policiers à Strumitsa, après qu’une adolescente appartenant à leur famille, C, qui avait dissimulé sa grossesse à ses proches, eut avorté. Le père de C l’a dénoncée à la police après qu’elle lui eut avoué son geste. Il a déclaré aux policiers que le fœtus était tombé dans une fosse septique. Au cours des quelques jours qui ont suivi, plusieurs membres des forces de l’ordre accompagnés d’un juge se sont présentés au domicile de la famille, mais ils n’ont pas trouvé de fœtus dans la fosse. Le deuxième jour, le juge aurait attrapé C par les cheveux et l’aurait giflée pour la contraindre à avouer où se trouvait le fœtus. C est tombée à terre, s’est évanouie et a été conduite à l’hôpital par son père. Pensant que le fœtus avait été dissimulé ailleurs et que C avait avorté illégalement , la police a emmené la mère de C, A, et sa belle-sœur, B, au poste de police pour les interroger. Au cours d’un entretien avec des représentants de l’Association pour la protection des droits des Rom et d’Amnesty International, en décembre 2000, A a décrit sa garde à vue dans les termes qui suivent : " Un policier m’a enfermée dans un bureau du poste de police de Strumitsa avec deux autres policiers. En recourant à la force et en m’injuriant, ils ont essayé de me faire dire ce qui n’était pas vrai. Un policier en civil m’a frappée sur la tête, les bras et le corps avec un bâton. Ils m’ont embrassée et m’ont tiré les cheveux. L’un d’eux a mis ses pieds sur ma poitrine. « A a également affirmé avoir été menacé d’atteintes sexuelles par un des policiers, qui s’est mis sur elle et lui a demandé où avait été enterré le bébé. Terrorisée, elle leur a dit qu’il était enterré au cimetière. Ce fonctionnaire de police, un de ses collègues et un chauffeur l’ont alors emmenée au cimetière rom. Là, a indiqué A, » le policier a sorti un pistolet et m’a frappée devant dix autres personnes. C’est une zone peuplée. Ils m’ont battue tous les deux. J’ai déclaré au policier que j’avais dit que le bébé était enterré au cimetière parce que j’avais peur, mais il a continué à me battre. " Une fois de retour au poste de police, A a été conduite dans une pièce située au sous-sol, où elle a apparemment été battue, frappée sur la tête avec une arme à feu, et menacée de mort et d’être laissée là sans eau ni nourriture jusqu’à ce qu’elle avoue. « Pour sauver ma vie, je leur ai dit que le bébé était enterré dans les montagnes. » A a été relâchée après avoir passé trois heures en garde à vue. Son mari a raconté qu’il avait été jeté dehors après s’être rendu au poste de police pour s’enquérir de l’identité des policiers responsables des mauvais traitements dont sa femme affirmait avoir été victime. B, qui était alors âgée de dix-sept ans et avait un enfant de cinq mois, a déclaré à Amnesty International et à l’Association pour la protection des droits des Rom qu’elle avait été conduite au poste de police à 8 heures du matin le 6 novembre 2000. D’après son récit, pendant son interrogatoire, trois policiers en civil l’ont insultée, ont fait des commentaires à caractère sexuel et lui ont touché diverses parties du corps. Lorsqu’elle a affirmé qu’elle ignorait totalement où se trouvait le bébé décédé, en indiquant simplement qu’elle pensait qu’il se trouvait dans la fosse septique, les fonctionnaires de police ont apparemment commencé à la frapper. Ensuite, a-t-elle indiqué, « j’ai été conduite dans une pièce en bas et ils m’ont frappée sur la tête. On m’a dit que je resterais en prison. Ils m’ont donné des coups de pied dans la tête. L’un d’entre eux a sorti un pistolet et dit : »Maintenant je vais te tuer." J’avais très peur, alors je lui ai dit comment avait été enterré le bébé. L’un d’eux a pris une agrafeuse et m’a planté une agrafe dans la main droite. Je pleurais et je saignais. Ils ont dit que si je ne parlais pas, ils me mettraient en prison. Il y avait trois policiers dans la pièce, tous en civil. « B a indiqué qu’elle avait ensuite été conduite dans la cour, où un policier l’avait embrassée en lui disant de n’en parler à personne. Elle a ensuite été abandonnée seule dans une autre pièce lorsque des policiers ont fait entrer A pour l’interroger. » Quand on m’a dit de quitter le poste de police, à 14 heures, les policiers m’ont ordonné de ne parler à personne de ce qui s’était passé. Je pleurais et j’avais honte. J’étais inquiète car ma petite fille n’avait pas été nourrie depuis les premières heures de la matinée. " Le 8 novembre 2000, l’Association pour la protection des droits des Rom a porté plainte au nom de A et B auprès du ministère public contre les policiers qu’elles accusaient de les avoir maltraitées. Le 9 novembre, l’Association a écrit au ministère de l’Intérieur, dont relèvent les forces de police, à propos de ces allégations de mauvais traitements. Fin décembre 2001, elle n’avait reçu aucune réponse des autorités à ces deux lettres. L’Association pour la protection des droits des Rom et Amnesty International craignent que la passivité des autorités macédoniennes dans cette affaire, comme dans d’autres cas d’allégations de mauvais traitements infligés à des Rom par des policiers, ne permette aux auteurs de ces violations des droits humains de demeurer impunis, et qu’elle n’encourage la poursuite de ce type d’agissements contre des membres de la communauté rom en Macédoine.
Si vous souhaitez obtenir ce document dans son entièreté et réagir, répondez à cet article en précisant la référence EUR 65/004/02





1 Message