« J’ai avoué à la police parce que j’avais peur », déclarait Mary Ann K. lors d’un entretien avec Amnesty International en juillet 2004, dans lequel elle expliquait avoir été détenue au Koweït parce que son employeur l’avait livrée à la police après l’avoir vue adresser la parole à un ami. Et d’ajouter : « Ils me hurlaient dessus et m’ont giflée. Je n’ai pas eu droit à un avocat lors des interrogatoires. » L’histoire de Mary Ann est malheureusement banale. Les employées de maison travaillant dans les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) - Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar - sont victimes de discrimination, de détention arbitraire et d’atteintes aux droits humains aussi bien de la part des autorités du pays d’accueil que de leur employeur. Ces femmes apportent pourtant une contribution non négligeable à ces pays, en ce sens qu’elles acceptent des emplois dont les nationaux ne veulent généralement pas.
Les femmes représentent 20 à 40 p. cent de la main d’œuvre immigrée, en pleine expansion dans ces États. Elles viennent principalement de l’Asie du Sud et du Sud-Est, entre autres, pour gagner de quoi faire vivre leur famille restée au pays. Toutefois, les avantages qu’elles tirent de ces emplois leur coûtent parfois cher.
Dans tous les pays du CCG, les employées de maison sont privées d’une grande partie de leurs droits fondamentaux. Elles ne sont pas protégées par le droit du travail, qui ne couvre pas les emplois domestiques. Souvent, leurs papiers d’identité sont confisqués par leur employeur et leurs gages sont versés avec retard, s’ils ne sont pas retenus. Elles courent aussi le risque d’être violées ou victimes d’autres mauvais traitements aux mains de leur employeur.
Lorsqu’elles sont arrêtées, ces femmes ne sont pas autorisées à bénéficier des services d’un interprète ou d’un avocat et elles ignorent souvent les motifs de leur arrestation et la date de leur libération ou de leur renvoi dans leur pays.
« Cela fait deux ans et deux mois que je travaille au Qatar pour une famille libanaise, mais je n’ai pas touché un centime », a déclaré Kampen Btkawar, une domestique indonésienne. Dans un entretien avec Amnesty International, en juillet 2004, elle a expliqué avoir été détenue après avoir dit à son employeur qu’elle voulait aller trouver la police au sujet de sa situation. « J’ai été retenue au poste de police d’Al Asima, à Doha, durant trois jours avant d’être emmenée en prison. J’ai été présentée six fois au tribunal. Je n’ai pas d’avocat et je ne sais pas ce qui se passe », a-t-elle raconté.
À ce jour, aucun pays du CCG n’a ratifié les textes internationaux régissant spécifiquement la situation des travailleurs immigrés. Néanmoins, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Koweït sont parties à la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui engage tous les États parties à condamner cette discrimination et à prendre les mesures nécessaires pour l’éradiquer.
En février, le ministère du Travail saoudien a reconnu que les travailleurs migrants n’étaient pas correctement traités par leur employeur et a annoncé qu’il avait interdit à plus de 1000 personnes d’employer des étrangers. Il a également annoncé son intention de créer une administration chargée de protéger les immigrés dans le domaine de l’emploi. On ignore cependant si ces mesures s’appliqueront aux employées de maison étrangères.
Pour en savoir plus sur la violence et la discrimination à l’égard des femmes au sein des États du CCG, vous pouvez consulter Gulf Cooperation Council (GCC) countries : Women deserve dignity and respect (MDE 04/004/2005).




